À retenir
L'essentiel
La lutte incendie à bord repose sur un modèle à quatre faces — le tétraèdre du feu — et sur une séquence de réaction impérative : détection → alarme → confinement → attaque initiale. Supprimer l'une des quatre faces du tétraèdre éteint le feu. Respecter la séquence dans cet ordre est ce que le référentiel CMP évalue.
- Tétraèdre du feu : 4 faces — combustible, comburant, énergie d'activation, réaction en chaîne. Chaque agent extincteur neutralise une ou plusieurs de ces faces.
- La réaction en chaîne (radicaux libres) est la 4e face absente du triangle classique — c'est elle qui explique l'action des poudres chimiques et des agents de substitution.
- Chaîne de réaction du marin : alarme en PREMIER, avant toute tentative d'extinction, même si tu penses en finir seul.
- Confinement = phase critique souvent oubliée : fermer les portes coupe-feu et arrêter les ventilations avant d'attaquer.
- STCW table A-VI/1-2 est la référence internationale ; le Code des transports français la transpose — deux repères à citer à l'oral.
Tétraèdre du feu
4 faces — supprimer une seule suffit à éteindre la combustion.
-
Énergie d'activation
Eau — refroidissement (absorption de chaleur)
-
Comburant
CO₂ / Mousse — étouffement, dilution O₂
-
Combustible
Mousse / Coupure source — séparation
-
Réaction en chaîne
Poudre / Halons-substituts — inhibition (capture radicaux libres)
Source pédagogique : IMO Model Course 1.20 « Fire Prevention and Fire Fighting » — Convention STCW table A-VI/1-2.
Règle d'or
Alarme d'abord. Toujours. Même pour un feu que tu penses éteindre en 10 secondes.
Comprendre la combustion : le tétraèdre du feu
La combustion n’est pas un phénomène magique. C’est une réaction chimique qui ne peut se maintenir que si quatre conditions sont réunies simultanément. Supprime l’une d’elles, le feu s’arrête. C’est le principe de base sur lequel repose toute la stratégie d’extinction.
Définition
Tétraèdre du feu
Représentation à quatre faces de la combustion : combustible, comburant, énergie d’activation, réaction en chaîne. Chaque face correspond à une famille d’agents extincteurs. Supprimer une face suffit à éteindre.
Les quatre faces, concrètement :
Combustible — ce qui brûle. À bord tu en croises partout : gazole dans les soutes, huile de graissage moteur, bois et textiles dans les cabines, plastiques, gaz inflammables dans les cuisines, huile de cuisson dans les friteuses. La diversité des combustibles à bord explique directement pourquoi les classes de feux existent (A, B, C, D, F) et pourquoi un seul extincteur universel ne peut pas tout régler.
Comburant — ce qui permet la combustion. Principalement l’oxygène de l’air ambiant, qui représente environ 21 % de l’atmosphère normale. Certains produits contiennent des agents oxydants internes qui leur permettent de brûler même en atmosphère appauvrie en oxygène — un cas de figure que tu rencontreras rarement à bord, mais qui existe.
Énergie d’activation — la quantité d’énergie nécessaire pour déclencher la réaction. Sources classiques à bord : flamme nue, surface chaude (conduit moteur, turbine), arc électrique, étincelle de soudage, auto-échauffement de matières organiques, compression dans les circuits hydrauliques sous pression.
Réaction en chaîne — le moteur de la combustion. Une fois démarrée, la réaction produit en continu des radicaux libres (H·, O·, OH·) qui entretiennent le feu indépendamment des variations de température ou de concentration. C’est ce mécanisme qui explique qu’un feu s’emballe : les radicaux libres alimentent de nouveaux cycles de combustion sans qu’on ait besoin de rouvrir la vanne de carburant ou de souffler dessus.
Du triangle au tétraèdre : pourquoi cette évolution
Tu as peut-être vu le triangle du feu dans des cours ou des manuels anciens — trois éléments : combustible, comburant, chaleur. Retire l’un, le feu s’éteint. C’est juste, mais incomplet.
Le problème du triangle : il ne permet pas d’expliquer pourquoi certains agents extincteurs très efficaces — les halons autrefois, les poudres chimiques et les agents de substitution aujourd’hui — éteignent des feux sans refroidir significativement, sans étouffer ni séparer. Ces agents agissent au niveau moléculaire en capturant les radicaux libres et en brisant la réaction en chaîne. Trois faces ne suffisent pas à rendre compte de ce mécanisme.
Formulation honnête pour l'oral
Le tétraèdre n’apparaît pas mot pour mot dans la Convention STCW. La table A-VI/1-2 parle de « basic principles of fire theory and fire chemistry » et d’« éléments nécessaires au feu ». Le tétraèdre est l’outil pédagogique standardisé via l’IMO Model Course 1.20 « Fire Prevention and Fire Fighting » — c’est la référence pédagogique que les centres de formation agréés utilisent, pas une expression codifiée verbatim dans la convention. À l’oral, tu cites le tétraèdre sans hésiter, c’est le vocabulaire attendu.
Le tableau ci-dessous te donne le lien direct entre chaque agent et la face du tétraèdre qu’il neutralise. C’est exactement ce que le jury CMP attend quand il te demande « comment ça éteint ? » :
| Agent extincteur | Face(s) neutralisée(s) | Mécanisme |
|---|---|---|
| Eau (jet plein / diffusé) | Énergie d’activation | Absorption de chaleur par échauffement puis vaporisation |
| Mousse | Comburant + combustible + chaleur | Couche couvrante sur liquide + composante aqueuse refroidit |
| Poudre chimique | Réaction en chaîne | Capture des radicaux libres — pas d’effet de refroidissement |
| CO₂ et gaz inertes | Comburant | Dilution de l’oxygène sous le seuil de combustion |
| Agents de substitution (FM-200, Novec 1230) | Chaleur + comburant + réaction en chaîne | Combinaison selon le produit |
La chaîne de réaction du marin : 4 phases
Face à un départ de feu à bord, il n’y a pas d’improvisation possible. Il y a une séquence. La Convention STCW table A-VI/1-2 exige que le marin soit capable de « réagir rapidement et de manière appropriée » et de « prendre des initiatives appropriées en cas d’incendie initial ». Dans les centres de formation agréés, cette exigence se traduit par une séquence opérationnelle en quatre phases.
Détection — humaine ou automatique
À bord, la détection peut être humaine (odeur de brûlé, fumée naissante, élévation anormale de température ressentie à la main sur une cloison) ou automatique via les détecteurs de fumée et de chaleur reliés à la centralisation. Un risque réel : la banalisation des alarmes intempestives — cuisson, vapeur — qui peut générer un retard de réaction. Ne jamais neutraliser un détecteur sans protocole.
Alarme — priorité absolue avant tout
Déclencher l’alarme incendie locale, utiliser le téléphone interne ou le talkie-walkie, informer la passerelle ou le poste de contrôle de sécurité. L’alarme déclenche la chaîne de commandement. Elle mobilise l’équipage. Elle prévient que la situation peut dépasser tes capacités individuelles. C’est la phase la plus souvent oubliée à l’oral CMP — parce que le candidat veut montrer son initiative en décrivant l’attaque. Ne tombe pas dans ce piège.
Confinement — fermer pour priver le feu
Fermer les portes coupe-feu et trappes dans le compartiment concerné. Arrêter les ventilations via les commandes à distance imposées par SOLAS II-2 (les dispositifs de commande à distance permettent de couper les ventilations sans entrer dans la zone). Éventuellement mettre à l’arrêt certaines machines. L’objectif : limiter l’apport d’oxygène, empêcher la propagation par les conduits, et préparer l’isolement de la zone pour une éventuelle intervention des équipes dotées de moyens lourds.
Attaque initiale — seulement si les conditions sont réunies
Uniquement si la taille du feu et la situation de sécurité personnelle le permettent. Vérifier la sécurité individuelle : EPI disponibles, voie de repli dégagée, interdiction de s’engager seul dans un local enfumé. Sélectionner l’extincteur adapté à la classe de feu. Attaquer à la base des flammes, pas sur les flammes elles-mêmes. Si le feu ne diminue pas en quelques secondes ou s’il se développe : replier, fermer les ouvertures, laisser les équipes lourdes prendre le relais.
Ne jamais attaquer avant d'avoir donné l'alarme
C’est la faute directe à l’oral. Même si tu es convaincu d’éteindre en 10 secondes, tu donnes l’alarme d’abord. L’incendie maritime se propage vite, les espaces sont confinés, l’équipage doit être mobilisé avant que la situation dégénère.
Ce que demande le référentiel CMP français
Le Certificat de matelot pont est encadré par un arrêté ministériel pris en application du Code des transports, qui transpose la Convention STCW. Les textes sont consultables sur Légifrance (legifrance.gouv.fr) et mer.gouv.fr dans la rubrique « Métiers et formations ».
Le CMP intègre obligatoirement un module STCW de formation de base à la sécurité couvrant quatre domaines : prévention et lutte contre l’incendie, survie en mer, premiers secours élémentaires, sécurité personnelle et responsabilités sociales. La lutte incendie est définie par la table A-VI/1-2 du Code STCW, qui identifie trois grandes compétences évaluables.
Ce que le jury évalue concrètement :
Sur le plan théorique, tu dois savoir expliquer les principes de la combustion en citant les quatre faces du tétraèdre et en les reliant aux mécanismes de propagation (convection, conduction, rayonnement, transport de fumées). Tu dois citer les classes de feux — solides (A), liquides (B), gaz (C), métaux (D), huiles de cuisson (F) — et associer à chacune les agents adaptés avec leurs contre-indications. Ne jamais proposer de l’eau sur un feu de liquide inflammable ou de friteuse : c’est dangereux, c’est rédhibitoire à l’oral.
Pour les agents extincteurs : toujours lier au tétraèdre
Pour chaque agent que tu cites, ajoute immédiatement la face du tétraèdre qu’il neutralise et le mécanisme. Le jury ne veut pas « l’extincteur CO₂ éteint le feu » — il veut « le CO₂ agit par dilution de l’oxygène, face comburant du tétraèdre, en abaissant sa concentration sous le seuil de combustion ».
Sur le plan pratique, l’évaluation porte sur la manipulation correcte des extincteurs portatifs (choix selon la classe, transport, mise en service, usage), la mise en œuvre d’une lance d’incendie simple, et la participation à une équipe d’attaque ou de soutien selon le rôle d’appel. La lecture du plan de sécurité est aussi évaluée : localisation des moyens de lutte, zones de risque, itinéraires d’évacuation.
Sur le plan procédural, décrire la séquence de réaction dans l’ordre correct (détection → alarme → confinement → attaque) est un incontournable. Connaître les modalités d’alarme propres au navire et le rôle d’appel font partie du scope.
Évolutions récentes : halons, substituts, marquage MED, PFAS 2026
La lutte incendie maritime n’est pas figée. Quelques évolutions récentes que tu dois connaître pour ton oral, et que tu pourras rencontrer à bord.
L’interdiction des halons est le changement de fond le plus important des trente dernières années. Les halons étaient des agents extincteurs très efficaces — ils agissaient directement sur la réaction en chaîne — mais leur impact sur la couche d’ozone a conduit à leur interdiction progressive dans le cadre du Protocole de Montréal (1987, entré en vigueur 1989). L’OMI a intégré ces exigences en ajustant SOLAS et MARPOL. Les nouvelles installations à halons sont interdites ; les systèmes existants sur navires anciens sont gérés sous protocoles stricts. Tu peux en croiser en embarquant sur un vieux navire — sache que c’est un héritage en voie de disparition.
Les agents de substitution ont pris la relève pour les installations fixes dans les locaux à risques particuliers (salles de contrôle, locaux machines, zones techniques). FM-200 (HFC-227ea), Novec 1230 (FK-5-1-12) et IG-541 dit Inergen (mélange azote, argon, CO₂) sont les trois principaux. Ces désignations n’apparaissent pas directement dans STCW ou SOLAS — elles sont dans les documents techniques et les guides des sociétés de classification — mais tu peux les rencontrer lors d’une visite des locaux du navire.
Les F-Gas sous pression réglementaire européenne
Le FM-200 est lui-même un gaz fluoré à fort potentiel de réchauffement, encadré par la réglementation européenne F-Gas. La tendance 2020-2026 est à la réduction progressive des agents fluorés au profit de solutions à empreinte environnementale réduite comme le Novec 1230. C’est une évolution à suivre, pas encore un impact direct sur l’oral CMP, mais ça montre que le cadre réglementaire de la lutte incendie continue d’évoluer.
Le marquage MED — la barre à roue est le sigle de conformité SOLAS pour les équipements de sécurité installés sur navires battant pavillon d’un État membre de l’UE (Règlement UE relatif aux équipements marins, consultable sur EUR-Lex). Concrètement : une barre à roue stylisée + le numéro de l’organisme notifié + l’année de certification. Elle est obligatoire sur les extincteurs, systèmes fixes d’extinction, détecteurs de fumée et chaleur. En tant que matelot, vérifier la présence et la lisibilité de ce marquage fait partie du contrôle mensuel des équipements de sécurité. Absence = signalement immédiat au chef de quart.
L’interdiction des PFAS dans les agents extincteurs est entrée en vigueur au 1er janvier 2026 selon les recommandations DNV. Les agents contenant des PFAS (substances per- et polyfluoroalkylées, dites “polluants éternels”) sont en cours d’élimination des équipements marins. Les mousses AFFF traditionnelles, très utilisées pour les feux de classe B, en contenaient massivement. L’impact opérationnel direct pour toi à l’embarquement : les agents de substitution PFAS-free gagnent du terrain pour les nouvelles certifications.
Pièges classiques à l’oral CMP
Six pièges reviennent en boucle dans les passages oraux de lutte incendie. Les voilà sans filtre.
Piège 1 — Citer le triangle à trois éléments. L’erreur classique : “le triangle du feu avec combustible, comburant et chaleur”. Ou pire : “le triangle du feu avec ses quatre éléments”. Le jury t’arrête. Mémorise les quatre faces dans l’ordre (combustible / comburant / énergie d’activation / réaction en chaîne) et construis mentalement la forme en 3D — un tétraèdre, pas un triangle.
Piège 2 — Attaquer avant de donner l’alarme. Le plus pénalisé. Tu veux montrer ton dynamisme opérationnel — résultat : tu démontres que tu ne comprends pas la dimension collective de la lutte incendie. L’alarme est la première action. Point.
Piège 3 — Oublier le confinement. Alarme → extincteur, sans mentionner la fermeture des portes coupe-feu et l’arrêt des ventilations. Le confinement est la phase qui évite que le feu se propage dans tout le navire via les conduits. SOLAS II-2 impose ces dispositifs — les citer à l’oral montre que tu connais la réglementation.
Piège 4 — Eau sur un feu de friteuse ou de liquide inflammable
Proposer de l’eau sur un feu de classe B (gazole, huile) ou de classe F (huile de cuisson) est une réponse dangereuse et rédhibitoire. L’eau en contact avec une huile brûlante à haute température provoque une vaporisation explosive — une projection violente de liquide enflammé. Pour la classe F : extincteur à poudre spéciale K ou à eau pulvérisée avec additif. Pour la classe B : mousse ou poudre.
Piège 5 — Décrire une attaque seul dans un local enfumé. Ne jamais entrer seul dans un espace confiné enfumé, sans EPI, sans voie de repli identifiée. L’énonce de cette règle à l’oral est attendu explicitement. Ajouter : si le feu ne diminue pas en quelques secondes, on replie, on ferme, on laisse les équipes ARI prendre le relais.
Piège 6 — Citer les agents sans lier au tétraèdre. “La poudre chimique éteint bien les feux d’électricité” — sans expliquer pourquoi. Le jury attend le mécanisme : « la poudre chimique capture les radicaux libres et interrompt la réaction en chaîne — 4e face du tétraèdre ». Pour chaque agent, le mécanisme est l’élément discriminant entre une réponse passable et une bonne note.
Piège 7 — Aucune référence réglementaire. “Les règles internationales” sans préciser. Avoir en tête quatre repères à citer sobrement : Convention STCW section A-VI/1, SOLAS chapitre II-2, Code des transports français, Protocole de Montréal pour les halons. Deux ou trois repères bien placés dans la réponse font toute la différence.
Cette fiche couvre la fondation théorique et procédurale. Les fiches suivantes entrent dans le détail des classes de feux et des agents extincteurs, puis de l’utilisation pratique des extincteurs à bord.