À retenir
L'essentiel
R9 organise la circulation dans les chenaux étroits : coller à la limite tribord, et ne pas gêner les navires contraints au chenal — même si R18 t'accorderait normalement la priorité.
- R9(a) — tout navire dans un chenal étroit doit longer la limite tribord. Pas de seuil de taille, pas d'exception.
- R9(b) — voiliers et navires < 20 m ne doivent pas gêner les navires contraints au chenal. Le préambule de R18 (« sauf dispositions contraires des règles 9, 10 et 13 ») suspend la pyramide ici.
- R9(e) — dépassement en chenal : protocole sonore obligatoire (2 longs + 1 bref pour tribord, 2 longs + 2 brefs pour bâbord) avec accord du rattrapé.
- R9(f) — coude masqué : un long son prolongé en approche, réponse identique de l'éventuel navire venant en sens inverse.
Chenal étroit — la règle 9 visualisée
Le cargo contraint navigue à tribord du chenal (R9a). Le voilier s'efface et longe la limite tribord (R9b). La pyramide R18 est suspendue — le voilier ne gêne pas.
| Navire | Statut | Obligation R9 |
|---|---|---|
| Cargo (> 20 m, contraint) | Navire contraint au chenal | Naviguer aussi près que possible de la limite tribord (R9a) |
| Voilier (< 20 m ou voile) | Navire non contraint | Ne pas gêner le passage du navire contraint (R9b) |
| Navire en pêche | Navire en pêche (R3d) | Ne pas gêner tout autre navire naviguant dans le chenal (R9c) |
Le piège R18 : hors chenal, le voilier est prioritaire sur le cargo (R18a). En chenal, R9(b) prend le dessus — le préambule R18 dit explicitement "sauf dispositions contraires des règles 9, 10 et 13". Le voilier ne gêne pas, point.
Règle d'or
Avant d'invoquer la priorité voilier dans un chenal, vérifier R9(b) — la pyramide R18 est inopérante ici.
La règle 9 en une phrase
Dans un chenal étroit, la règle est d’abord géographique — coller à la limite tribord — puis hiérarchique : les petits navires, voiliers et pêcheurs ne gênent pas les navires contraints au chenal, quoi qu’en dise R18. Deux obligations, un seul objectif : laisser la route libre à ceux qui n’ont nulle part ailleurs où aller.
Le mot clé de R9 n’est pas “priorité”, c’est “contrainte”. Le cargo n’est pas prioritaire parce qu’il est grand — il est protégé parce qu’il ne peut naviguer qu’à l’intérieur du chenal. Si le même cargo peut manœuvrer en dehors, R9(b) ne s’active pas en sa faveur.
Les obligations R9(a) à R9(g)
R9(a) — Longer tribord : l’obligation universelle
Tout navire faisant route dans un chenal étroit doit naviguer aussi près que possible de la limite extérieure tribord. Pas de seuil de taille : un Zodiac de 4 m est soumis à la même obligation qu’un ferry de 150 m. “Lorsque cela peut se faire sans danger” n’est pas une permission de naviguer n’importe où — c’est une condition de sécurité qui s’applique rarement.
En pratique en France (balisage IALA A) : tu longes le chenal côté balises vertes en remontant vers le port. L’objectif est de dégager l’axe pour la circulation opposée et de laisser l’espace aux grands navires.
R9(b) — Voiliers et navires < 20 m : ne pas gêner
Les navires de longueur inférieure à 20 m et les navires à voile ne doivent pas gêner le passage des navires qui ne peuvent naviguer en toute sécurité qu’à l’intérieur du chenal. La clé de déclenchement est la contrainte du grand navire, pas la taille du chenal. Le critère est alternatif : < 20 m LHT ou navire à voile — il suffit de remplir l’un des deux. Un voilier de 25 m sous voile seule reste soumis à R9(b).
R9(c) — Navires en pêche : aucun privilège dans le chenal
Un navire en train de pêcher ne doit pas gêner le passage de tout autre navire dans le chenal. Hors chenal, le pêcheur avec filets déployés est prioritaire sur voiliers et navires à moteur (R18). En chenal, R9(c) efface ce privilège. À noter : R9(c) vise les navires “en train de pêcher” au sens de R3(d) — engins réduisant la manœuvre. Un navire de pêche en transit (filets rentrés) redevient un navire à moteur ordinaire.
R9(d) — Traversée du chenal : gêne interdite
Un navire ne doit pas traverser un chenal si cette traversée gêne les navires contraints. La traversée n’est pas interdite — elle est conditionnée. Si le chenal est libre, tu traverses. L’idéal est de traverser perpendiculairement pour minimiser ton temps en travers du trafic. Le navire contraint peut utiliser le signal R34(d) — 5 sons brefs — s’il doute de tes intentions.
R9(e) — Dépassement : protocole sonore
Quand dépasser exige une collaboration active du navire rattrapé (pas assez de place sans sa manœuvre), le protocole est formalisé. Le rattrapant signale son intention via R34(c)(i). Le rattrapé, s’il est d’accord, répond via R34(c)(ii) et manœuvre. Si doute : 5 sons brefs R34(d). R9(e) s’articule avec R13 sans le remplacer — en chenal, tu restes navire rattrapant jusqu’au “tout à fait paré et clair”.
R9(f) et R9(g) — Coude masqué et mouillage
R9(f) impose 1 son prolongé en approche d’un coude ou d’une zone où d’autres navires peuvent être masqués — et le navire caché doit répondre 1 son prolongé. R9(g) demande d’éviter de mouiller dans un chenal si les circonstances le permettent. R9 s’arrête au paragraphe (g) — il n’y a pas de R9(h), R9(i) ou R9(j).
R9 prime sur R18 — le préambule qui change tout
R18 commence par : “Sauf dispositions contraires des règles 9, 10 et 13 :”
Ce préambule fait sauter l’ensemble de la hiérarchie R18 dans les contextes où R9 s’applique. R9 est lex specialis : la loi spéciale prime sur la loi générale. Conséquence directe en chenal : un voilier de 8 m (catégorie 5 dans la pyramide R18, prioritaire sur tout navire à moteur en eau libre) doit ne pas gêner un cargo de 200 m contraint au chenal. La pyramide R18 — NMS → CMR → ATD → Pêche → Voile → Moteur — est inopérante ici.
La logique tient : R18 classe les navires par capacité de manœuvre. R9 répond à une contrainte physique encore plus forte — le grand navire n’a littéralement pas d’autre endroit où naviguer. Demander au cargo de s’écarter n’a pas de sens si en dehors du chenal il touche le fond.
À l’oral C200, la question-type : “Un voilier de 15 m et un cargo de 200 m se croisent dans le chenal de Bordeaux. Qui cède ?” Réponse attendue : le voilier — R9(b) + préambule R18. Si tu réponds “le cargo s’écarte, le voilier est prioritaire”, tu appliques R18 sans avoir entendu le mot “chenal” dans l’énoncé. C’est l’erreur qui fait perdre le plus de points.
Voir aussi
La règle 18 commence par 'Sauf dispositions contraires des règles 9, 10 et 13' — trois règles qui priment sur la hiérarchie. L'erreur n°1 à l'oral C200.
R9 fait partie des 3 règles qui suspendent la pyramide R18 — la méthode des préambules (chenal/DST/rattrapage) est exactement ce que l'examinateur C200 attend avant toute invocation de R18.
”Ne pas gêner” ≠ “s’écarter” — la nuance C200
C’est la distinction qui sépare une réponse CMP d’une réponse C200.
“Ne pas gêner” (R9b) est une obligation préventive. Tu n’as pas à attendre qu’un risque d’abordage soit constitué au sens de R7 pour agir. Tu ne dois jamais te placer dans une situation susceptible de gêner le passage du navire contraint. R8(f) le confirme : un navire tenu de ne pas gêner doit prendre les dispositions en temps utile et laisser assez de place.
“S’écarter de la route” (R16) est une obligation curative. Elle s’active quand un risque d’abordage est déjà constitué et que tu es désigné non-privilégié. C’est la réaction ; R9(b) est la prévention.
En pratique : si tu es en voilier de 10 m dans le chenal d’accès d’un grand port et qu’un vraquier chargé annonce sa sortie sur le canal 16, tu n’attends pas de le voir arriver. Tu dégages le chenal avant que la situation se constitue. Voilà ce que “ne pas gêner” signifie concrètement.
Voilier au moteur : dès que le moteur tourne, c’est un navire à propulsion mécanique au sens de R3(b). Il perd la protection “navire à voile” de R9(b). Il reste soumis à R9(a) comme tout navire faisant route, et toujours tenu de ne pas gêner les navires contraints — mais cette fois en tant que navire < 20 m (si c’est le cas), pas en tant que voilier.
Voir aussi
Être privilégié n'est pas un droit, c'est une obligation symétrique. L'un manœuvre tôt et franchement, l'autre maintient cap et vitesse — et manœuvre en dernier recours.
Dans un chenal étroit, la dyade privilégié/non-privilégié est désactivée — R9(b) « ne pas gêner » est une obligation préventive plus forte que « s'écarter », activée avant même qu'un risque d'abordage soit constitué.
Signaux sonores en chenal — trois situations, trois signaux
R9 fait appel à trois signaux distincts. Les confondre à l’oral est une erreur fréquente.
R34(e) — 1 son prolongé : approche d’un coude (R9f)
Tu t’approches d’un coude de chenal où d’autres navires peuvent être cachés. Tu fais entendre 1 son prolongé. Le navire de l’autre côté qui t’entend répond obligatoirement 1 son prolongé. L’aller-retour sonore vous permet de vous situer mutuellement avant de vous voir.
R34(c) — Signaux de dépassement (R9e)
Quand le dépassement nécessite la collaboration du rattrapé :
- Dépasser par tribord : 2 sons prolongés + 1 son bref (— — •)
- Dépasser par bâbord : 2 sons prolongés + 2 sons brefs (— — • •)
- Accord du rattrapé : 1 son prolongé + 1 son bref + 1 son prolongé + 1 son bref (— • — •)
Mnémotechnique : tribord = 1 bref, bâbord = 2 brefs. “Tri” comme un seul trait vert.
R34(d) — 5 sons brefs rapides minimum : signal de doute
Utilisé dans deux situations R9 : le navire contraint au chenal qui doute des intentions du traversant (R9d), et le navire rattrapé qui refuse le dépassement (R9e-ii). C’est le signal “attention, situation dangereuse” — il stoppe la manœuvre en cours.
Qu’est-ce qu’un chenal étroit, juridiquement ?
R9 ne définit pas “chenal étroit”. C’est une lacune volontaire du COLREG — l’OMI a préféré une définition fonctionnelle plutôt qu’une mesure fixe en mètres.
La définition opérationnelle : un chenal est “étroit” au sens de R9 quand le navire qui y navigue ne peut pas naviguer en toute sécurité en dehors de ses limites. Le critère est relatif : le même chenal peut être étroit pour un grand navire chargé et large pour un voilier de 10 m. Il tient compte du tirant d’eau par rapport à la profondeur hors chenal, de la capacité de manœuvre par rapport à la largeur, et des conditions de trafic.
En France, les règles locales de port, les arrêtés et les instructions de zone peuvent préciser la conduite à tenir. Pour une navigation réelle, tu vérifies aussi la carte, les documents nautiques et les consignes locales.
Pièges fréquents à l’examen CMP et C200
Je suis tombé dans certains de ceux-là. Voilà comment les éviter.
Piège 1 — “Le voilier est toujours prioritaire”
Le réflexe R18 : voilier > moteur. Mais si l’examinateur glisse “dans le chenal d’entrée du port”, la pyramide R18 disparaît. R9(b) + préambule R18 — le voilier s’efface. Toujours vérifier le contexte avant d’appliquer R18.
Piège 2 — “Le pêcheur reste prioritaire en chenal”
Même logique : R9(c) efface complètement le privilège R18 du navire en pêche dans un chenal. La seule chose que R18 lui accordait — priorité sur voiliers et moteurs — n’existe plus ici.
Piège 3 — “Le voilier au moteur garde son statut voilier”
L’aspirant voit un “voilier” et active R9(b). Si le moteur tourne, R3(b) s’applique — c’est un navire à propulsion mécanique. Plus de protection voilier. Plus de cône le jour non plus, sinon il induit l’autre en erreur sur son statut.
Piège 4 — “La traversée d’un chenal est interdite”
R9(d) interdit la traversée si elle gêne — pas la traversée en elle-même. Si le chenal est libre ou si le navire contraint est loin, tu traverses. L’obligation est de ne pas gêner, pas de ne jamais traverser.
Piège 5 — “R9(b) s’applique à tout chenal”
Le critère déclencheur, c’est la contrainte du grand navire. Si le cargo peut manœuvrer en dehors du chenal, R9(b) ne s’active pas en sa faveur. Un yacht de 12 m qui choisit de rester dans le chenal alors qu’il pourrait passer en dehors ne peut pas invoquer R9(b).
Piège 6 — Confondre les signaux sonores
Le piège classique à l’oral : “Le signal pour dépasser par tribord, c’est 2 longs + 2 brefs.” Faux — c’est tribord = 1 bref, bâbord = 2 brefs. Ancre-le avec la règle des 3 : tri(bord) = 1 bref comme 1 seul côté vert.