À retenir
L'essentiel
Identifier un navire de nuit, c'est lire ses feux pour en déduire son type, son orientation et la règle de barre à appliquer. Une seule méthode transverse couvre les feux du RIPAM R20 à R26.
- On ne voit pas un navire la nuit, on voit ses feux. Deux familles : feux directionnels (mât 225°, côté 112,5°, poupe 135°) et feux ronds tout-horizon (360°) qui portent le statut.
- Question 1 — feu(x) de mât blanc(s) ? Oui = propulsion mécanique R23 (1 feu < 50 m, 2 alignés ≥ 50 m, + jaune = remorqueur R24).
- Question 2 — pas de mât blanc mais 2 ronds superposés ? Vert/blanc = chalutier, rouge/blanc = autre pêche (R26).
- Question 3 — que des feux de côté + poupe, sans mât ? Voilier R25 (ou tricolore tête de mât si < 20 m).
- Puis l'aspect : rouge + vert = face-à-face R14, un seul côté = croisement R15, poupe blanche seule = rattrapage R13.
Identifier un navire de nuit — arbre de décision R20–R26
Lis les feux visibles, remonte l'arbre, identifie le type. Le type détermine la règle de barre.
Un ou plusieurs feux de mât BLANCS visibles ?
→ OUI
R23
Propulsion mécanique
1 feu de mât blanc
Moteur < 50 m
2 feux de mât blancs verticaux
Le plus haut à l'arrière → moteur ≥ 50 m
2 mâts blancs + jaune de remorquage
Feu jaune au-dessus du feu de poupe → remorqueur (R24)
Pas de feu de mât blanc — 2 feux ronds tout-horizon superposés ?
R26
Navire en train de pêcher
Vert au-dessus du blanc
Chalutier
Rouge au-dessus du blanc
Autre pêche — palangres, filets dérivants
Feux de côté rouge/vert + poupe — aucun feu de mât blanc ?
R25
Voilier sous voiles
Feux de côté séparés
Rouge bâbord + vert tribord + feu de poupe blanc
Lanterne tricolore en tête de mât
Alternative autorisée < 20 m
Feux tout-horizon rouges ou blanc isolé — voir fiches dédiées (R27, R28, R30)
2 rouges superposés → navire non maître de sa manœuvre (R27)
Rouge-blanc-rouge superposés → capacité de manœuvre restreinte (R27)
3 rouges superposés (+ feux de route) → navire handicapé par son tirant d'eau (R28)
Blanc tout-horizon isolé → navire au mouillage (R30)
Attention : un feu rouge tout-horizon n'est PAS un feu de côté bâbord — ne pas confondre.
Rappel : De nuit, on n'identifie pas un navire : on lit ses feux. Le type lu détermine la règle de barre (R13 rattrapage / R14 face-à-face / R15 croisement).
Règle d'or
Mât d'abord. Le feu de mât blanc sépare le navire à moteur de tout le reste — c'est la première question, toujours.
On ne voit pas un navire, on voit ses feux
Quand j’ai commencé à préparer le RIPAM, je connaissais chaque fiche de feux par cœur — R23, R25, R26 — sans être capable de lire une vraie configuration à l’horizon. Le déclic, c’est d’arrêter de réviser règle par règle et de comprendre qu’au quart, de nuit, tu n’as jamais sous les yeux un cargo ou un chalutier : tu as deux ou trois points lumineux, et c’est tout. Tout le travail consiste à remonter de ces points au type de navire.
Pour ça, il faut d’abord trier les feux en deux familles, parce qu’elles ne se lisent pas pareil.
Définition
Feu directionnel
Feu qui n’éclaire qu’un secteur d’horizon : feu de mât (blanc, 225° sur l’avant), feux de côté (rouge bâbord et vert tribord, 112,5° chacun), feu de poupe (blanc, 135° sur l’arrière). Tu le vois — ou pas — selon l’angle sous lequel tu observes le navire.
Définition
Feu tout-horizon
Feu visible sur 360°, donc sous tous les angles. C’est lui qui porte le statut du navire : les deux feux ronds superposés d’un navire en pêche, les feux rouges d’un navire non maître de sa manœuvre. Comme il ne dépend pas de ton angle, il reste la carte d’identité la plus fiable.
La conséquence pratique est simple. Les feux directionnels te renseignent surtout sur l’orientation du navire par rapport à toi — son aspect. Les feux tout-horizon te renseignent sur sa catégorie. Une bonne identification combine les deux : la catégorie te dit quelle règle de barre s’applique, l’aspect te dit comment elle se joue.
Trois questions dans l’ordre
La méthode tient en trois questions posées toujours dans le même ordre. L’ordre compte : il te fait éliminer le cas le plus fréquent d’abord, et il évite les confusions classiques.
Vois-tu un ou plusieurs feux de mât blancs ?
Si oui, tu as un navire à propulsion mécanique — R23. Un seul feu de mât : navire de moins de 50 m. Deux feux blancs alignés verticalement (le plus haut vers l’arrière) : navire d’au moins 50 m. Deux feux de mât blancs plus un feu jaune au-dessus du feu de poupe : c’est un remorqueur (R24). Le feu de mât est le feu le plus haut et le plus visible à l’horizon — c’est souvent par lui que tu détectes le navire.
Pas de mât blanc — vois-tu deux feux ronds superposés ?
Deux feux tout-horizon l’un au-dessus de l’autre, c’est la signature d’un navire en train de pêcher (R26). La couleur du feu supérieur tranche : vert au-dessus du blanc, c’est un chalutier ; rouge au-dessus du blanc, c’est une autre pêche (palangres, filets dérivants). Garde en tête une porte de sortie : si les feux ronds sont rouge sur rouge, ou rouge-blanc-rouge, tu n’es plus en pêche — on y revient plus bas.
Que des feux de côté et de poupe, sans aucun mât blanc ?
C’est un voilier sous voiles seules (R25). Feu rouge à bâbord, vert à tribord, blanc à la poupe — et surtout, pas de feu de mât. Un voilier de moins de 20 m a le droit de remplacer ces trois feux par une seule lanterne tricolore en tête de mât. Dès qu’un voilier allume son moteur, il rallume son feu de mât blanc et bascule en R23 : ce n’est plus un voilier au sens du règlement.
Le réflexe à ancrer : mât d'abord
À chaque feu que tu repères, la première question est toujours « est-ce qu’il y a un feu de mât blanc ? ». Ce feu sépare en une fraction de seconde le navire à moteur de tout le reste. Les candidats qui hésitent à l’oral sont presque toujours ceux qui partent de la couleur des feux de côté au lieu de partir du mât.
De la catégorie à la règle de barre : lire l’aspect
Une fois la catégorie identifiée, il te reste à lire l’aspect, c’est-à-dire la combinaison de feux directionnels visibles. C’est elle qui te dit l’orientation du navire — et donc quelle règle de barre se joue. Le raisonnement est le même quel que soit le type de navire : seul change le détail des feux.
- Feu rouge et feu vert ensemble (avec le mât pour un R23) : tu vois sa face, il vient droit sur toi. C’est un face-à-face, règle 14 — vous virez tous les deux sur tribord.
- Un seul feu de côté coloré : tu le vois en travers, c’est un croisement, règle 15. La couleur seule ne suffit pas à décider qui manœuvre : c’est le gisement de l’autre navire qui tranche. Navire sur ton tribord, tu manœuvres ; sur ton bâbord, tu es normalement privilégié.
- Un seul feu blanc bas, sans aucune couleur : tu ne vois que sa poupe, tu le rattrapes. Règle 13 — c’est toi qui t’écartes, quel que soit le côté.
Exemple
Croisement nocturne — mise en situation CMP
Tu es de quart par nuit noire. Tu repères un feu blanc haut et, sous lui, un feu vert sur ton avant bâbord. Premier réflexe : feu de mât blanc présent, donc navire à moteur R23. Un seul feu de côté visible, donc croisement R15. L’autre est sur ton bâbord : tu es normalement le privilégié, tu maintiens cap et vitesse (R17) tout en surveillant que le risque se réduit. Si à la place tu voyais un vert au-dessus d’un blanc, sans mât, tu changerais tout : navire en pêche, qui te prime — c’est toi qui t’écartes.
Voir aussi
Comprends la R23 du RIPAM : feu de mât, feux de côté, feu de poupe et portées selon la longueur. Identifier un R23 de nuit pour le CMP.
Le détail de la lecture des feux moteur selon l'angle d'observation.
Là où la lecture s’arrête — et ce qui la prolonge
Cette méthode couvre les navires que tu croises le plus souvent : moteur, voilier, pêche, remorquage. Elle s’arrête volontairement à une frontière qu’il faut connaître pour ne pas se tromper : les feux ronds rouges et le blanc isolé du mouillage.
Un navire non maître de sa manœuvre montre deux feux rouges tout-horizon superposés (R27). Un navire à capacité de manœuvre restreinte montre rouge-blanc-rouge superposés (R27 également). Un navire handicapé par son tirant d’eau ajoute trois feux rouges tout-horizon à ses feux de route (R28). Un navire au mouillage montre un feu blanc tout-horizon à l’avant, et un second plus bas à l’arrière s’il est grand (R30) ; échoué, il y ajoute deux feux rouges. Chacune de ces configurations a désormais sa fiche dans le cluster feux.
Voir aussi
Comprends la R27 du RIPAM : 2 feux rouges pour le NMS, rouge-blanc-rouge pour le CMR, cas du dragage, de la plongée et du déminage. Identifier ces navires de nuit pour le C200.
Les feux ronds rouges : 2 rouges (NMS) ou rouge-blanc-rouge (CMR).
Voir aussi
La règle 28 du RIPAM : 3 feux rouges superposés et cylindre de jour pour l'ATD. Comprends le caractère facultatif, la distinction avec R27, et les pièges d'examen C200.
Trois feux rouges tout-horizon : navire handicapé par son tirant d'eau.
Voir aussi
Feux R30 : blanc tout-horizon au mouillage, 2 rouges superposés à l'échouage, et exemptions selon la longueur. Identifier un navire immobilisé de nuit pour le CMP.
Le blanc isolé du mouillage et les deux rouges de l'échouage.
Un feu rouge tout-horizon n'est pas un feu de côté bâbord
C’est la confusion la plus dangereuse de l’identification nocturne. Le feu de côté bâbord est rouge, mais directionnel : tu ne le vois que depuis l’avant et le travers bâbord du navire. Un feu rouge tout-horizon reste visible sous tous les angles. L’indice qui ne trompe pas : si le rouge reste allumé alors que le navire évolue ou que tu passes sur son arrière, ce n’est pas un feu de côté — c’est un feu de statut, et tu as affaire à un navire qui ne manœuvre pas librement. Dans le doute, tu lui laisses la place.
Le jour, le même raisonnement vaut avec les marques (boule, cône, cylindre, bicône) au lieu des feux — mais c’est la nuit que la lecture est la plus exigeante, parce que tu n’as plus que des points lumineux pour reconstruire toute la scène.
De nuit, on n’identifie pas un navire : on lit ses feux. Le type lu commande la règle de barre.
Retiens d’abord leur silhouette d’alarme : des feux ronds rouges en l’air, c’est un navire qu’on ne bouscule pas. Le détail est maintenant dans les fiches dédiées — R27 (NMS/CMR), R28 (tirant d’eau), R30 (mouillage/échouage) et R31 (hydravions/WIG). Avec elles et la méthode ci-dessus, tu couvres tout le cluster feux du RIPAM, du R20 au R31.