À retenir
L'essentiel
R25 définit les feux des voiliers en route sous voiles seules. Deux régimes selon la taille : ≥ 20 m → feux séparés (côté + poupe) ; < 20 m → option tricolore en tête de mât. Voilier au moteur = R23, point.
- R25(a) — voilier ≥ 20 m : feux de côté rouge/vert + feu de poupe blanc, séparés. Pas de feu de mât — c'est ce qui le distingue d'un R23.
- R25(b) — voilier < 20 m : option lanterne tricolore en tête de mât (rouge + vert + blanc combinés). Pas en plus des feux séparés — une option ou l'autre.
- R25(e) — voilier au moteur, même voiles établies : devient R23. De jour, marque conique pointe en bas obligatoire — sinon double faute réglementaire.
- R25(d) — voilier < 7 m sans feux R25 : lampe électrique blanche prête à éclairer en cas d'approche. Pas une option, une obligation de substitution.
Feux des voiliers — Règle 25 RIPAM
Vue de face (observateur en avant du voilier). La signature clé de nuit : absence de feu de mât blanc — c'est ce qui distingue R25 de R23.
Voilier ≥ 20 m — Feux séparés
Voilier ≥ 20 m — Feux séparés R25(a)
Feux de côté rouge/vert sur les chandeliers ou le pont + feu de poupe blanc 135°. Pas de feu de mât blanc — c'est la signature qui te distingue d'un R23. Au-delà de 20 m, le feu tricolore tête de mât est interdit.
Voilier < 20 m — Tricolore tête de mât
Voilier < 20 m — Tricolore unique R25(b)
Une seule lanterne en tête de mât combine les trois secteurs. Exclusif des feux séparés : on choisit l'un ou l'autre, jamais les deux ensemble. Interdit au-dessus de 20 m. Interdit dès que le moteur tourne (bascule R23).
Voilier au moteur = R23
Dès que tu démarres le moteur, même avec les voiles établies, ton voilier devient un navire à propulsion mécanique au sens de R3(b) du RIPAM. Tu DOIS allumer le feu de mât blanc 225° en plus des feux de côté et de poupe.
- • De nuit : feu de mât blanc 225° obligatoire (s'ajoute aux feux de côté et de poupe). Si tu utilisais le tricolore tête de mât, tu dois basculer sur les feux séparés — le tricolore est interdit en R23.
- • De jour : hisser une marque conique noire pointe en bas à l'avant, à l'endroit le plus visible — règle 25(e). Exemption possible sous 12 m (pratique française), mais reste à connaître.
- • Hiérarchie R18 : tu perds ta priorité sur les autres voiliers sous voile pure. Tu t'écartes de tout navire qui n'est pas à propulsion mécanique.
Tableau comparatif — R25 vs R23
| Critère | Voilier R25 (voile pure) | Voilier au moteur R23 |
|---|---|---|
| Feu de mât blanc 225° | Non — absent (signature R25) | OUI obligatoire |
| Feux de côté rouge/vert | OUI (séparés ≥ 20 m, ou via tricolore < 20 m) | OUI (toujours séparés — tricolore interdit) |
| Feu de poupe blanc 135° | OUI (séparé ou intégré tricolore) | OUI |
| Marque conique pointe bas (jour) | Non | OUI — cône noir pointe en bas R25(e) |
| Hiérarchie R18 | Voilier — priorité sur navires à propulsion mécanique | Navire à propulsion mécanique — s'écarte des voiliers sous voile |
Mémo signature visuelle de nuit : feu blanc en hauteur au-dessus du rouge/vert = moteur R23. Pas de feu blanc en hauteur = voile pure R25. Un seul détail tranche 80 % des identifications. Source : RIPAM SH2 — SHOM 2021, COLREG 1972 (ECOLOGIC.GOUV.FR), 33 CFR §83.25.
Règle d'or
Pas de feu de mât blanc à l'avant = voilier (R25). Si tu vois un feu de mât, c'est R23 — même si tu sais que c'est physiquement un voilier.
La logique de R25 en une phrase
R25 régit les feux des voiliers sous voile pure et des embarcations à l’aviron. Sa logique tient dans une idée : un voilier qui n’utilise pas son moteur ne montre pas de feu de mât blanc. C’est cette absence qui constitue sa signature visuelle de nuit et le distingue immédiatement d’un navire à propulsion mécanique. Le jour où tu intègres ça, R25 devient limpide — et tu ne confondras plus jamais un voilier et un bateau à moteur dans l’obscurité.
Feux d’un voilier en route — le cas de base R25(a)
Un voilier sous voiles seules, quelle que soit sa longueur, montre trois feux en route de nuit. Ce sont les feux définis par la règle 21 du RIPAM :
| Feu | Couleur | Secteur angulaire | Position |
|---|---|---|---|
| Feu de côté bâbord | Rouge | 112,5° | Côté bâbord |
| Feu de côté tribord | Vert | 112,5° | Côté tribord |
| Feu de poupe | Blanc | 135° | Aussi près que possible de la poupe |
Les secteurs sont jointifs et couvrent exactement 360° (112,5 + 112,5 + 135 = 360). Pas d’angle mort, pas de recouvrement.
Ce qui n’est pas là est aussi important que ce qui est là. R25(a) ne prescrit aucun feu de mât blanc. C’est la différence essentielle avec R23 : le navire à moteur allume un feu de mât blanc 225° en plus de ses feux de côté. Le voilier sous voile, lui, n’en a pas. Un observateur qui voit un feu rouge ou vert sans feu blanc en hauteur au-dessus identifie immédiatement un voilier sous voile pure.
Portées minimales (R22) : pour un voilier de 12 à 50 m, feux de côté et feu de poupe doivent être visibles à 2 milles. Pour un voilier de moins de 12 m, feux de côté à 1 mille et feu de poupe à 2 milles.
Variante voilier < 20 m : le feu tricolore en tête de mât
R25(b) autorise un voilier de moins de 20 m à regrouper les trois feux de R25(a) en une seule lanterne placée au sommet ou à la partie supérieure du mât. C’est le feu tricolore tête de mât.
Cette lanterne unique contient les trois secteurs dans une seule enveloppe :
- 112,5° rouge côté bâbord
- 112,5° vert côté tribord
- 135° blanc vers l’arrière
Pourquoi en tête de mât ? Sur un voilier de 8 à 15 m, les feux latéraux montés sur les balcons ou les chandeliers de pont disparaissent dans les creux par mer formée. La lanterne tricolore placée le plus haut possible reste visible même quand le bateau s’enfonce dans la vague. C’est une question de sécurité opérationnelle.
La règle d’exclusivité que tout le monde rate : le tricolore tête de mât n’est pas un complément aux feux séparés — c’est une alternative. Tu ne les allumes pas ensemble. Soit tu utilises les feux séparés sur le pont, soit tu allumes le tricolore en tête de mât. Jamais les deux simultanément. Les électriciens marine câblent systématiquement un commutateur “feux séparés / tricolore” pour rendre cette exclusivité physiquement impossible à violer.
La limite des 20 m est ferme : un voilier de 20,01 m doit obligatoirement utiliser les feux séparés. Pour la grande majorité de la plaisance — pratiquement tout ce qui navigue sous 15 m — le tricolore tête de mât est la configuration standard.
Feux additionnels facultatifs — rouge sur vert
R25(c) autorise un voilier en route à ajouter, au sommet ou à la partie supérieure du mât, deux feux superposés visibles sur tout l’horizon :
- Feu supérieur rouge 360°
- Feu inférieur vert 360°
Ce sont des feux “peut” — aucun voilier n’est obligé de les avoir. Leur utilité : une visibilité accrue en zones de trafic dense ou par mer formée où les feux de côté peuvent être masqués par la gîte.
Mémo rouge sur vert
“Rouge sur vert, voilier en l’air” — rouge en haut, vert en bas, position élevée. Ne pas confondre avec “rouge sur blanc = pilote” (R29) ou “rouge sur rouge = capacité restreinte” (R27).
L’exclusivité avec le tricolore est inscrite dans le texte : R25(c) précise explicitement “ces feux ne doivent pas être montrés en même temps que le fanal autorisé par le paragraphe b)”. En clair :
- Feux séparés + rouge/vert tout-horizon optionnel : autorisé.
- Tricolore tête de mât seul : autorisé.
- Tricolore tête de mât + rouge/vert tout-horizon : interdit.
En pratique, les feux superposés rouge sur vert se trouvent surtout sur les voiliers de course ou de croisière hauturière de plus de 12 m câblés avec feux séparés. Sur un voilier de plaisance côtière de 10 m en tricolore, ils ne s’envisagent pas.
Cas critique : le voilier au moteur devient R23
C’est le point qui fait trébucher les candidats à l’oral, et c’est volontairement que j’y consacre une section entière.
La règle est simple, mais contre-intuitive : dès qu’un voilier utilise sa propulsion mécanique — même si ses voiles sont établies et portent du vent — il devient au sens de R3(b) un navire à propulsion mécanique. R25 ne s’applique plus pour les feux. C’est R23 qui prend le relais.
Ce que ça change de nuit :
- Le voilier doit allumer un feu de mât blanc 225° — c’est exactement le feu qui était absent en R25(a).
- Les feux de côté rouge et vert restent allumés.
- Le feu de poupe blanc 135° reste allumé.
- S’il utilisait son tricolore tête de mât (R25 b), il doit basculer sur les feux séparés : le tricolore est incompatible avec R23.
De jour (R25 e) : un voilier qui fait route à la voile et au moteur simultanément doit montrer à l’avant, à l’endroit le plus visible, une marque de forme conique, pointe en bas. C’est le seul élément de R25 qui reste actif quand le moteur tourne. Tout le reste bascule sur R23.
Le voilier motorisé change de hiérarchie
Pour la barre, le voilier motorisé perd son statut de voilier sous voile. R18 s’applique — il doit s’écarter des voiliers sous voile pure, des navires en pêche, des navires à capacité de manœuvre restreinte. La hiérarchie change complètement dès que le moteur tourne.
La confusion vient du raisonnement en silos : on apprend R25 comme “la règle des voiliers” et R23 comme “la règle des moteurs”, et on oublie que le RIPAM raisonne sur l’état de propulsion, pas sur la forme de la coque. L’état de propulsion prime toujours sur le type de navire.
Embarcations à l’aviron et voiliers de moins de 7 m
R25(d) crée deux cas distincts pour les petites unités.
R25(d)(i) — Voilier de moins de 7 m : le règlement l’invite à montrer les feux de R25(a) ou (b) “si possible”. À défaut, il doit avoir à portée de la main une lampe électrique ou un fanal allumé montrant une lumière blanche, à présenter en temps utile pour éviter un abordage.
“À portée de la main” est la formule officielle — pas besoin de feux fixes allumés en permanence. Une lampe-torche dans le sac étanche fonctionne, à condition qu’elle puisse être brandie immédiatement quand un autre navire approche.
R25(d)(ii) — Embarcation à l’aviron : elle peut montrer les feux d’un voilier si elle en est équipée. Sinon, même obligation : lampe blanche prête à montrer.
Sont concernés : annexes, kayaks, planches à pagaie, dériveurs sans installation électrique, optimists en navigation crépusculaire. Ces embarcations n’ont pas besoin de feux fixes — mais elles n’ont pas non plus le droit de naviguer dans l’obscurité sans aucun moyen d’être vues.
Le piège du kayak sans lampe
Un kayakiste sorti à l’aube sans lampe est en infraction — et en danger sérieux. La règle est qu’il n’a pas besoin de feux fixes allumés en permanence, mais il doit avoir à portée de la main de quoi montrer une lumière blanche. “Pas de feux obligatoires” ne veut pas dire “aucune obligation de feu”.
Pièges classiques à l’examen CMP
Ces huit pièges sont ceux que l’oral sort en rotation. Les candidats qui s’y préparent ne se font pas surprendre.
Piège 1 — “Le voilier au moteur reste un voilier pour les feux.” Faux. Dès que le moteur tourne, c’est R23 — feu de mât blanc 225° obligatoire en plus des feux de côté et du feu de poupe. Réponse-réflexe : “moteur en marche = navire à propulsion mécanique au sens de R3(b).”
Piège 2 — “Le tricolore tête de mât et les feux séparés peuvent coexister.” Faux. C’est l’un ou l’autre. L’allumage simultané des deux configurations crée une signature lumineuse incompréhensible et met les autres navires en erreur sur ta taille et ton statut.
Piège 3 — “Un voilier au moteur arbore deux cônes superposés de jour.” Faux. R25(e) ne prescrit qu’un seul cône pointe en bas. Les “deux cônes” sont une vulgarisation qui circule dans certains supports — à éviter absolument en réponse d’examen.
Piège 4 — “Un kayak n’a aucune obligation de feu de nuit.” Faux. R25(d) impose une lampe blanche prête à montrer. Pas de feux fixes obligatoires, mais une source lumineuse blanche dans la main à l’approche d’un autre navire.
Piège 5 — “Un voilier de 20 m peut utiliser le tricolore tête de mât.” Faux. R25(b) limite cette option aux voiliers strictement inférieurs à 20 m. À partir de 20 m, feux séparés obligatoires, sans tolérance.
Piège 6 — “Un voilier a un feu de mât blanc comme un navire à moteur.” Double faux. R25 ne prescrit aucun feu de mât blanc. Les seuls feux tout-horizon autorisés en tête de mât sont les rouge sur vert optionnels de R25(c). Le feu de mât blanc 225° n’apparaît que quand le voilier bascule en R23.
Piège 7 — “Le feu de poupe d’un voilier couvre 180°.” Faux. Le feu de poupe blanc couvre 135° — c’est R21(c), et c’est vrai pour tous les navires sauf cas particuliers.
Piège 8 — “Voilier sous voile = toujours prioritaire sur le moteur.” À nuancer fortement. R18 donne effectivement la priorité au voilier sous voile sur un navire à propulsion mécanique — en règle générale. Mais R18 cède devant R10 (dispositif de séparation du trafic), R9 (chenal étroit) et R13 (rattrapage). La hiérarchie complète : R10 > R13 > R18.