À retenir
L'essentiel
La norme NF EN 2 classe les feux en 5 catégories selon la nature du combustible. Chaque classe appelle un agent extincteur spécifique — utiliser le mauvais agent peut tuer ou aggraver l'incendie.
- 5 classes selon le combustible : A (solides braisants), B (liquides), C (gaz), D (métaux), F (huiles de cuisson). Pas de classe E — l'électricité n'est pas un combustible.
- 3 interdictions mortelles : jamais d'eau sur classe D (explosion), jamais d'eau sur friteuse classe F (boule de feu), jamais d'eau ni de mousse sur installation sous tension sans coupure.
- CO₂ = agent de référence pour les feux d'équipements électriques : non conducteur, non salissant, pas de résidu.
- Poudre ABC éteint les flammes vite mais ne refroidit pas les braises — sur classe A, compléter avec de l'eau.
- Dès janvier 2026 : les mousses AFFF/FFFP contenant du PFOS sont interdites à bord (SOLAS II-2).
Sécurité incendie
Compatibilité agent extincteur × classe de feu
Lecture ligne par ligne : pour chaque agent, quelle est son efficacité sur chaque classe de feu ?
| Agent | A — Solides | B — Liquides | C — Gaz | D — Métaux | F — Huiles cuisson | Élec. sous tension |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Eau pulvérisée + additif | référence | petites nappes | inefficace | EXPLOSION | BOULE DE FEU | <1000 V seulement |
| CO₂ | braises persistent | feux confinés | jets limités | inefficace | peu adapté | non conducteur |
| Poudre ABC | polyvalent | polyvalent | polyvalent | inefficace | dernier recours | non conducteur |
| Poudre BC | braises persistent | efficace | efficace | inefficace | précautions | non conducteur |
| Poudre D | inefficace | inefficace | inefficace | référence | inefficace | inefficace |
| Mousse AFFF | superficiel | référence | inefficace | EXPLOSION | BOULE DE FEU | conductrice |
Agent inadapté = aggravation possible. Toujours vérifier la classe avant de saisir l'extincteur.
Règle d'or
Avant d'attaquer : identifie la classe. Avant d'utiliser de l'eau : coupe le courant.
La norme EN 2 : classer selon la nature du combustible
La norme NF EN 2 est le fondement européen de la classification des feux. Elle classe les combustibles, pas les causes d’incendie. Peu importe ce qui a mis le feu — une étincelle, un court-circuit, une flamme nue — ce qui compte c’est ce qui brûle.
Définition
Norme NF EN 2
Standard européen définissant 5 classes de feux (A, B, C, D, F) selon la nature du combustible. Base obligatoire du marquage des extincteurs conformes à NF EN 3-7.
Si tu identifies la classe avant d’attaquer, tu choisis le bon agent. Si tu attrapes le premier extincteur venu sans regarder ce qui brûle, tu risques d’aggraver la situation.
Les 5 classes en détail
Classe A — Solides braisants
Ce qui brûle : matières solides organiques qui produisent des braises — bois, literie, textiles, papier, cordages. Le mot clé c’est braisant : même après extinction des flammes, les braises restent incandescentes et peuvent relancer le feu.
Agent recommandé : eau en jet plein ou pulvérisée — seul agent qui refroidit les braises en profondeur.
Réflexe classe A : finir à l'eau
Si tu attaques avec de la poudre pour gagner du temps sur les flammes, reviens avec de l’eau pour refroidir les braises. Un feu de matelas qui semble éteint peut reprendre 5 minutes après.
Classe B — Liquides et solides liquéfiables
Ce qui brûle : liquides inflammables et solides qui fondent avant de brûler — gasoil, fuel, essence, solvants, peintures, plastiques en fusion. En local machines : fuite de gasoil enflammée, cuvette de filtre à combustible, bac de peinture.
Agent recommandé : mousse sur les grandes nappes, CO₂ sur les feux confinés, poudre ABC/BC en alternatif.
Jamais de jet d'eau plein sur une nappe de liquide enflammée
L’impact d’un jet plein sur une nappe de carburant en feu provoque la projection et l’extension de la nappe enflammée. Tu multiplies la surface du feu au lieu de l’éteindre. Eau pulvérisée uniquement sur les petites nappes, avec additif AB.
Classe C — Gaz inflammables
Ce qui brûle : gaz inflammables — butane, propane, méthane, hydrogène, acétylène. À bord : fuite de bouteille GPL en cambuse, installations de cuisson ou chauffage.
Agent recommandé : poudre ABC ou BC — mais la règle absolue précède le choix de l’agent.
Feu de gaz : couper l'alimentation avant tout
Éteindre un jet de gaz sans couper la vanne, c’est créer une accumulation de gaz non brûlé dans un espace confiné. Quand le mélange atteint sa concentration d’explosivité, la moindre étincelle déclenche l’explosion. La priorité numéro un sur un feu de gaz, c’est toujours la fermeture de la vanne.
Classe D — Métaux combustibles
Ce qui brûle : métaux inflammables sous forme de poudres, copeaux ou rubans — aluminium, magnésium, sodium, lithium métal, potassium, titane.
Feux rares sur un navire de commerce conventionnel, mais extrêmement dangereux. Tu peux en rencontrer dans un atelier de bord (copeaux d’usinage), dans certaines cargaisons conteneurisées, ou avec des batteries au lithium métal.
Agent recommandé : poudre D spécifique au métal concerné — et uniquement elle.
JAMAIS d'eau sur un feu de métal combustible
Les métaux alcalins (sodium, potassium, lithium) réagissent violemment avec l’eau en libérant de l’hydrogène et une chaleur intense. Le résultat est une explosion. La mousse contient de l’eau — même interdiction. Seule la poudre D adaptée au métal en feu est autorisée.
Classe F — Huiles et graisses de cuisson
Ce qui brûle : huiles et graisses végétales ou animales utilisées en cuisine — friteuse, bain d’huile, graisse de cuisson à haute température.
À ne pas confondre avec l’huile moteur (classe B). La classe F a été ajoutée à la norme EN 2 par amendement justement parce que le comportement de l’huile de cuisson à plus de 300°C est radicalement différent des liquides inflammables classiques.
Agent recommandé : extincteur à agent saponifiant (ABF, classe F) ou couverture anti-feu EN 1869.
L'eau sur une friteuse en feu provoque une boule de feu
L’huile de cuisson portée à 300°C se vaporise instantanément au contact de l’eau. La vapeur se dilate brutalement en projetant l’huile en gouttelettes enflammées dans toutes les directions. C’est une des erreurs les plus mortelles dans la lutte contre l’incendie. Jamais d’eau sur une friteuse — pas même un verre.
Pourquoi la classe E n’existe pas
C’est un piège classique à l’oral. Beaucoup de candidats parlent de “feux électriques de classe E”. Cette classe n’existe pas dans la norme NF EN 2.
La raison est logique : l’électricité n’est pas un combustible. C’est une source d’ignition — un court-circuit, un échauffement par surintensité. La norme ne classe que des combustibles.
Un feu qui démarre à cause d’une défaillance électrique implique en réalité des matériaux de classe A (isolants, boîtiers plastiques, boiseries) ou de classe B (plastiques fondus, huiles isolantes). La bonne réponse à l’oral : “La classe E n’existe pas dans NF EN 2. L’électricité n’est pas un combustible. Un feu d’origine électrique est un feu de classe A ou B selon ce qui brûle.”
Les agents extincteurs principaux
Eau — refroidissement en profondeur
Mécanisme : refroidissement. L’eau abaisse la température du combustible en dessous de son point d’inflammation — seul agent capable d’agir en profondeur sur les braises de classe A.
Formes : jet plein (classe A uniquement), eau pulvérisée avec additif AB (classe A et petites nappes B), agent ABF classe F (saponification sur l’huile de cuisson).
Contre-indications : jet plein sur classe B (extension de nappe), toute forme d’eau sur classe D (explosion), eau sur classe F (boule de feu), eau sans coupure sur installation sous tension.
CO₂ — étouffement et non-conduction
Mécanisme : étouffement par remplacement de l’oxygène + refroidissement ponctuel par neige carbonique (−78 °C) + effet de souffle. Aucun résidu.
Points forts : non conducteur électrique, non salissant — agent de référence pour les tableaux électriques et les équipements de navigation.
Limite : asphyxiant en espace confiné (évacuation obligatoire avant déclenchement d’une installation fixe). Insuffisant sur les braises profondes de classe A.
Poudre ABC / BC / D — inhibition de la réaction en chaîne
Mécanisme : neutralisation des radicaux libres qui propagent la combustion. Action très rapide sur les flammes, mais aucun effet sur les braises.
La poudre ABC couvre les classes A, B, C. La poudre BC couvre B et C. La poudre D est une formulation spécifique au métal — la seule autorisée sur classe D.
Inconvénient majeur : résidus abrasifs et corrosifs. À éviter sur le matériel de navigation et les équipements électroniques.
Mousse — étouffement en surface
Mécanisme : tapis sur la surface du liquide qui isole le combustible de l’air et stoppe l’émission de vapeurs. Les mousses filmogènes (AFFF) créent en plus une pellicule aqueuse.
Usage maritime : grandes nappes d’hydrocarbures — pont véhicules, cuvettes de rétention en local machines.
La mousse contient de l’eau : toutes les contre-indications de l’eau s’appliquent — classe D, classe F, installations sous tension.
Matrice de compatibilité agent × classe
La matrice complète est en couche 1 en haut de cette page. Pour mémoriser les règles absolues, retiens les quatre interdictions critiques :
- Eau sur classe D → explosion (réaction métal/eau)
- Eau sur classe F → boule de feu (vaporisation explosive de l’huile)
- Mousse sur classe D → même risque (eau contenue dans la mousse)
- Eau ou mousse sur installation sous tension → électrocution (conduction électrique)
Pour tout le reste, CO₂ et poudre ABC te couvrent la majorité des situations à bord — avec le CO₂ en premier sur les feux d’équipements électriques pour éviter de détruire le matériel.
Cas particulier : équipements électriques sous tension
La règle absolue : couper l’alimentation au tableau général ou au disjoncteur avant toute attaque. Sans coupure confirmée, eau et mousse sont interdites.
Seuil de 1 000 V : en dessous, un extincteur à eau pulvérisée certifié diélectrique peut être utilisé avec distance minimale et plus d’un mètre entre diffuseur et conducteur. Au-dessus de 1 000 V, même l’eau pulvérisée est interdite.
Procédure à l’oral CMP :
Couper l'alimentation
Attaquer avec CO₂
Poudre ABC si CO₂ indisponible
Identifier la classe réelle
Marquage EN 3-7 et indices de performance
Depuis 1996, le corps de tout extincteur vendu en Europe est obligatoirement rouge. L’ancienne logique où la couleur indiquait l’agent (vert = eau, bleu = poudre, noir = CO₂) n’existe plus. C’est l’étiquette qui porte l’information.
L’étiquette indique les classes couvertes (pictogramme + lettre) et les classes pour lesquelles l’extincteur est inefficace (pictogramme barré), ainsi que les indices de performance : un chiffre classe A indique la taille du feu de bois éteint (5A > 3A), un chiffre classe B indique la surface de liquide en dm² (34B ≈ 34 dm²).
Exemple
Lire un indice d'extincteur
Un extincteur marqué 5A 34B CO₂ couvre les classes A et B avec les capacités indiquées, agent CO₂. L’absence de pictogramme C ou F signifie qu’il n’est pas homologué pour ces classes.
Évolutions normatives en cours
Classe L — batteries lithium-ion (ISO 3941:2026) : nouvelle classe pour les feux de batteries Li-ion en emballement thermique, distincte de la classe D (lithium métal). Pas encore systématiquement au programme CMP, mais à connaître — les batteries Li-ion se multiplient à bord (propulsion électrique, stockage d’énergie).
Sortie des PFAS dans les mousses (2026-2030) : SOLAS II-2/10.11 interdit le PFOS à bord dès janvier 2026. Le Règlement (UE) 2025/1988 interdit la mise sur le marché d’extincteurs contenant des PFAS à partir de novembre 2026, leur maintien en service au 31 décembre 2030. Les formulations sans fluor (F3) sont en déploiement.
Citer ces points à l’oral, c’est montrer que tu fais de la veille.
Pièges classiques à l’oral CMP
“Classe E” pour les feux électriques. La réponse attendue : la classe E n’existe pas dans NF EN 2, l’électricité n’est pas un combustible. Le feu se traite selon la classe réelle (A ou B) avec des agents non conducteurs.
Eau sur friteuse. Huile à 300°C + eau = boule de feu. Agent correct : extincteur ABF ou couverture anti-feu. Jamais d’eau, même un verre.
Oublier la coupure du courant. Beaucoup de candidats citent le CO₂ mais sautent la coupure préalable. La réponse correcte commence par : “Je coupe l’alimentation au tableau général.”
Confondre huile moteur et huile de cuisson. Huile moteur (minérale) = classe B. Huile de cuisson (végétale/animale) = classe F. Deux classes, deux agents, deux risques.
Croire que la poudre ABC suffit sur un feu de matelas. Elle éteint les flammes mais ne refroidit pas les braises. Reprise quasi certaine sans arrosage complémentaire.
Réponse abstraite sans exemples à bord. L’examinateur attend : literie en cabine → classe A, fuite gasoil en local machines → classe B, fuite butane en cambuse → classe C, friteuse de cambuse → classe F.
Voir aussi
Les 4 types embarqués, la séquence d'utilisation en 4 étapes (acronyme PASS), les règles opérationnelles, les vérifications périodiques et le marquage MED — pratique CMP.
Utilisation pratique des extincteurs : positionnement, procédure d'attaque, gestion post-extinction — suite logique après la maîtrise des classes.