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tuto Brevet : CMP Niveau 1/3 11 min de lecture

Techniques individuelles de survie (TIS) en mer

Alerte et décision d'abandon, mise à l'eau, survie en eau froide (hypothermie, HELP, huddle) et signaux de détresse individuels.

Publié le 28 mai 2026 · sécurité · survie · TIS · STCW · CMP

L’alerte et la décision d’abandon : qui décide, comment

La décision d’abandonner le navire appartient au capitaine. C’est lui seul qui a l’autorité pour déclencher l’évacuation. Cette règle n’est pas une question de hiérarchie pour la forme — c’est une protection opérationnelle : une évacuation prématurée peut tuer autant qu’une évacuation tardive, et la décision nécessite une évaluation globale de la situation que seul le commandant possède à ce moment.

Le signal standardisé SOLAS est sept coups courts suivis d’un coup long, répétés sur le sifflet du navire. Il est reproduit simultanément sur l’alarme générale. Si tu entends cette séquence, tu n’attends pas de confirmation, tu n’appelles pas la passerelle, tu exécutes.

Ce que tu fais quand tu entends le signal : tu consultes le rôle d’appel affiché dans les coursives et ta cabine pour trouver ton poste d’abandon, tu enfiles ta tenue d’abandon si tu y as accès. La tenue d’abandon idéale, c’est une combinaison d’immersion conforme SOLAS plus ton gilet de sauvetage, tes papiers dans un sachet étanche si tu as le temps, et tu rejoins ton point de rassemblement.

En pratique, au CMP, on te demande de décrire cette séquence dans l’ordre : signal reconnu → rôle d’appel consulté → tenue d’abandon enfilée → point de rassemblement rejoint. Le jury vérifie que tu connais la chaîne de commandement et que tu ne prends aucune initiative d’évacuation sans signal.

Les vérifications avant le saut

Avant de sauter, tu as une minute. Cette minute peut faire la différence entre une mise à l’eau contrôlée et une noyade dans les premières secondes. Quatre vérifications à faire dans l’ordre.

Gilet correctement enfilé et serré

Toutes les boucles fermées, les sangles de poitrine et d’aine serrées. Un gilet mal serré remonte à l’impact avec l’eau et peut te fracasser le visage. Vérifie que le sifflet est bien attaché au gilet — s’il part à l’eau sans toi, tu perds ton principal signal sonore.

Lumière stroboscopique fonctionnelle

La lumière automatique sur le gilet se déclenche à l’eau. Vérifie visuellement qu’elle est présente et non endommagée. C’est ta seule signalisation lumineuse passive.

Vide tes poches d'objets dangereux

Couteau, clés, tout ce qui est pointu ou rigide et qui peut percer ton gilet ou te blesser à l’impact. Garde le nécessaire vital — papiers étanches si tu en as.

Contrôle la zone de saut

Regarde l’eau en dessous avant de sauter. Hélice visible, débris flottants, autre personne déjà à l’eau — tu ne sautes pas. Attends une ouverture. Si la hauteur dépasse quatre à cinq mètres, tu descends par une échelle ou un toboggan si disponible.

La mise à l’eau : saut pieds joints, descente toboggan

Le saut pieds joints depuis le bord est la technique de référence STCW pour des hauteurs inférieures à quatre ou cinq mètres. Au-delà, le risque de fracture à l’impact avec l’eau devient significatif — des fractures de compression vertébrale surviennent régulièrement lors de sauts mal exécutés ou trop hauts.

La posture correcte : bras croisés sur la poitrine, une main tenant fermement la sangle du gilet, jambes serrées et tendues, regard fixé à l’horizon et non vers le bas. Cette posture protège le visage, le gilet, et limite l’enfoncement dans l’eau à l’impact. Tu n’ouvres pas les bras pour “planer” — c’est un réflexe naturel mais il disloque les épaules au contact.

Si un toboggan d’évacuation ou une échelle de coupée est disponible, tu les utilises en priorité — c’est plus lent mais incomparablement plus sûr.

Si tu descends par toboggan, la vitesse de descente peut être importante — garde les bras croisés sur la poitrine pour éviter de saisir les bords du toboggan et te brûler les mains ou te déséquilibrer.

Survie en eau froide : stades de l’hypothermie

L’eau froide tue en plusieurs stades progressifs. Comprendre ces stades, c’est comprendre pourquoi chaque minute compte et pourquoi certains comportements instinctifs sont mortels.

Le Code STCW A-VI/1-1 identifie la prévention de l’hypothermie comme compétence fondamentale : « le survivant doit être capable d’appliquer les techniques permettant de minimiser l’effet de la perte de chaleur ». L’IMO Model Course 1.19 (2019) détaille ces stades et les temps de survie associés selon la température de l’eau — ils sont des ordres de grandeur, pas des certitudes individuelles.

Stade 1 — Le choc thermique (0 à 3 minutes). Le gasp réflexe décrit ci-dessus, hyperventilation, hausse brutale du rythme cardiaque. Risque majeur : noyade immédiate si la tête passe sous l’eau pendant le gasp. C’est le stade où le gilet est absolument décisif.

Stade 2 — L’incapacité physique progressive (3 à 30 minutes environ). L’eau froide fait vasoconstricter les vaisseaux périphériques, privant les membres de flux sanguin. La motricité fine disparaît d’abord — tu n’arrives plus à ouvrir un sachet ou à actionner un signal lumineux. Puis la force musculaire diminue globalement. À ce stade, nager activement accélère le refroidissement : les muscles en mouvement pompent du sang froid en périphérie et vers le cœur plus vite. La règle générale : ne nage que si un radeau ou une surface est atteignable à moins de quelques dizaines de mètres.

Stade 3 — L’hypothermie clinique (30 minutes et au-delà selon la température). La température corporelle centrale chute en dessous de 35°C. La conscience s’altère — confusion, somnolence, perte de coordination. En dessous de 30°C, le cœur devient arythmique. Les ordres de grandeur tirés du Model Course 1.19 : à 5°C, la mort par hypothermie peut survenir entre 1 et 3 heures sans combinaison ; à 10°C, entre 1 et 6 heures ; à 15°C, entre 2 et 40 heures. Avec une combinaison d’immersion SOLAS, ces durées sont multipliées par un facteur de l’ordre de 5 à 6. Ces chiffres varient énormément selon la corpulence, la fatigue initiale, l’état de blessure.

Position HELP et Huddle : préserver la chaleur

Deux techniques simples, enseignées dans le Model Course 1.19, qui peuvent radicalement changer tes chances de survie en attendant les secours.

La position HELP (Heat Escape Lessening Posture) s’utilise quand tu es seul en eau froide et qu’aucun radeau n’est à portée immédiate. Tu serres les genoux contre le torse, tu croises les bras devant la poitrine, tu inclines légèrement la tête en arrière pour garder la face hors de l’eau. Le gilet maintient ta flottabilité sans nager.

L’objectif est de réduire la surface d’échange thermique avec l’eau et de protéger les zones de fuite thermique maximale : les aines (artères fémorales), les aisselles (artères axillaires), la poitrine, le cou. Ces zones perdent la chaleur bien plus vite que le reste du corps.

Le Huddle s’applique quand vous êtes plusieurs à l’eau. Vous vous regroupez face à face en cercle serré, bras sur les épaules les uns des autres, jambes entrelacées au centre. Les blessés et les enfants se placent au centre du groupe, protégés par les corps des adultes valides. Vous partagez la chaleur des zones de fuite thermique — l’effet est significativement supérieur à une position HELP individuelle pour chaque personne. Le huddle a une vertu supplémentaire : il maintient le moral, il facilite la surveillance mutuelle de l’état de conscience, et il rend le groupe plus visible depuis un aéronef ou un navire.

Dans les deux cas, la règle est identique : ne nage pas sans but. Chaque mouvement non indispensable refroidit plus vite qu’il ne réchauffe.

Les signaux de détresse individuels

Ton objectif en eau froide est d’être localisé et récupéré avant d’atteindre le stade 2 d’incapacité physique — car une fois la motricité fine perdue, tu n’arrives plus à déclencher tes signaux toi-même.

Le sifflet est le premier signal à connaître. Il est réglementairement attaché au gilet. Portée sonore : quelques centaines de mètres à quelques encablures selon le vent et la mer. Il ne consomme aucune énergie, il fonctionne même avec les mains engourdies en soufflant. En pratique il sert surtout quand tu es proche d’un navire ou d’une embarcation de sauvetage — pas pour appeler des secours à distance.

La lumière stroboscopique sur le gilet se déclenche automatiquement au contact de l’eau. Visible à 1 à 2 milles la nuit. C’est ta signalisation passive la plus utile — elle fonctionne sans que tu aies à faire quoi que ce soit.

Le miroir héliographique est un signal puissant par beau temps : un éclat de soleil renvoyé peut être visible à plus de 10 milles. Il demande une manipulation simple mais suppose que le soleil soit présent et que tu aies conservé la motricité fine pour orienter le miroir. Réaliste en stade 1, difficile en stade 2.

La fusée parachute est visible à 25 à 30 milles par temps clair et brûle pendant 30 à 40 secondes. Elle est réservée aux situations où tu vois ou entends un navire ou un aéronef en vue. Griller une fusée sans cible visible, c’est perdre ton signal le plus puissant pour rien.

Voir aussi

Radeaux de sauvetage : mise en œuvre et conduitesecurite

Types de radeaux (SOLAS A, B, côtier), déclenchement hydrostatique ou manuel, embarquement et conduite du radeau en situation de survie.

Une fois le radeau atteint, c'est la phase collective qui prend le relais — leadership, rationnement, conduite de la survie.

Pièges classiques à l’oral CMP

Ces pièges reviennent systématiquement dans les passages oraux sur les TIS. Lis-les une fois, et tu ne les commets plus.

Sauter sans vérifier le gilet. Gilet mal bouclé, sangles flottantes, sifflet non attaché — l’impact avec l’eau fait le reste. Le jury te demande toujours de décrire les vérifications avant le saut. Si tu décris directement le saut sans les vérifications, c’est un oubli pénalisé.

Oublier le sifflet attaché au gilet. À la mise à l’eau, beaucoup de candidats citent la fusée comme premier signal individuel. Le sifflet est plus simple, plus immédiat, et réglementairement attaché au gilet. C’est lui qui passe en premier.

Brûler les pyrotechniques trop tôt. La fusée parachute est visible à 25 à 30 milles — mais uniquement si quelqu’un la regarde. Déclencher une fusée vers l’horizon vide ne sert à rien. La règle : on garde les pyrotechniques pour les navires ou aéronefs en vue.

Nager pour s’éloigner du navire qui coule. L’instinct dit de s’éloigner vite. La physique dit que nager en eau froide refroidit cinq fois plus vite que rester immobile en HELP. La succion d’un navire qui coule est un risque réel mais limité dans le temps et à courte distance — une fois à quelques mètres, tu t’arrêtes et tu adoptes HELP ou Huddle.

Oublier le Huddle quand on est plusieurs. Après avoir décrit HELP, beaucoup de candidats n’enchaînent pas sur le Huddle. Le jury le demande presque toujours en relance : “Et si vous êtes plusieurs ?” La réponse doit venir spontanément.

Mal décrire la réaction au choc thermique. La faute classique : dire “tu nages pour te stabiliser”. La bonne réponse : retiens ton souffle à l’impact, laisse le gilet faire la flottabilité, expire lentement, normalise la respiration avant de faire quoi que ce soit. C’est l’enseignement direct du Code STCW A-VI/1-1 et du Model Course 1.19 — deux références que tu peux citer sobrement à l’oral pour marquer la différence.

Sources

Questions fréquentes

Quelle est la durée de survie en eau de mer froide ?

C'est une fonction directe de la température de l'eau et de tes vêtements. À 5°C avec un gilet sans combinaison : la phase d'épuisement intervient en 30-60 minutes et la mort par hypothermie suit dans 1-3 heures. À 10°C : épuisement 1-2 h, mort 1-6 h. À 15°C : épuisement 2-7 h, mort 2-40 h. Avec une combinaison d'immersion conforme SOLAS, la durée est multipliée par 5 ou 6. Ces valeurs sont des ordres de grandeur — le facteur individuel (corpulence, fatigue, blessure) est énorme.

À quel signal sonore reconnaît-on l'abandon du navire ?

Sept coups courts suivis d'un coup long sur le sifflet du navire, répétés. C'est le signal d'abandon SOLAS standardisé. La même séquence est reprise au klaxon manuel et à l'alarme générale en cas d'évacuation. Tu dois la reconnaître instantanément à bord.

C'est quoi la position HELP ?

Heat Escape Lessening Posture — position individuelle pour ralentir la perte de chaleur en eau froide quand tu es seul. Tu serres tes genoux contre ton torse, tu croises les bras devant ta poitrine, tu inclines légèrement la tête en arrière. Objectif : protéger les zones de fuite thermique (aines, aisselles, cou, poitrine). Tu réduis la surface en contact avec l'eau et tu retardes l'hypothermie. À pratiquer dès que tu es à l'eau, gilet enfilé, et qu'aucun radeau n'est encore atteignable.

Et la position huddle ?

Quand vous êtes plusieurs en eau froide, regroupez-vous. Le huddle, c'est se mettre face à face en cercle serré, bras autour des épaules les uns des autres, jambes entrelacées au centre. Vous partagez la chaleur corporelle des zones de fuite thermique. Mettez les blessés et les enfants au centre. Le huddle ralentit l'hypothermie de manière significative par rapport à une position HELP individuelle pour chaque personne.

Quels signaux de détresse individuels emporter ?

Si tu as accès à ta tenue d'abandon avant le saut : sifflet rattaché au gilet (sonore courte distance), lumière stroboscopique sur le gilet (visible quelques milles la nuit), miroir de signalisation héliographique (visible 10+ milles au soleil), fusée parachute (visible 25-30 milles, brûle 30-40 s — réservée aux navires/aéronefs en vue). Le sifflet et la lumière sont les deux indispensables — le reste est dans le radeau.

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