À retenir
L'essentiel
R10 ne commence pas par « traverse perpendiculairement » : elle commence par « évite de couper les voies ». Avant de t'engager dans un rail, la question à trancher est donc celle du contournement — zone côtière, passe intérieure, ou route décalée.
- R10 c) — le texte impose d'abord d'éviter autant que possible de couper les voies ; le cap perpendiculaire ne vient qu'ensuite, « s'ils y sont obligés ».
- R10 d) i) — les navires de moins de 20 m, les navires à voile et les navires en train de pêcher peuvent utiliser la zone de navigation côtière ; les autres n'y ont pas droit tant qu'ils peuvent emprunter la voie en sécurité.
- R10 d) ii) — n'importe quel navire peut y passer pour gagner ou quitter un port, une installation au large, une station de pilotage située dans la zone, ou pour éviter un danger immédiat.
- Les chenaux du Four, de La Helle et le Fromveur sont des eaux intérieures françaises : en plus du RIPAM, un arrêté du préfet maritime de l'Atlantique y filtre qui a le droit de passer.
- Être autorisé à passer n'est pas être prioritaire : R10 j) t'interdit de gêner un navire à propulsion mécanique qui suit une voie.
Traverser le rail, ou passer à côté ?
L'arbre de décision de la règle 10, dans l'ordre où on se le pose à la barre.
Question 1
Es-tu vraiment obligé de couper les voies ?
Alors ne les coupe pas. R10 c) : éviter autant que possible de couper les voies de circulation. Et R10 h) : un navire qui n'utilise pas le dispositif doit s'en écarter aussi largement que possible. → Passe à la question 2 : par où contourner.
Ta destination est de l'autre côté du dispositif : aucune route côtière ne t'y mène. → Saute à la question 3 : la traversée dans les règles.
Question 2 — si tu contournes
Peux-tu passer par la zone de navigation côtière (ZTC) ?
Oui, de droit
Navire de moins de 20 mètres, navire à voile, ou navire en train de pêcher → R10 d) i) t'autorise expressément la zone côtière.
Oui, pour ce trajet
Tu gagnes ou tu quittes un port, une installation au large, une station de pilotage située dans la zone — ou tu évites un danger immédiat → R10 d) ii).
Non
Navire à propulsion mécanique qui peut emprunter en sécurité la voie de circulation → R10 d) i) te ferme la zone côtière. Tu prends la voie, ou tu t'écartes largement du dispositif (R10 h).
Question 3 — si tu traverses
La traversée est inévitable : comment ?
Cap autant que possible perpendiculaire à la direction générale du trafic (R10 c). C'est le cap au compas, pas la route fond : avec du courant de travers, ta trace GPS sera oblique, et c'est normal.
Tu coupes les voies — tu ne t'y engages pas. S'engager latéralement dans une voie, c'est l'inverse : angle aussi réduit que possible (R10 b) iii).
Dans tous les cas — R10 j) : les navires de moins de 20 mètres et les navires à voile ne doivent pas gêner le passage des navires à propulsion mécanique qui suivent une voie de circulation. Être autorisé à passer n'est pas être prioritaire.
Règle d'or
Le meilleur franchissement d'un rail est celui qu'on n'a pas eu à faire. Quand il s'impose, on le fait court, franc et perpendiculaire.
La première question de R10 : es-tu vraiment obligé de couper ?
Quand j’ai préparé le C200, j’avais retenu R10 comme « la règle de la traversée perpendiculaire ». C’est la moitié de la phrase. Voilà l’autre moitié :
Les navires doivent éviter autant que possible de couper les voies de circulation mais, s’ils y sont obligés, ils doivent le faire en suivant un cap qui soit autant que possible perpendiculaire à la direction générale du trafic.
L’ordre des propositions n’est pas décoratif. La règle hiérarchise : d’abord ne pas couper, ensuite couper proprement. Et R10 h) enfonce le clou pour les navires qui n’ont rien à faire dans le dispositif — « les navires qui n’utilisent pas un dispositif de séparation du trafic doivent s’en écarter aussi largement que possible ».
Traduit en langage de passerelle : avant de tracer ta route à travers un rail, tu regardes s’il existe une route qui l’évite. Souvent, elle existe. C’est ce que couvre cette fiche — la fiche mère traite la règle alinéa par alinéa.
Voir aussi
La règle 10 du RIPAM : naviguer dans un DST, traverser perpendiculairement, ne pas gêner les navires en transit. Cas concret : le rail d'Ouessant. CMP et C200.
La fiche de référence sur R10 : structure d'un DST, les douze alinéas, le préambule de R18 et le détail du calcul cap contre route fond.
Qui a le droit d’utiliser la zone côtière
La zone côtière est la bande comprise entre la limite intérieure du dispositif et la terre. Ce n’est pas une voie du rail : c’est une mesure d’organisation du trafic distincte, adjacente au dispositif, destinée au trafic local. R10 d) organise son accès en deux temps.
i) Les navires ne doivent pas utiliser une zone de navigation côtière lorsqu’ils peuvent en toute sécurité utiliser la voie de circulation appropriée du dispositif adjacent de séparation du trafic. Toutefois, les navires de longueur inférieure à 20 mètres, les navires à voile et les navires en train de pêcher peuvent utiliser la zone de navigation côtière ;
ii) Nonobstant les dispositions de l’alinéa d) i), les navires peuvent utiliser une zone de navigation côtière lorsqu’ils gagnent ou quittent un port, une installation ou une structure au large, une station de pilotage ou tout autre endroit se trouvant à l’intérieur de la zone de navigation côtière ou pour éviter un danger immédiat.
Trois catégories sont dispensées en permanence : moins de 20 mètres, à voile, en train de pêcher. Tous les autres — c’est-à-dire l’essentiel du trafic commercial — doivent prendre la voie du rail tant qu’ils peuvent le faire en sécurité. Et le d) ii) ouvre une porte valable pour tout le monde, y compris un cargo : si ta destination est dans la zone, tu y vas, évidemment.
Définition
Zone de navigation côtière, ou zone de trafic côtier (ZTC)
Le texte publié par le ministère parle de « zone de navigation côtière ». Sur les cartes, dans les instructions nautiques et dans le langage courant, tu liras plutôt « zone de trafic côtier », abrégée ZTC — c’est la traduction de l’anglais inshore traffic zone. Même objet, deux étiquettes : ne te laisse pas déstabiliser si l’examinateur emploie l’une et que tu as révisé l’autre.
Être dispensé n'est pas être prioritaire
R10 d) i) lève une interdiction, il ne crée aucun privilège. Dans la zone côtière tu croiseras du trafic local, des pêcheurs au travail, des navires qui rejoignent un port — et toutes les règles de barre continuent de s’appliquer entre vous. Quant aux voies du rail, R10 j) reste catégorique : les navires de moins de 20 mètres et les navires à voile ne doivent pas gêner le passage des navires à propulsion mécanique qui suivent une voie de circulation.
Croisière de routine ou vraie traversée : deux problèmes différents
La confusion vient de là. « Rencontrer un rail » recouvre deux situations qui n’ont ni la même solution ni le même risque.
Exemple
Cas 1 — la croisière de routine le long de la côte
Tu longes le Finistère vers le sud, tu pars du Conquet, tu vas à Camaret. Ta route ne traverse rien : le rail est au large, tes deux points sont à terre. Le réflexe correct est de rester dans la zone côtière et de ne pas t’approcher des voies — R10 h). Le seul travail de navigation qui reste est celui des dangers, du courant et de la marée, pas celui du dispositif.
Exemple
Cas 2 — la vraie traversée
Tu descends de Manche vers la Bretagne sud, ou tu pars vers l’Irlande. Là, ta route coupe réellement les voies : aucune route côtière raisonnable ne t’amène à destination. R10 c) bascule dans sa seconde moitié, et tu prépares une traversée dans les règles — cap perpendiculaire, moment choisi, veille renforcée.
Le test est simple : est-ce que la destination se trouve de l’autre côté du dispositif ? Si oui, tu traverses. Si non, tu n’as rien à faire dans les voies, et t’y engager par confort de route est exactement ce que R10 c) demande d’éviter.
Les passes autour d’Ouessant : ce que dit vraiment l’arrêté
Autour d’Ouessant, les alternatives portent des noms que tu entendras à l’oral : chenal du Four, chenal de La Helle, passage du Fromveur. Ce sont des eaux intérieures françaises, et à ce titre elles portent une couche de réglementation locale en plus du RIPAM : un arrêté du préfet maritime de l’Atlantique — l’arrêté n° 2017/86, dans sa version consolidée au 6 octobre 2017, qui est celle consultée pour cette fiche.
Ce que cet arrêté organise, en substance :
- Il autorise d’office les navires d’État, les navires de sauvetage ou d’assistance, les navires à passagers affectés à un service local entre les îles et le continent, les navires de pêche d’une jauge brute inférieure à 3 000 UMS, et les navires de plaisance.
- Il ouvre les chenaux au petit commerce : les navires armés au commerce d’une jauge brute inférieure à 3 000 UMS peuvent les emprunter, à condition d’être en transit entre des ports français de l’Atlantique, de la Manche ou de la mer du Nord. Pour un convoi de remorquage, les jauges du remorqueur et du remorqué s’additionnent.
- Il écarte de ce régime général les navires à passagers hors service local, les pétroliers au sens de MARPOL et les navires transportant des marchandises dangereuses au sens du code IMDG. Ces navires-là ne sont pas définitivement fermés : ils relèvent d’une autorisation, ponctuelle ou permanente, demandée avec préavis et assortie de conditions techniques.
- Il impose un signalement aux navires qui passent au titre du commerce ou d’une autorisation : compte rendu à Ouessant Trafic au moins deux heures avant d’emprunter un chenal, et veille du canal 16 pendant tout le passage. La plaisance, la pêche sous le seuil et les navires d’État, autorisés d’office, ne sont pas soumis à ce compte rendu.
Un arrêté local, ça se revérifie
Le RIPAM de 1972 bouge lentement ; un arrêté de préfecture maritime, non. L’arrêté jumeau de celui-ci — le 2017/85, qui règle le dispositif d’Ouessant et sa zone de navigation côtière — a déjà été remplacé depuis. Avant de préparer un passage réel, va lire la version en vigueur sur le site de la préfecture maritime de l’Atlantique. Ce qui est stable ici, c’est la mécanique : une passe côtière française porte deux couches de règles, l’internationale et la locale.
Une passe autorisée reste une passe difficile
Le Fromveur, le Four et La Helle comptent parmi les zones les plus courantées de la façade atlantique : le passage se prépare à l’heure de marée, pas à l’humeur. Un droit réglementaire de passer ne dit rien de la faisabilité du passage le jour où tu y es. Les instructions nautiques et l’annuaire des marées tranchent cette question-là, pas le RIPAM.
Voir aussi
Trois forces agissent en permanence sur ta coque. Une seule mal évaluée invalide ton approche, ta route ou ta vitesse. Le triplet le plus structurant de la doctrine maritime.
Le triangle vent, courant et marée : la même dérive qui décale ta trace dans un rail est celle qui décide si une passe côtière est praticable.
Traverser quand il n’y a pas d’alternative
Décider tôt, et calculer le cap avant d'arriver
Tu établis ta décision de traverser au moment de la préparation, pas à un mille des voies. Tu calcules le cap qui te donnera un franchissement perpendiculaire à la direction générale du trafic — c’est le cap au compas qui doit être perpendiculaire, pas la trace laissée sur le traceur.
Choisir le moment plutôt que le subir
Tu regardes le trafic à l’AIS et au radar, et tu choisis un créneau. Traverser derrière un navire en transit coûte quelques minutes ; traverser devant lui coûte beaucoup plus cher. La marée compte aussi : couper deux voies au moment où le courant est le plus fort rallonge ton temps de présence dans les couloirs.
Tenir le cap et ne rien improviser au milieu
Une fois engagé, tu tiens ton cap et ta vitesse. Louvoyer, ralentir sans raison ou s’arrêter dans une voie transforme un franchissement lisible en trajectoire ambiguë — et l’ambiguïté est ce que le trafic organisé supporte le moins. Si tu es à la voile et que le vent te fait tirer des bords, le moteur est une réponse légitime : tu deviens alors un navire à propulsion mécanique, avec les feux et les marques qui vont avec.
Sortir franchement et vérifier que c'est fini
Tu continues jusqu’à être clair des voies, puis tu reprends ta route. Traverser, ce n’est pas s’engager dans une voie : si tu dois au contraire rejoindre un couloir pour le suivre, R10 b) iii) demande l’inverse — un angle aussi réduit que possible par rapport au sens du trafic. Les deux manœuvres commandent des angles opposés, et c’est la question piège la plus fréquente sur R10.
OUESSREP : le compte rendu qui ne te concerne probablement pas
Autour d’Ouessant, un système de comptes rendus obligatoires se superpose au dispositif : OUESSREP, publié en droit français par le décret n° 2003-1133. Il s’adresse aux navires de plus de 300 tjb, dans un cercle de 35 milles centré sur l’île, et son destinataire est le service de trafic maritime de Corsen — indicatif Ouessant Trafic, opéré depuis le CROSS Corsen, qui veille le canal 13 en permanence.
Deux conséquences pratiques pour un candidat C200 :
- Avec la plupart des navires que tu commanderas au 200, tu n’es pas assujetti au compte rendu. Réciter OUESSREP comme une obligation générale est une erreur.
- Ça ne t’interdit pas de parler. Tu veilles le 16 — canal d’appel et de détresse — et rien ne t’empêche d’appeler Ouessant Trafic sur son canal de travail avant de couper les voies. La règle internationale et le dispositif local français sont deux couches distinctes : R10 organise la circulation, le service de trafic maritime observe et informe.
La formulation qui fait la différence à l'oral
« R10 me demande d’abord de ne pas couper. Ici je peux passer par la zone côtière parce que mon navire fait moins de 20 mètres, donc je ne m’engage pas dans les voies. Si j’avais dû traverser, je l’aurais fait cap perpendiculaire, en choisissant mon créneau. » Tu as cité la règle dans son ordre, tu as justifié ton droit d’usage, et tu as montré que tu sais faire l’autre chose aussi.
Pièges à l’examen C200
Piège 1 — « R10 m’oblige à traverser perpendiculairement. » Incomplet. R10 c) demande d’abord d’éviter de couper les voies. La perpendiculaire est la solution du cas où tu es obligé de traverser, pas la règle par défaut.
Piège 2 — « Moins de 20 mètres, donc j’ai la priorité dans la zone côtière. » Faux. R10 d) i) lève une interdiction d’usage, il ne distribue aucune priorité. Les règles de barre continuent de s’appliquer, et R10 j) te charge de ne pas gêner le trafic des voies.
Piège 3 — « Le RIPAM me dit si je peux passer par le chenal du Four. » Incomplet. Ces chenaux sont des eaux intérieures françaises : par-dessus le RIPAM, un arrêté du préfet maritime de l’Atlantique dresse sa propre liste de navires autorisés, exclus et soumis à compte rendu. Répondre à une question de passage côtier avec le seul RIPAM, c’est oublier la moitié du droit applicable.
Piège 4 — « Je pêche à la traîne, donc je suis un navire en train de pêcher. » Faux. R3 d) exclut explicitement les lignes traînantes. Sans engin qui réduit ta capacité de manœuvre, tu n’entres ni dans la dispense de R10 d) i) ni dans la hiérarchie de R18.
Piège 5 — « Tout le monde doit se signaler à Ouessant Trafic. » Faux. OUESSREP vise les navires de plus de 300 tjb. Le reste de la flotte veille la VHF et peut appeler, sans y être tenu par ce texte.
Piège 6 — « S’engager dans une voie, c’est comme la traverser. » Faux, et c’est l’inversion classique. Traverser : cap aussi perpendiculaire que possible (R10 c). S’engager latéralement dans une voie pour la suivre : angle aussi réduit que possible par rapport au sens du trafic (R10 b) iii). Perpendiculaire dans un cas, rasant dans l’autre.
Un rail se contourne d’abord et se coupe ensuite. La perpendiculaire est une solution de repli, pas une autorisation de passage.