À retenir
L'essentiel
La règle 20 dit QUAND allumer les feux et observer les marques — pas lesquels (R21 et suivantes). Les feux sont obligatoires du coucher au lever du soleil, et aussi de jour par visibilité réduite. Les marques, elles, sont de jour uniquement.
- Feux : obligatoires du coucher au lever du soleil — R20(b). Ce créneau ne se négocie pas.
- Feux aussi de jour : dès que la visibilité est réduite (brume, grain, neige) — R20(c). Les feux ne sont pas que nocturnes.
- La nuit, aucun autre feu qui trompe, aveugle ou gêne la veille : projecteurs de pont, éclairages dirigés vers l'extérieur — tous interdits s'ils nuisent aux feux réglementaires — R20(b).
- Marques (boule, losange, cylindre…) : de jour uniquement — R20(d). Elles disparaissent la nuit, remplacées par les feux.
Règle d'or
Si tu n'es pas sûr d'être vu, allume tes feux. Le doute se règle toujours en faveur de la sécurité.
Quand j’ai préparé le CMP, je croyais que les feux ne servaient que la nuit. Faux. La règle 20 fixe quatre conditions d’allumage ou d’observation distinctes — nuit, visibilité réduite de jour, toute autre circonstance jugée nécessaire, et le cas des marques. C’est la règle-cadre qui gouverne tout le chapitre des feux. Avant de retenir quel feu montrer, il faut savoir quand le montrer.
Du coucher au lever du soleil : la règle de base
La règle 20(b) est sans ambiguïté : les règles concernant les feux s’appliquent du coucher au lever du soleil. Pas « à partir du moment où il fait sombre », pas « quand on voit mal ». Au coucher du soleil, les feux s’allument. Au lever du soleil, ils s’éteignent.
Définition
Coucher et lever du soleil (sens RIPAM)
Le RIPAM ne définit pas ces deux événements autrement que leur sens astronomique : le moment où le disque solaire passe sous l’horizon. En pratique, l’heure locale du coucher et du lever du soleil figure dans les annuaires des marées et sur la plupart des applications de navigation.
La règle 20(b) contient aussi une contrainte souvent oubliée : pendant cet intervalle nocturne, aucun autre feu ne doit être montré s’il peut être confondu avec les feux réglementaires, nuire à leur visibilité ou à leur caractère distinctif, ou gêner l’exercice d’une veille satisfaisante.
Traduction concrète : tes projecteurs de pont dirigés vers l’extérieur, ton éclairage de cockpit qui déborde, ton spot de pêche qui arrose l’horizon — tous sont potentiellement interdits s’ils perturbent la lecture de tes feux de côté ou de ton feu de mât par un autre navire.
Le feu de pont qui tue la veille
Un équipier qui allume un projecteur de pont pour travailler la nuit peut, sans le savoir, masquer le feu de côté tribord aux navires qui approchent par cet angle. Le texte vise exactement ce cas. La règle ne dit pas « feux supplémentaires interdits » — elle dit « feux qui gênent la veille interdits ». La nuance est importante : un feu de cockpit rouge ou vert, strictement orienté vers l’intérieur et de faible intensité, ne pose pas de problème. Un projecteur halogène pointé vers la mer, si.
Quand allumer les feux — Règle 20 RIPAM
Les feux réglementaires ne sont pas optionnels : leur obligation dépend du moment de la journée et de la visibilité. La règle est plus contraignante qu'il n'y paraît.
Cycle d'une journée — vue d'ensemble
Visibilité réduite : les feux s'allument même de jour
En cas de brume, de grain, de forte pluie ou de toute autre condition limitant la visibilité, les feux réglementaires doivent être allumés pendant les heures de jour. Le soleil levé ne dispense pas de cette obligation.
Règle de nuit — aucun feu parasite
La nuit, aucun feu supplémentaire ne doit pouvoir être confondu avec les feux réglementaires, nuire à leur visibilité ou gêner la veille.
- Éclairages de pont orientés vers l'extérieur
- Projecteurs de travail ou de pêche non masqués
- Feux décoratifs susceptibles d'imiter une couleur réglementaire
Synthèse R20
Feux obligatoires : de nuit en toutes circonstances · de jour par visibilité réduite · et en toute circonstance jugée nécessaire. Les marques de jour s'affichent uniquement de jour, par bonne visibilité.
Visibilité réduite : les feux de jour aussi
C’est le point pédagogique fort de la règle 20. La règle 20(c) dit : les feux prescrits doivent également être montrés du lever au coucher du soleil par visibilité réduite, et peuvent l’être dans toutes les autres circonstances où cela est jugé nécessaire.
« Visibilité réduite » recouvre tout ce qui limite la portée visuelle : brume, brouillard, grain, chasse-marée, chute de neige, fumée dense. La nuit n’est pas une condition requise.
Exemple
Grain matinal en Manche
Il est 9 h. Tu navigues en Manche sous un soleil rasant. Un grain remonte de l’ouest, la visibilité tombe à 300 m en deux minutes. Tu dois allumer tes feux immédiatement — même s’il fait grand jour. Un ferry qui émerge du grain à 200 m ne te verra à l’AIS que si son opérateur regarde l’écran au bon moment ; tes feux de côté, eux, sont visibles directement.
La deuxième partie de la règle 20(c) — « peuvent l’être dans toutes les autres circonstances où cela est jugé nécessaire » — donne au capitaine une marge d’appréciation. Si tu traverses une zone de trafic dense par faible visibilité relative (soleil éblouissant, brume légère), rien n’interdit d’allumer les feux par précaution même si la condition de « visibilité réduite » n’est pas strictement atteinte.
La règle des 5 minutes anticipées
N’attends pas que la visibilité soit officiellement réduite pour allumer. Si tu vois un grain arriver, allume avant qu’il t’engloutisse. Une fois dans le grain, tu n’as plus deux mains libres pour chercher l’interrupteur. Même logique le soir : allume cinq minutes avant le coucher du soleil. Personne ne te sanctionnera pour ça, et tu laisses le temps aux autres de t’identifier avant que la lumière change.
Voir aussi
Comprends la règle 19 du RIPAM : précautions à prendre dans la brume, manoeuvres à éviter au radar, signaux sonores. Préparé pour le CMP, le BACPN et le C200.
La règle 19 détaille les obligations de navigation et de veille par visibilité réduite, que les feux de la R20(c) complètent.
Aucun autre feu qui trompe ou aveugle
Cette obligation mérite sa propre section parce qu’elle est concrète et souvent sous-estimée à l’examen oral.
Le RIPAM énumère trois types de feux parasites interdits la nuit :
Feux confondables — tout feu dont la couleur, la position ou le rythme pourrait être confondu avec un feu réglementaire. Un guirlande décorative rouge sur le bord du cockpit peut ressembler à un feu de côté bâbord depuis une certaine distance. Interdit.
Feux nuisant à la visibilité ou au caractère distinctif — un projecteur blanc très puissant monté en tête de mât éblouit les navires approchants et peut masquer le feu de tête de mât réglementaire. Interdit.
Feux gênant la veille — un éclairage de cartes mal orienté qui se reflète sur les vitres du cockpit, un spot de pontage qui éblouit le veilleur, ou un éclairage intérieur trop fort qui rend la nuit extérieure impossible à observer correctement. Interdit dans la mesure où il dégrade la veille.
L'examen oral aime cette question
« Vous naviguez de nuit et votre mécanicien demande à allumer l’éclairage de pont pour réparer le moteur. Que faites-vous ? » La bonne réponse n’est pas « interdit » — c’est « ça dépend ». Si l’éclairage est orienté vers le bas, de faible intensité, et ne déborde pas sur l’horizon, c’est acceptable. S’il risque de masquer un feu de côté ou d’éblouir un autre veilleur, tu le coupes ou tu trouves une solution de rechange (lampe frontale, éclairage interne protégé). Le critère est l’impact sur les feux réglementaires et sur la veille, pas l’existence de l’éclairage en soi.
Marques de jour et Annexe I
La règle 20 distingue clairement les deux mondes : les feux sont nocturnes (et de jour en visibilité réduite), les marques sont diurnes.
La règle 20(d) est brève : les règles concernant les marques s’observent de jour. Boule noire, losange, cylindre, cône — ces formes ne servent qu’à la lumière du jour. La nuit, les feux prennent le relais, avec une correspondance souvent directe entre la combinaison de marques et la combinaison de feux.
Enfin, la règle 20(e) précise que les feux et marques doivent être conformes à l’Annexe I du RIPAM. Cette annexe fixe les spécifications techniques : hauteurs de feux, espacements verticaux, intensités lumineuses, positionnement par rapport aux structures du navire. La règle 20 pose le QUAND, la règle 21 pose le QUOI (couleurs, secteurs), et l’Annexe I pose le COMMENT EXACTEMENT. Ne confonds pas les trois niveaux : si on te demande à quelle hauteur doit être placé le feu de tête de mât, la réponse est dans l’Annexe I, pas dans la règle 20.
Voir aussi
Feu de mât 225° blanc, feux de côté 112,5° vert/rouge, feu de poupe 135° blanc, feu de remorquage jaune, tout-horizon 360°, feu à éclats : le vocabulaire de base.
La règle 21 définit les couleurs et secteurs angulaires de chaque feu — c'est le QUOI, complémentaire du QUAND de la R20.
Voir aussi
Portées minimales des feux par longueur de navire (mât 6/5/3/2 milles), différence entre portée lumineuse et géographique, rôle de la hauteur d'œil.
La règle 22 fixe les portées minimales de chaque feu selon la longueur du navire.
Les feux ne signalent pas la nuit — ils signalent ta présence dès que tu n’es plus clairement visible. Nuit, brume, grain : la condition déclenchante change, l’obligation reste.