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tuto Brevet : CMP Niveau 1/3 9 min de lecture

Classes de feu et agents extincteurs à bord

Les 5 classes A/B/C/D/F selon EN 2, les 6 agents extincteurs principaux, la matrice de compatibilité — choisir le bon agent pour la bonne classe.

Publié le 22 mai 2026 · sécurité · incendie · extincteur · EN 2 · CMP

La norme EN 2 : classer selon la nature du combustible

La norme NF EN 2 est le fondement européen de la classification des feux. Elle classe les combustibles, pas les causes d’incendie. Peu importe ce qui a mis le feu — une étincelle, un court-circuit, une flamme nue — ce qui compte c’est ce qui brûle.

Si tu identifies la classe avant d’attaquer, tu choisis le bon agent. Si tu attrapes le premier extincteur venu sans regarder ce qui brûle, tu risques d’aggraver la situation.

Les 5 classes en détail

Classe A — Solides braisants

Ce qui brûle : matières solides organiques qui produisent des braises — bois, literie, textiles, papier, cordages. Le mot clé c’est braisant : même après extinction des flammes, les braises restent incandescentes et peuvent relancer le feu.

Agent recommandé : eau en jet plein ou pulvérisée — seul agent qui refroidit les braises en profondeur.

Classe B — Liquides et solides liquéfiables

Ce qui brûle : liquides inflammables et solides qui fondent avant de brûler — gasoil, fuel, essence, solvants, peintures, plastiques en fusion. En local machines : fuite de gasoil enflammée, cuvette de filtre à combustible, bac de peinture.

Agent recommandé : mousse sur les grandes nappes, CO₂ sur les feux confinés, poudre ABC/BC en alternatif.

Classe C — Gaz inflammables

Ce qui brûle : gaz inflammables — butane, propane, méthane, hydrogène, acétylène. À bord : fuite de bouteille GPL en cambuse, installations de cuisson ou chauffage.

Agent recommandé : poudre ABC ou BC — mais la règle absolue précède le choix de l’agent.

Classe D — Métaux combustibles

Ce qui brûle : métaux inflammables sous forme de poudres, copeaux ou rubans — aluminium, magnésium, sodium, lithium métal, potassium, titane.

Feux rares sur un navire de commerce conventionnel, mais extrêmement dangereux. Tu peux en rencontrer dans un atelier de bord (copeaux d’usinage), dans certaines cargaisons conteneurisées, ou avec des batteries au lithium métal.

Agent recommandé : poudre D spécifique au métal concerné — et uniquement elle.

Classe F — Huiles et graisses de cuisson

Ce qui brûle : huiles et graisses végétales ou animales utilisées en cuisine — friteuse, bain d’huile, graisse de cuisson à haute température.

À ne pas confondre avec l’huile moteur (classe B). La classe F a été ajoutée à la norme EN 2 par amendement justement parce que le comportement de l’huile de cuisson à plus de 300°C est radicalement différent des liquides inflammables classiques.

Agent recommandé : extincteur à agent saponifiant (ABF, classe F) ou couverture anti-feu EN 1869.

Pourquoi la classe E n’existe pas

C’est un piège classique à l’oral. Beaucoup de candidats parlent de “feux électriques de classe E”. Cette classe n’existe pas dans la norme NF EN 2.

La raison est logique : l’électricité n’est pas un combustible. C’est une source d’ignition — un court-circuit, un échauffement par surintensité. La norme ne classe que des combustibles.

Un feu qui démarre à cause d’une défaillance électrique implique en réalité des matériaux de classe A (isolants, boîtiers plastiques, boiseries) ou de classe B (plastiques fondus, huiles isolantes). La bonne réponse à l’oral : “La classe E n’existe pas dans NF EN 2. L’électricité n’est pas un combustible. Un feu d’origine électrique est un feu de classe A ou B selon ce qui brûle.”

Les agents extincteurs principaux

Eau — refroidissement en profondeur

Mécanisme : refroidissement. L’eau abaisse la température du combustible en dessous de son point d’inflammation — seul agent capable d’agir en profondeur sur les braises de classe A.

Formes : jet plein (classe A uniquement), eau pulvérisée avec additif AB (classe A et petites nappes B), agent ABF classe F (saponification sur l’huile de cuisson).

Contre-indications : jet plein sur classe B (extension de nappe), toute forme d’eau sur classe D (explosion), eau sur classe F (boule de feu), eau sans coupure sur installation sous tension.

CO₂ — étouffement et non-conduction

Mécanisme : étouffement par remplacement de l’oxygène + refroidissement ponctuel par neige carbonique (−78 °C) + effet de souffle. Aucun résidu.

Points forts : non conducteur électrique, non salissant — agent de référence pour les tableaux électriques et les équipements de navigation.

Limite : asphyxiant en espace confiné (évacuation obligatoire avant déclenchement d’une installation fixe). Insuffisant sur les braises profondes de classe A.

Poudre ABC / BC / D — inhibition de la réaction en chaîne

Mécanisme : neutralisation des radicaux libres qui propagent la combustion. Action très rapide sur les flammes, mais aucun effet sur les braises.

La poudre ABC couvre les classes A, B, C. La poudre BC couvre B et C. La poudre D est une formulation spécifique au métal — la seule autorisée sur classe D.

Inconvénient majeur : résidus abrasifs et corrosifs. À éviter sur le matériel de navigation et les équipements électroniques.

Mousse — étouffement en surface

Mécanisme : tapis sur la surface du liquide qui isole le combustible de l’air et stoppe l’émission de vapeurs. Les mousses filmogènes (AFFF) créent en plus une pellicule aqueuse.

Usage maritime : grandes nappes d’hydrocarbures — pont véhicules, cuvettes de rétention en local machines.

La mousse contient de l’eau : toutes les contre-indications de l’eau s’appliquent — classe D, classe F, installations sous tension.

Matrice de compatibilité agent × classe

La matrice complète est en couche 1 en haut de cette page. Pour mémoriser les règles absolues, retiens les quatre interdictions critiques :

  • Eau sur classe D → explosion (réaction métal/eau)
  • Eau sur classe F → boule de feu (vaporisation explosive de l’huile)
  • Mousse sur classe D → même risque (eau contenue dans la mousse)
  • Eau ou mousse sur installation sous tension → électrocution (conduction électrique)

Pour tout le reste, CO₂ et poudre ABC te couvrent la majorité des situations à bord — avec le CO₂ en premier sur les feux d’équipements électriques pour éviter de détruire le matériel.

Cas particulier : équipements électriques sous tension

La règle absolue : couper l’alimentation au tableau général ou au disjoncteur avant toute attaque. Sans coupure confirmée, eau et mousse sont interdites.

Seuil de 1 000 V : en dessous, un extincteur à eau pulvérisée certifié diélectrique peut être utilisé avec distance minimale et plus d’un mètre entre diffuseur et conducteur. Au-dessus de 1 000 V, même l’eau pulvérisée est interdite.

Procédure à l’oral CMP :

Couper l'alimentation

Au tableau général ou au disjoncteur. Priorité absolue.

Attaquer avec CO₂

Non conducteur, non salissant — agent de référence sur tableaux et équipements de navigation.

Poudre ABC si CO₂ indisponible

Non conductrice mais très salissante — à réserver en secours.

Identifier la classe réelle

Une fois le courant coupé, ajuster selon ce qui brûle (A ou B le plus souvent).

Marquage EN 3-7 et indices de performance

Depuis 1996, le corps de tout extincteur vendu en Europe est obligatoirement rouge. L’ancienne logique où la couleur indiquait l’agent (vert = eau, bleu = poudre, noir = CO₂) n’existe plus. C’est l’étiquette qui porte l’information.

L’étiquette indique les classes couvertes (pictogramme + lettre) et les classes pour lesquelles l’extincteur est inefficace (pictogramme barré), ainsi que les indices de performance : un chiffre classe A indique la taille du feu de bois éteint (5A > 3A), un chiffre classe B indique la surface de liquide en dm² (34B ≈ 34 dm²).

Évolutions normatives en cours

Classe L — batteries lithium-ion (ISO 3941:2026) : nouvelle classe pour les feux de batteries Li-ion en emballement thermique, distincte de la classe D (lithium métal). Pas encore systématiquement au programme CMP, mais à connaître — les batteries Li-ion se multiplient à bord (propulsion électrique, stockage d’énergie).

Sortie des PFAS dans les mousses (2026-2030) : SOLAS II-2/10.11 interdit le PFOS à bord dès janvier 2026. Le Règlement (UE) 2025/1988 interdit la mise sur le marché d’extincteurs contenant des PFAS à partir de novembre 2026, leur maintien en service au 31 décembre 2030. Les formulations sans fluor (F3) sont en déploiement.

Citer ces points à l’oral, c’est montrer que tu fais de la veille.

Pièges classiques à l’oral CMP

“Classe E” pour les feux électriques. La réponse attendue : la classe E n’existe pas dans NF EN 2, l’électricité n’est pas un combustible. Le feu se traite selon la classe réelle (A ou B) avec des agents non conducteurs.

Eau sur friteuse. Huile à 300°C + eau = boule de feu. Agent correct : extincteur ABF ou couverture anti-feu. Jamais d’eau, même un verre.

Oublier la coupure du courant. Beaucoup de candidats citent le CO₂ mais sautent la coupure préalable. La réponse correcte commence par : “Je coupe l’alimentation au tableau général.”

Confondre huile moteur et huile de cuisson. Huile moteur (minérale) = classe B. Huile de cuisson (végétale/animale) = classe F. Deux classes, deux agents, deux risques.

Croire que la poudre ABC suffit sur un feu de matelas. Elle éteint les flammes mais ne refroidit pas les braises. Reprise quasi certaine sans arrosage complémentaire.

Réponse abstraite sans exemples à bord. L’examinateur attend : literie en cabine → classe A, fuite gasoil en local machines → classe B, fuite butane en cambuse → classe C, friteuse de cambuse → classe F.

Voir aussi

Extincteurs portables à bord : choisir, déclencher, vérifiersecurite

Les 4 types embarqués, la séquence d'utilisation en 4 étapes (acronyme PASS), les règles opérationnelles, les vérifications périodiques et le marquage MED — pratique CMP.

Utilisation pratique des extincteurs : positionnement, procédure d'attaque, gestion post-extinction — suite logique après la maîtrise des classes.

Sources

Questions fréquentes

Pourquoi il n'y a pas de classe E dans la norme EN 2 ?

Parce que l'électricité n'est pas un combustible — c'est une source d'ignition. La norme classe des combustibles, pas des causes. Un feu qui démarre par défaillance électrique est en réalité un feu de classe A (boîtiers, isolants) ou B (plastiques fondus, huiles isolantes). Tu coupes le courant d'abord, puis tu traites selon la classe réelle du combustible.

Quel agent pour un feu de friteuse en cambuse ?

Classe F — extincteur à agent saponifiant (ABF) ou couverture anti-feu EN 1869, jamais d'eau. L'eau sur huile à 300°C, c'est une boule de feu instantanée. La saponification de l'ABF transforme la couche supérieure d'huile en savon mousseux qui isole et refroidit.

Quel extincteur sur un tableau électrique en feu ?

Couper l'alimentation d'abord, toujours. Puis CO₂ en première intention (non conducteur, non salissant, idéal pour électronique). Poudre ABC en alternative si CO₂ indisponible mais c'est très salissant. Jamais d'eau ni de mousse tant que le courant n'est pas coupé.

Pourquoi la poudre ABC ne suffit pas sur un feu de matelas ?

La poudre éteint les flammes très vite par inhibition de la réaction en chaîne, mais elle ne refroidit pas. Sur un feu de classe A en profondeur (matelas, bois, isolants), les braises restent incandescentes et peuvent reprendre quelques minutes après l'extinction apparente. Tu complètes avec de l'eau dès que possible.

S'exercer sur ce sujet

Pas encore d'exercice interactif pour ce sujet. La plateforme s'enrichit régulièrement — les prochains simulateurs couvriront ce pilier.