À retenir
L'essentiel
R23 définit les feux qu'un navire à propulsion mécanique en route doit montrer la nuit : feu de mât blanc avant, feux de côté rouge/vert, feu de poupe blanc — plus un second feu de mât au-delà de 50 m.
- 4 feux standards en R23(a) : mât avant 225°, bâbord rouge 112,5°, tribord vert 112,5°, poupe 135°. Couverture 360° complète.
- Second feu de mât obligatoire dès 50 m de longueur — plus haut et en arrière du premier. Deux blancs alignés = navire de commerce.
- Voilier au moteur = R23, même voiles établies. La machine décide du statut, pas les voiles. De jour, marque conique pointe en bas obligatoire.
- Portées par longueur (R22) : 6 milles mât pour ≥ 50 m, 5 milles pour 20-50 m, 3 milles pour 12-20 m, 2 milles en dessous.
Identifier un R23 selon l'angle d'observation
De nuit, les feux visibles changent selon où vous vous trouvez par rapport au navire. Trois angles-clés à mémoriser.
Rouge + vert simultanés = navire face à vous. R14 s'applique.
Blanc + rouge = vous voyez son bâbord. R15 se décide avec le gisement : s'il est sur votre tribord, vous manœuvrez.
Blanc seul en bas = vous rattrapez ce navire. R13 : vous devez vous écarter.
Mnémo
"Rouge + vert + blanc en haut" → face (R14) · "Blanc + un seul feu de côté" → croisement probable : décider avec le gisement (R15) · "Blanc seul bas" → poupe, vous rattrapez (R13)
Portées et feux obligatoires selon la longueur (R22 + R23)
Portée = distance à laquelle le feu doit être visible par nuit noire, atmosphère claire.
| Longueur navire | Feu de mât (portée) | 2e feu de mât | Feux de côté | Feu de poupe |
|---|---|---|---|---|
| < 7 m et ≤ 7 nœuds | 2 milles (blanc tout horizon) | non | 1 mille (si possible) | — |
| < 12 m | 2 milles | non | 1 mille | 2 milles |
| 12 m – 20 m | 3 milles | non | 2 milles | 2 milles |
| 20 m – 50 m | 5 milles | non | 2 milles | 2 milles |
| ≥ 50 m | 6 milles | OUI obligatoire | 3 milles | 3 milles |
Portée R22 : mesurée de nuit, atmosphère claire, œil au niveau du pont. Le 2e feu de mât (≥ 50 m) est aussi un indicateur visuel — deux blancs alignés verticalement de face signalent un navire de grande taille.
Règle d'or
Cherche d'abord le feu de mât blanc à l'avant. S'il est présent avec un feu de côté coloré, c'est un R23 — pas un voilier.
Les 4 feux obligatoires d’un R23
Quatre feux, quatre secteurs, zéro trou dans la couverture de l’horizon. La première chose à vérifier sur une configuration R23 : est-ce que l’ensemble couvre bien 360° ?
Feu de tête de mât — blanc, 225°
C’est le feu avant. Il couvre depuis l’axe de proue jusqu’à 22,5° sur l’arrière du travers, de chaque côté. Sur un navire de taille significative, il doit être positionné à au moins 6 m au-dessus du livet de pont. Sur un navire < 20 m, le minimum est 2,5 m au-dessus du plat-bord. C’est la règle 21 qui donne ces définitions — R23 renvoie à R21.
Feux de côté — rouge bâbord, vert tribord, 112,5° chacun
Chaque feu de côté couvre depuis l’axe de proue jusqu’à 22,5° sur l’arrière du travers. Les feux de côté doivent être placés sous le feu de mât, jamais devant lui. Résultat géométrique à retenir : 112,5° × 2 = 225° — exactement le même secteur frontal que le feu de mât.
Feu de poupe — blanc, 135°
Il couvre 67,5° depuis l’axe de poupe, de chaque côté. Vérification arithmétique : 225° (mât) + 135° (poupe) = 360°. Couverture parfaite. Le 22,5° sur l’arrière du travers est aussi l’angle-clé de la règle 13 — c’est exactement la limite entre “feu de côté visible” et “feu de poupe visible”.
Second feu de mât — blanc, 225° — obligatoire à partir de 50 m
Placé en arrière du premier et plus haut, avec un écart vertical minimum de 4,5 m. Ce second feu n’est pas une formalité : c’est le repère opérationnel qui te dit que tu as un navire de commerce en face.
Longueurs et portées
C’est la règle 22 qui fixe les portées minimales — R23 prescrit les feux, R22 prescrit les distances à partir desquelles ils doivent être visibles. Les deux sont inséparables.
| Longueur navire | Portée feu de mât | Portée feux de côté | Portée feu de poupe | 2e feu de mât |
|---|---|---|---|---|
| < 7 m & ≤ 7 nœuds | 2 milles | 1 mille (si présents) | — | Non |
| 7 m ≤ L < 12 m | 2 milles | 1 mille | 2 milles | Non |
| 12 m ≤ L < 20 m | 3 milles | 2 milles | 2 milles | Non (optionnel) |
| 20 m ≤ L < 50 m | 5 milles | 2 milles | 2 milles | Non (optionnel) |
| ≥ 50 m | 6 milles | 3 milles | 3 milles | Obligatoire |
Mnémo sur les portées du feu de mât : la portée suit grosso modo la longueur divisée par 10 (12 m → 3 milles, 20 m → 5 milles). Pas parfaitement exact, mais ça fixe l’ordre de grandeur avant l’oral.
Identifier un R23 de nuit selon l’angle
C’est le cœur de la fiche. Les feux R23 ne se lisent pas pareil selon où tu te trouves par rapport au navire observé. À chaque angle correspond une combinaison de feux, et à chaque combinaison correspond une règle de barre.
Tu te trouves face à lui
Tu vois simultanément : feu de mât blanc en haut, feu rouge à ta droite (son bâbord), feu vert à ta gauche (son tribord). Trois feux dont rouge et vert ensemble — c’est le seul cas où tu les vois simultanément. Signal : il vient droit sur toi. R14 (face-à-face) — vous virez tous les deux sur tribord.
Tu vois un seul feu de côté avec le feu de mât
Tu n’es plus en face-à-face : tu es dans un croisement R15. La couleur te dit quel côté de l’autre navire tu regardes, mais elle ne suffit pas seule à décider qui manœuvre. La question décisive reste : où est l’autre navire par rapport à ton propre avant ?
- Autre navire sur ton tribord → tu es le non-privilégié R15 : tu manœuvres tôt et franchement.
- Autre navire sur ton bâbord → tu es normalement le privilégié R15 : tu maintiens cap et vitesse, sauf doute ou catégorie R18.
Mémo sûr — ne dis jamais 'rouge = priorité'
Ne dis jamais “rouge = priorité” ou “vert = priorité” sans préciser le gisement. Sous R15, c’est le navire que tu vois sur ton tribord qui te fait manœuvrer — pas la couleur qu’il te montre.
Tu te trouves derrière lui
Tu ne vois qu’un seul feu blanc bas — le feu de poupe. Le feu de mât s’est éteint visuellement dès que tu as dépassé 22,5° sur l’arrière du travers. Un seul feu blanc bas = tu rattrapes ce navire. R13 : c’est toi qui t’écartes, quel que soit le côté.
Tu vois deux feux blancs alignés verticalement
Tu es face à un navire d’au moins 50 m. Les deux feux de mât superposés et parfaitement alignés indiquent qu’il vient droit sur toi. S’ils sont décalés horizontalement, il fait un angle avec ta route.
Voilier au moteur = R23
C’est le piège pédagogique numéro un de cette règle, et il revient à presque chaque session d’examen CMP.
Dès qu’un voilier utilise sa propulsion mécanique — même en gardant les voiles établies — il perd son statut de voilier au sens du RIPAM. Il devient un navire à propulsion mécanique.
De nuit : il doit montrer les feux R23 complets — feu de mât blanc 225° inclus. Un voilier de nuit avec un feu de mât allumé = il est sur moteur, point.
De jour : il doit hisser une marque conique pointe en bas, visible depuis l’avant (règle 25e). Si tu vois un voilier avec ses voiles établies et un cône pointe en bas dans le gréement, il est classé moteur pour le RIPAM.
En manœuvre : R18 ne le favorise plus. Un autre navire à moteur n’a pas à s’écarter de lui parce qu’il a des voiles. La règle 15 s’applique normalement entre eux.
Le réflexe à prendre
Avant de décider si c’est R25 ou R23, cherche le feu de mât de nuit, ou le cône de jour. C’est le signal, pas les voiles.
Pièges classiques à l’examen CMP
Piège 1 — Traiter le voilier au moteur comme R25
L’examinateur montre un voilier avec ses voiles dehors la nuit, et les feux R23. La réponse réflexe “c’est un voilier, c’est R25” est fausse. Le feu de mât blanc allumé = il est sur moteur = R23. Le statut RIPAM dépend de la propulsion utilisée, pas du gréement apparent.
Piège 2 — Confondre R23 et R27 (navire non maître de sa manœuvre)
Un navire en panne moteur ne porte pas le feu de mât R23. Il montre deux feux rouges tout l’horizon superposés verticalement (R27a). S’il a encore de l’erre, il ajoute ses feux de côté et son feu de poupe — mais pas son feu de mât. La logique : le feu de mât signale une propulsion active. “Navire qui montre un mât blanc + deux rouges superposés” est une combinaison impossible.
Piège 3 — Oublier le second feu de mât pour les navires ≥ 50 m
À l’oral : “ce navire fait 60 m, quels feux porte-t-il ?” Si tu oublies le second feu de mât arrière plus haut, c’est sanctionné. Et dans l’autre sens : “je vois deux blancs alignés en haut, c’est quoi ?” La bonne réponse : navire d’au moins 50 m vu de face.
Piège 4 — Confondre 'feu de mât' et 'feu physiquement en haut du mât'
“Feu de tête de mât” est un terme COLREG, pas une description anatomique. Sur un navire de plaisance de 8 m, le feu de mât peut être à 2,5 m au-dessus du plat-bord. Sur un Zodiac semi-rigide à moteur, c’est techniquement un feu de mât — même s’il n’y a pas de mât. À l’oral, ce terme désigne toujours le feu blanc 225° placé à l’avant.
Piège 5 — Inverser l'arc du feu de mât (225°) et celui du feu de poupe (135°)
Le mnémo qui marche : 225° pour le feu avant — le plus grand arc, car le risque de collision est maximal sur l’avant. 135° pour le feu de poupe. Et la vérification : 225 + 135 = 360. Si tu mélanges les deux, ta couverture d’horizon ne colle plus.
Piège 6 — Confondre les deux exemptions de R23(d)
R23(d)(i) : navire < 12 m peut montrer un feu blanc tout l’horizon + feux de côté. R23(d)(ii) : navire < 7 m et vitesse ≤ 7 nœuds peut se contenter d’un seul feu blanc tout l’horizon (feux de côté “si possible”). La frontière est à 7 m ET 7 nœuds, pas à 12 m seul. Un dériveur à moteur de 5 m qui file 8 nœuds doit les feux de côté — pas d’exemption.
Lire les feux pour appliquer la bonne règle de barre
Les feux R23 sont l’outil d’identification qui rend les règles de barre applicables. De nuit, on ne voit pas un navire — on voit ses feux. Sans lecture correcte des feux, on ne peut pas savoir quelle règle appliquer.
La séquence à dérouler :
Lire les feux
Identifier le type de navire — R23, R25, R27, R26 — en fonction de la combinaison visible.
Identifier l'angle d'observation
Quelle combinaison de feux je vois ? Rouge + vert + mât, un seul côté + mât, ou un seul blanc bas ?
Appliquer la règle de barre
R13 si je vois la poupe seule — je rattrape. R14 si rouge + vert + mât — face-à-face. R15 si un seul côté + mât — croisement, avec le gisement pour décider.
Exemple
Croisement nocturne R15 — mise en situation CMP
Je vois la nuit un feu blanc en haut et un feu rouge sur mon avant tribord. L’autre est sur mon tribord : je suis le non-privilégié, je manœuvre (R16) en évitant de lui couper l’avant. Si je vois un feu blanc en haut et un feu vert sur mon avant bâbord, il est sur mon bâbord : je suis normalement privilégié, je maintiens cap et vitesse (R17), tout en surveillant que le risque se réduit bien.
Ce lien direct entre lecture des feux R23 et application de R15 est ce qui sépare un candidat qui récite la règle d’un candidat qui sait naviguer la nuit. L’examinateur le voit immédiatement quand il pose une question sur un scénario nocturne.