À retenir
L'essentiel
La lance incendie est le moyen structurel qui prend le relais de l'extincteur portable sur tout feu développé : elle refroidit, noie le foyer et couvre l'équipe d'attaque grâce à une autonomie illimitée tant que le circuit d'eau de bord est en pression. Son efficacité dépend du type de jet choisi et de l'organisation de l'équipe.
- 3 types de jet : plein (portée max, extérieur), diffusé (cône large, protection thermique, local habité), pulvérisé (gouttelettes fines, refroidissement vapeur, attaque indirecte).
- Attaque directe = foyer visible, jet diffusé ou plein. Attaque indirecte = local surchauffé fermé, jet pulvérisé dans la couche de fumée chaude.
- Équipe minimum : chef d'équipe, porte-lance (sous ARI), binôme d'alimentation, binôme de sécurité avec lance de couverture.
- RIA (Robinet d'Incendie Armé, norme NF EN 671) : dispositif fixe, tuyau semi-rigide, eau permanente — autonomie illimitée en pression.
- Jet plein dans un local fermé = vaporisation explosive et risque de surpression — interdit sans évaluation de la situation.
Lances incendie
Types de jet — portée et usage
Le choix du jet conditionne l'efficacité de l'attaque et la sécurité de l'équipe.
| Type de jet | Portée indicative | Usage typique | Risque / contre-indication |
|---|---|---|---|
| Jet plein | 15 – 20 m | Extérieur ouvert, cible précise à distance | Jamais en local fermé surchauffé — vaporisation brutale, vapeur ×1 700 en volume |
| Jet diffusé (cône large) | 5 – 8 m | Attaque directe en local, protection thermique de l'équipe | Portée réduite, plus consommateur d'eau |
| Jet pulvérisé (gouttelettes) | 3 – 5 m | Attaque indirecte, refroidissement vapeur, flashover imminent | Inefficace à l'air libre — dispersion par vent |
Les portées sont des ordres de grandeur — la valeur exacte dépend de la lance, du tuyau et de la pression au manomètre.
Organisation tactique
Équipe d'attaque incendie — disposition spatiale
De la zone sécurisée (gauche) au foyer (droite) — lecture de gauche à droite.
Règle d'or
Lance en main, tu ne décides pas seul : ton chef d'équipe dirige, toi tu vises.
Pourquoi la lance prend le relais après l’extincteur
L’extincteur portable est conçu pour le feu naissant : quelques secondes d’autonomie, un agent ciblé, une portée limitée. Dès que le feu a le temps de se développer — flammes qui courent sur une cloison, fumée dense dans un couloir, local qui monte en température — tu touches les limites du portable. La charge est épuisée avant le foyer. Et si tu emploies le mauvais agent, tu aggrave la situation.
La lance incendie répond à une logique différente. Elle s’alimente dans le réseau d’eau de bord, qui peut délivrer un débit continu tant que les pompes incendie fonctionnent. L’eau est un agent polyvalent et disponible en grande quantité : elle refroidit par absorption thermique, elle noie les braises, elle crée un rideau thermique protecteur autour de l’équipe. Pour les feux de classe A — solides organiques, bois, textiles, câblage — c’est le moyen de première ligne.
Le RIA — Robinet d’Incendie Armé, conforme à la norme NF EN 671 et imposé par SOLAS chapitre II-2 dans les locaux habités, représente la forme la plus accessible de la lance à bord. Il combine un tuyau semi-rigide enroulé, une vanne quart de tour et une lance multijet, le tout raccordé en permanence au réseau. Tu l’actives sans raccordement préalable : tu déroulles le tuyau, tu ouvres la vanne, tu attaques. Autonomie : illimitée tant que la pression est maintenue.
Voir aussi
Les 4 types embarqués, la séquence d'utilisation en 4 étapes (acronyme PASS), les règles opérationnelles, les vérifications périodiques et le marquage MED — pratique CMP.
L'utilisation pratique des extincteurs portables — l'outil de première intervention avant que la lance prenne le relais.
Les 3 types de jet : plein, diffusé, combiné
La plupart des lances de bord sont réglables entre trois positions. Le choix du type de jet conditionne l’efficacité de l’attaque autant que la sécurité de l’équipe.
Le jet plein projette l’eau en colonne compacte. Sa portée est maximale — plusieurs mètres, selon la pression de service. C’est le jet pour les attaques en extérieur sur un pont ou une structure exposée, pour noyer un foyer à distance ou alimenter un point difficile d’accès. Il ne convient pas à l’intérieur d’un local fermé : la colonne d’eau qui frappe une cloison surchauffée ou un métal chaud se vaporise brutalement. La vapeur d’eau, qui occupe environ 1700 fois le volume de l’eau liquide à température ambiante, peut générer une surpression soudaine dans un local confiné, avec risque de projections violentes et de brûlures par vapeur.
Le jet diffusé projette l’eau en cône large, avec des gouttelettes plus grosses que le jet pulvérisé. Il couvre une zone étendue, refroidit l’ambiance thermique, crée un rideau de protection autour du porte-lance. C’est le jet adapté pour une attaque directe en intérieur sur un foyer visible. Il protège aussi l’équipe lors d’une progression dans un couloir chaud en formant un voile d’eau devant la lance.
Définition
Jet pulvérisé
Jet produit par un réglage fin de la tête de lance, qui fractionne l’eau en gouttelettes très fines. La surface d’échange thermique est maximale : les gouttelettes s’évaporent rapidement au contact de la chaleur, absorbant une quantité d’énergie importante par changement d’état. C’est la base de l’attaque indirecte par refroidissement vapeur.
Le jet combiné — disponible sur les lances multifonctions — permet de passer d’un réglage à l’autre sans interrompre le flux. En pratique, le porte-lance adapte la position selon ce qu’il perçoit : jet plein pour traverser une distance, jet diffusé pour l’attaque directe, jet pulvérisé pour refroidir l’ambiance avant d’ouvrir une porte. Cette souplesse est un vrai avantage opérationnel, à condition d’avoir pratiqué les réglages à l’entraînement pour ne pas chercher la bonne position dans le stress de l’intervention.
L’organisation d’une équipe d’attaque incendie
Une lance incendie ne se manie pas seul. STCW A-VI/3 (“Advanced training in techniques for fighting fire”) définit les compétences requises pour organiser et diriger une équipe d’attaque. Sur le terrain, la structure minimale comprend quatre rôles.
Chef d'équipe — il décide, il communique
Le chef d’équipe n’est pas en tête. Il se positionne légèrement en arrière, avec vue sur l’ensemble de la situation. Il est en radio avec le PC sécurité (passerelle ou poste de commandement selon le navire), reçoit et transmet les informations, décide de l’avance, du repli, du changement de tactique. En cas de dégradation soudaine — flashover imminent, effondrement structurel, communication perdue — c’est lui qui ordonne le repli immédiat.
Porte-lance — en tête, sous ARI
Le porte-lance est le premier de cordée. Il progresse avec la lance, choisit l’angle d’attaque, adapte le type de jet en temps réel sur instruction du chef ou selon ce qu’il perçoit. Il porte obligatoirement l’Appareil Respiratoire Isolant (ARI) dès qu’il entre dans une zone enfumée. Sa progression est lente et méthodique : il ne charge pas, il avance au rythme du tuyau déployé derrière lui.
Binôme d'alimentation — gère la pression et le tuyau
Les membres du binôme d’alimentation suivent le porte-lance en maintenant la manche à plat, sans coudes, sans vrilles. Un coude brusque dans la manche peut chuter la pression à la lance de façon significative. Ils gèrent aussi la réserve de tuyau déroulée : trop peu, le porte-lance est bridé ; trop, les boucles s’accumulent et créent des risques de chute dans un couloir. Ce rôle est moins spectaculaire que le porte-lance, mais une alimentation défaillante neutralise l’attaque.
Binôme de sécurité — lance de couverture en arrière
Le binôme de sécurité suit l’équipe d’attaque avec une seconde lance, prête et en pression. Son rôle : couvrir le repli si la situation se dégrade brutalement, refroidir la zone de progression pour protéger l’équipe de tête, et intervenir si le porte-lance est blessé ou incapacité. Cette lance de sécurité n’est pas optionnelle. À l’oral C200, oublier ce rôle dans la description de l’équipe est une erreur courante.
La communication entre les membres se fait par signaux gestuels quand le bruit ou les ARI rendent la radio difficile : main posée sur l’épaule de l’avant pour signaler “avance”, deux tapes pour “recule”, bras levé vertical pour “stop”. Ces codes doivent être connus et pratiqués avant l’intervention, pas improvisés dans la fumée.
Attaque directe et attaque indirecte : choisir la bonne tactique
La tactique dépend de ce que tu sais de l’état du local. Deux scénarios principaux.
Attaque directe : le foyer est visible, la température du local est encore gérable, tu peux progresser avec la lance. Tu utilises le jet diffusé pour couvrir une large surface de combustible et refroidir l’environnement immédiat, ou le jet plein si tu dois atteindre un foyer éloigné depuis une position en retrait. L’attaque directe vise la base des flammes et la surface du combustible, pas les flammes elles-mêmes.
Attaque indirecte : le local est fermé, la fumée roulante au plafond indique une couche de gaz chauds à haute température, les parois noircissent et les signes de flashover s’accumulent. Tu n’ouvres pas la porte en grand — c’est l’apport d’air frais qui déclenche le flashover ou le backdraft. Tu entrouvres légèrement, tu projettes un jet pulvérisé dans le tiers supérieur du volume sur quelques secondes, tu refermes. L’eau se vaporise au contact des gaz chauds, la température du local chute, la pression de vapeur stabilise l’atmosphère. Plusieurs passages sont souvent nécessaires avant de pouvoir entrer.
Le piège du jet plein en local fermé
Diriger un jet plein sur une cloison métallique surchauffée en local fermé génère une vaporisation explosive. En quelques secondes, des litres d’eau se transforment en vapeur et le volume du local ne peut pas absorber cette expansion. Le résultat peut être une projection violente, des brûlures par vapeur, ou des dégâts structurels. En local fermé ou semi-fermé : toujours jet diffusé ou pulvérisé. Le jet plein est réservé aux attaques en extérieur ou sur foyer accessible à distance dans un espace ouvert.
Le backdraft survient quand un local fermé, appauvri en oxygène, contient encore des vapeurs de combustible en suspension. L’ouverture de la porte apporte de l’air frais : la réaction reprend instantanément, avec une déflagration vers l’extérieur. Signal précurseur : flammes qui “respirent” sous une porte, fumée jaune ou brune qui suinte par les interstices, porte chaude au toucher. Face à ces signaux, l’ouverture de la porte est une procédure contrôlée, jamais un geste rapide.
La gestion du tuyau, des raccords et de la pression
Le tuyau incendie de bord est soit plat et pliable — stocké en valises ou en dévidoirs sur pont — soit semi-rigide dans le cas des RIA, enroulé en bobine sur un dévidoir mural. Les deux coexistent souvent à bord.
Les raccords utilisés sur les navires français sont normalisés selon le système DSP (dit aussi “symétrique”), qui permet d’assembler deux tuyaux quelle que soit l’orientation des raccords. Cette symétrie élimine le risque de confusion mâle/femelle en urgence, un détail qui paraît anodin jusqu’au moment où ton équipe perd trente secondes à retourner un tuyau dans le noir.
La pression de service à la lance se situe généralement dans la plage de 5 à 7 bar selon les configurations, les pompes incendie de bord pouvant délivrer des pressions plus élevées en entrée du réseau. Une pression insuffisante réduit la portée du jet et l’efficacité du refroidissement ; une pression excessive sur une manche trop longue ou mal tenue peut faire perdre le contrôle au porte-lance.
Le nœud de roulis sur la manche
Un ancien élève du C200 m’a transmis ce truc au détour d’un exercice : sur un navire qui roule, les boucles de tuyau qui traînent sur le pont peuvent se déplacer et créer des coudes au mauvais moment. Habitude à prendre : à chaque pause de la progression, vérifier que la manche est plate sur au moins les 5 derniers mètres derrière le porte-lance. Ça paraît anodin, mais une chute de pression dans les 10 secondes qui suivent une ouverture de porte peut surprendre toute l’équipe.
Lors du déploiement, le tuyau se déroule à la traction depuis le dévidoir, en maintenant les spires bien parallèles. Sur un navire qui bouge, éviter les dévidoirs bloqués par du matériel posé devant : SOLAS II-2 impose des accès dégagés aux moyens de lutte. C’est aussi un point de contrôle mensuel.
Communication d’équipe et signaux gestuels
En espace enfumé, avec un ARI sur le visage et le bruit des pompes incendie, la communication verbale est difficile. Les signaux gestuels ne sont pas une option : ils sont la norme.
La convention STCW A-VI/3, qui définit les compétences pour la lutte avancée contre l’incendie, insiste explicitement sur la communication coordonnée au sein de l’équipe comme compétence évaluable. En pratique, les équipes d’attaque utilisent une base gestuelle simple :
- Main ouverte posée sur l’épaule de l’homme devant : “avance”
- Deux tapes sur l’épaule : “recule”
- Bras levé vertical, paume vers l’avant : “stop”
- Rotation du poing fermé : “tourne”
Ces signaux se transmettent en chaîne depuis le chef d’équipe jusqu’au porte-lance et remontent en sens inverse pour confirmer la réception.
“La table A-VI/3 du Code STCW stipule que le marin formé à la lutte avancée doit démontrer sa capacité à organiser et diriger une équipe d’attaque, à maintenir les communications avec le centre de commandement de sécurité, et à appliquer les techniques d’attaque directe et indirecte.” — STCW Code, section A-VI/3
La radio reste utilisée entre le chef d’équipe et le PC sécurité, sur un canal dédié aux opérations incendie. Le chef d’équipe est le seul point de liaison radio de l’équipe vers l’extérieur : cette discipline évite la saturation du canal et maintient une chaîne de commandement claire même si la situation se dégrade.
Pièges classiques à l’oral C200
Quand j’ai préparé le C200, voilà les erreurs qui revenaient en boucle dans les retours d’oral. Les voilà sans détour.
Oublier la lance de sécurité. Décrire une équipe d’attaque sans mentionner le binôme de sécurité avec sa lance de couverture est l’erreur la plus fréquente. Le jury attend explicitement ce quatrième rôle. Une équipe sans lance de sécurité est une équipe sans filet : si le porte-lance tombe ou si la situation se dégrade subitement, personne ne couvre le repli.
Jet plein à l’intérieur sans nuance. “On utilise le jet plein pour éteindre les flammes” — c’est vrai en extérieur, c’est faux en local fermé surchauffé. La réponse attendue distingue clairement les contextes : jet diffusé ou pulvérisé en intérieur enfumé, jet plein en extérieur ou sur cible à distance en espace ouvert.
Attaquer avant que l’équipe soit complète. Le porte-lance ne s’engage pas tant que le chef d’équipe n’a pas confirmé que l’équipe est en place, que la communication avec le PC est établie, et que la lance de sécurité est prête. Décrire une attaque précipitée démontre que tu n’as pas intégré la logique d’équipe.
Oublier le confinement préalable. Avant de progresser vers le foyer, les portes coupe-feu sont fermées, les ventilations sont coupées via les commandes SOLAS. L’équipe n’entre pas dans une zone où les voies de propagation sont encore ouvertes. Ce point est souvent omis dans la description de la phase de préparation.
Mal lire la fumée. Une fumée noire et dense au plafond, en volume roulant, signale une combustion incomplète à haute température et un risque de flashover imminent. Une fumée jaune ou brune qui suinte sous une porte fermée est un signe de backdraft potentiel. À l’oral, savoir nommer ces signaux et décrire la réaction adaptée (attaque indirecte, ouverture contrôlée) est discriminant pour le niveau C200.
Sous-estimer la fatigue sous ARI. Un ARI standard offre une autonomie de l’ordre de 20 à 30 minutes sous effort physique soutenu — moins en environnement très chaud. Le chef d’équipe suit l’autonomie restante des bouteilles de ses équipiers et anticipe la rotation avant épuisement. Mentionner la gestion de l’autonomie ARI dans la planification de l’attaque montre que tu as une vision opérationnelle complète, pas seulement technique.
Ne jamais entrer seul dans un local enfumé, lance ou pas
La lance ne remplace pas un binôme. Quelle que soit la situation — urgence perçue, équipe incomplète, feu qui progresse — l’engagement solitaire dans un espace confiné enfumé est interdit. Si ton coéquipier est blessé ou incapacité, tu ne peux pas le sortir seul tout en maintenant la lance. STCW A-VI/3 exige une organisation d’équipe : une équipe incomplète n’attaque pas.