À retenir
L'essentiel
R26 définit les feux des navires en train de pêcher — deux feux superposés signature : vert dessus / blanc dessous (chalutier) ou rouge dessus / blanc dessous (autres pêches), avec signal latéral d'engin pour les filets longs.
- R26(b) — chalutier en pêche : vert au-dessus du blanc, plus feux de côté + poupe en route. Vert = traction active sur les filets.
- R26(c) — autres pêches (palangres, filets dérivants) : rouge au-dessus du blanc. Si engin > 150 m hors-bord, feu blanc latéral indiquant la direction de l'engin.
- R26(d) — pêche à l'arrêt : signaux R26 conservés, mais feux de côté et poupe éteints. Ce qui reste, c'est la signature feux superposés.
- Pêcheur transit filets rentrés = navire à propulsion mécanique ordinaire (R23). La priorité R18(b)(iii) ne s'applique que quand les engins réduisent la manœuvre.
Règle 26 — Feux des navires en pêche
Trois configurations de nuit : chalutier (R26 b), autre pêche (R26 c), engin latéral > 150 m (R26 c-ii). Pyramide R18 et exclusions R3(d).
Configurations de feux R26 — vue de travers tribord
Chalutier — R26 b
Chalutier en pêche
VERT sur BLANC 360° en tête de mât. + feux de côté et poupe si en route avec erre (R26 b-iii). Chalut = filet traîné.
Autre pêche — R26 c
Autre pêche (palangres, sennes, casiers)
ROUGE sur BLANC 360° en tête de mât. + feux de côté et poupe si en route (R26 c-iii). Pas de feu de tête de mât supplémentaire (≠ chalutier).
Engin latéral > 150 m — R26 c-ii
Engin déployé > 150 m horizontaux
Feu blanc 360° supplémentaire dans la direction de l'engin, à 2-6 m des feux principaux (R26 c-ii). Ne s'applique pas au chalutier. De jour : cône pointe en haut.
Pyramide R18 — où se situe le navire en pêche ?
| Rang | Catégorie de navire | Statut |
|---|---|---|
| 1 | NMS — Non maître de sa manœuvre | Tous les autres s'écartent |
| 2 | CMR — Capacité de manœuvre restreinte | Tous sauf NMS s'écartent |
| 3 | R26 — Navires en pêche | Tous sauf NMS/CMR s'écartent ← TU ES ICI |
| 4 | R25 — Voiliers | S'écartent de NMS/CMR/R26 |
| 5 | R23 — Navires à propulsion mécanique | S'écartent de tous les précédents |
R18 préambule : "dans la mesure du possible" — un navire en pêche R26 doit s'écarter de NMS et CMR seulement si sa manœuvre le lui permet. La règle 18 ne s'applique pas en visibilité réduite (R19 efface les privilèges). ATD (handicapé par son tirant d'eau) n'est pas représenté ici — son statut spécial "éviter de gêner" (R18 d) est hors scope de cette fiche R26.
Lignes traînantes, palangres mobiles courtes, cannes de pêche sportive : PAS R26
Le RIPAM règle 3(d) définit le "navire en pêche" comme un navire avec un engin qui restreint sa capacité de manœuvre. Une ligne de traîne (trolling), une canne ou une courte palangre ne restreignent pas la manœuvre — donc PAS de statut R26, PAS de feux spéciaux, PAS de priorité particulière R18. Ces navires restent R23 (navire à propulsion mécanique ordinaire).
R26 e) interdit en outre de montrer les feux R26 quand on ne pêche plus. Un chalutier qui rentre filets virés redevient immédiatement R23 — pas de priorité, pas de feu vert sur blanc. C'est le piège classique à l'oral CMP.
Source : COLREG version française officielle (ministère de la Transition écologique) — Règles 26, 3(d), 18 et Annexe I §2(k). SHOM SH 2A (édition 2021). Portée des feux R26 : 360°, portée minimale selon R22 (longueur du navire). Marque de jour commune R26 b et c : deux cônes superposés réunis par la pointe (sablier).
Règle d'or
Deux feux ronds superposés en pleine mer = navire en train de pêcher. Vert/blanc = chalutier, rouge/blanc = autres pêches.
Ce qu’est vraiment un “navire en pêche” — la définition R3(d)
Avant de parler de feux, il faut savoir ce que le RIPAM considère comme un navire en pêche. La règle 3(d) répond précisément : “l’expression ‘navire en train de pêcher’ désigne tout navire qui pêche avec des filets, lignes, chaluts ou autres engins de pêche réduisant sa capacité de manœuvre.” La deuxième partie de la définition est tout aussi importante : “mais ne s’applique pas aux navires qui pêchent avec des lignes traînantes ou autres engins de pêche ne réduisant pas leur capacité de manœuvre.”
Ce qui tombe sous R26 : chaluts de fond et pélagiques, sennes coulissantes et danoises, palangres dérivantes et de fond, filets maillants dérivants, casiers en cours de relevage. Tous ces engins restreignent concrètement la capacité du navire à virer ou stopper librement.
Ce qui n’est pas R26 : la pêche à la traîne (trolling), la canne à pêche, toute ligne qui ne contraint pas la route du navire. Un plaisancier qui traîne deux leurres derrière son voilier reste un navire ordinaire au sens de R3(b) — pas de feux spéciaux, pas de priorité R18. C’est la première confusion que l’examinateur teste à l’oral.
Un point souvent oublié : R26(e) interdit formellement de montrer les feux R26 quand on ne pêche plus. Un chalutier qui rentre au port avec les filets virés repasse en feux R23. Le maintien des feux pêche en transit est une infraction au Code des transports.
Feux du chalutier — vert sur blanc
La règle 26(b) décrit la configuration du chalutier — tout navire qui traîne dans l’eau un chalut ou un engin similaire.
Configuration de base (chalutier en pêche, stoppé ou à l’ancre) : deux feux superposés visibles sur tout l’horizon (360°), vert en haut, blanc en bas. Pas de feux de côté, pas de feu de poupe.
Chalutier en route avec erre : feux de côté (vert tribord, rouge bâbord) et feu de poupe blanc s’ajoutent.
Navires de longueur ≥ 50 m : obligation supplémentaire d’afficher un feu de tête de mât blanc, placé plus haut que le feu vert 360° et à l’arrière de celui-ci. Pour les navires de moins de 50 m, ce feu est facultatif — la plupart des chalutiers côtiers français ne l’affichent donc pas systématiquement.
La marque de jour : deux cônes superposés réunis par la pointe (forme en sablier). Identique pour chalutier et autre pêche.
Mnémotechnique qui circule en formation : “vert sur blanc, chalutier en avant” — il tire son chalut, il avance, il a une direction.
Feux des autres pêches — rouge sur blanc
La règle 26(c) couvre tout navire en pêche autrement qu’au chalut : palangres, filets maillants dérivants, casiers, sennes fixes ou semi-dérivantes.
Configuration de base (stoppé ou à l’ancre) : deux feux superposés visibles sur tout l’horizon (360°), rouge en haut, blanc en bas. Pas de feux de côté, pas de feu de poupe, pas de feu de tête de mât supplémentaire — contrairement au chalutier, R26(c) ne prévoit pas d’équivalent aux ≥ 50 m.
Navire en route avec erre : feux de côté et feu de poupe blanc s’ajoutent, identique au chalutier.
La marque de jour : deux cônes pointe contre pointe (sablier) — même pictogramme que le chalutier.
Mnémotechnique : “rouge sur blanc, pêcheur qui attend” — il dérive avec son engin, il relève ses casiers, il n’a pas de route franche.
Signal d’engin latéral à plus de 150 mètres
C’est la partie de R26 la plus souvent oubliée en oral, et la plus concrètement importante sur l’eau.
La règle 26(c)(ii) s’applique uniquement aux pêches autres que le chalut. Quand l’engin déployé (filet dérivant, palangre, senne mouillée) s’étend horizontalement à plus de 150 mètres du navire :
- De nuit : un feu blanc visible sur tout l’horizon (360°), placé dans la direction de l’engin.
- De jour : un cône pointe en haut, dans la direction de l’engin.
Ce feu est positionné entre 2 et 6 mètres horizontalement des deux feux principaux rouge/blanc — pas plus haut que le feu blanc de R26(c)(i), pas plus bas que les feux de côté.
Exemple
Palangrier avec engin déployé vers l'est
Un palangrier de 25 m a filé 600 m de palangres dérivantes vers l’est. Il affiche rouge sur blanc à la passerelle et un feu blanc 360° supplémentaire pointé vers l’est. Si tu approches de l’ouest, tu vois deux feux 360° (rouge + blanc) et un troisième blanc décalé sur sa droite. Ce troisième blanc te dit : passe du côté opposé, l’engin est à l’est.
Ce signal ne s’applique pas au chalutier. Un chalutier traîne son engin dans l’axe longitudinal — pas latéralement à plus de 150 m. Le signal d’engin latéral est une caractéristique exclusive de R26(c).
Place de R26 dans la hiérarchie R18
La règle 18 organise les six catégories de navires en pyramide. Le navire en pêche R26 occupe le rang 4 sur 6 — juste après NMS et CMR, juste avant le voilier et le navire à moteur.
| Rang | Catégorie | Feux principaux | Doit s’écarter de |
|---|---|---|---|
| 1 | NMS — Non maître de sa manœuvre | 2 feux rouges 360° (R27a) | Personne |
| 2 | CMR — Capacité de manœuvre restreinte | Rouge-Blanc-Rouge 360° (R27b) | Personne |
| 3 | ATD — Handicapé par son tirant d’eau | 3 feux rouges verticaux (R28) | Évite de gêner |
| 4 | Pêche R26 | Vert/Blanc (chalut) ou Rouge/Blanc | NMS, CMR (dans la mesure du possible) |
| 5 | Voile R25 | Feux de côté + feu de poupe | NMS, CMR, ATD, Pêche |
| 6 | PMM R23 | Tête de mât + feux de côté + feu de poupe | Tout le reste |
Conséquences directes pour les navires courants :
- Tu navigues à moteur (R23) et tu vois rouge sur blanc ou vert sur blanc 360° : tu t’écartes. R18(a)(iii) est sans ambiguïté.
- Tu es sous voile seule (R25) et tu vois un chalutier avec son vert sur blanc : c’est toi qui t’écartes (R18b-iii). Contre-intuitif au premier abord — logique avec le principe “moins manœuvrant = plus prioritaire”. Un chalutier avec 200 m de filets dans l’eau manœuvre moins bien qu’un voilier libre.
Une nuance importante : R18(b)(iv) dit que le navire en pêche s’écarte de NMS et CMR “dans la mesure du possible”. La formulation est délibérément plus faible — un pêcheur dont l’engin rend toute manœuvre impossible n’est pas en faute s’il ne peut physiquement pas s’écarter.
Pièges classiques à l’examen CMP
Trois pièges reviennent régulièrement dans les fiches d’entraînement et les oraux CMP.
Piège 1 — confusion R26 et R27 (CMR)
La combinaison rouge-blanc-rouge en vertical, c’est R27(b), pas R26. R26(c) c’est rouge sur blanc — deux feux. R27(b) c’est rouge-blanc-rouge — trois feux. Ce n’est pas la même chose et ce n’est pas la même catégorie. R27 concerne les navires dont la capacité de manœuvre est restreinte par la nature de leurs travaux (pose de câble, dragage, ravitaillement en mer). R26, c’est la pêche active. Un palangrier affiche rouge sur blanc, pas rouge-blanc-rouge. Si l’énoncé te montre trois feux verticaux, ça n’est pas un navire en pêche.
Piège 2 — lignes traînantes et statut R26
La définition R3(d) le dit littéralement : les lignes traînantes n’entrent pas dans la définition du navire en pêche. Un yacht qui traîne deux leurres en sortie de port n’a pas le statut R26, ne montre pas de feux spéciaux, et n’a aucun privilège R18(b)(iii). Il reste navire à propulsion mécanique ordinaire. L’examinateur peut te décrire “un navire avec deux lignes de pêche dans l’eau” — si ce sont des lignes traînantes, c’est R23, pas R26.
Piège 3 — direction du feu blanc latéral
Ce feu pointe vers l’engin, pas dans le sens de marche du navire. Si le filet est déployé à tribord, le feu blanc est à tribord. L’erreur classique en QCM : croire que ce feu blanc indique la route du navire. Non — il indique le côté dangereux. Tu passes du côté opposé à ce feu blanc. Le raisonnement doit être verbalisé à l’oral : “l’engin est à tribord, je passe à bâbord pour l’éviter.” Conclusion sans raisonnement = point non attribué.
Ce que l'examinateur attend sur un scénario rouge/blanc + feu blanc latéral
Pas juste “je m’écarte à bâbord” — il veut entendre la justification : tu as identifié R26(c), tu as lu le feu blanc latéral comme signal d’engin > 150 m à tribord, et tu passes à bâbord pour rester hors de portée de l’engin.