À retenir
L'essentiel
L'extincteur portable est l'outil de première intervention sur feu naissant. Son efficacité dépend de deux conditions indissociables : choisir l'agent adapté à la classe de feu ET maîtriser la séquence gestuelle en 4 étapes. Un mauvais choix ou une mauvaise technique peut aggraver l'incendie.
- 4 types embarqués : eau + additif (classe A), CO₂ (classe B + électricité), poudre ABC (A-B-C polyvalent), mousse AFFF (classe B en nappe).
- Séquence universelle en 4 étapes : Dégoupiller — Pointer vers la BASE des flammes — Presser à fond — Balayer en mouvement régulier.
- Toujours DOS AU VENT, à 1,5-3 m du foyer (ordre indicatif — vérifier étiquette EN 3-7). Se positionner AVANT de déclencher.
- Contrôle mensuel visuel par l'équipage + contrôle annuel par technicien agréé + épreuve hydraulique décennale. Tout inscrit au registre de sécurité.
- Marquage MED 'barre à roue' obligatoire sur navires SOLAS battant pavillon UE — à vérifier à chaque contrôle mensuel.
Procédure d'utilisation en 4 étapes
Valable pour tout extincteur portable, quel que soit l'agent extincteur.
- 1
Dégoupiller (Pull)
Tirer la goupille de sécurité
- 2
Pointer (Aim)
Viser la BASE des flammes
- 3
Presser (Squeeze)
Presser la poignée à fond
- 4
Balayer (Sweep)
Balayer la base d'un côté à l'autre
Distance
1,5 à 3 m selon type — vérifier étiquette EN 3-7
Vent
Toujours dos au vent — préserve visibilité et voie de repli
Acronyme STCW international : P-A-S-S — Pull – Aim – Squeeze – Sweep . Valable pour tout extincteur portable, partout dans le monde.
Règle d'or
Viser la BASE des flammes, jamais leur sommet — c'est là que se produit la combustion.
Les 4 types d’extincteurs portables à bord
Cette fiche traite des extincteurs portables uniquement. Les installations fixes (CO₂ cale machine, sprinkleurs, FM-200) font l’objet d’une fiche dédiée.
À bord, quatre types de portables couvrent l’essentiel des situations. Les connaître, c’est savoir au premier coup d’œil si l’extincteur devant toi est le bon — ou s’il ne faut pas l’utiliser.
Eau pulvérisée avec additif — classe A
L’eau + additif mouillant agit par refroidissement et pénétration dans les braises. C’est le choix de référence pour les feux de solides organiques : bois, papier, tissus, plastiques. Tu le trouves dans les locaux d’habitation, les magasins et les soutes à provisions.
Capacités usuelles à bord : 6 L et 9 L. Portée indicative : ordre de grandeur 3-4 m — à vérifier sur l’étiquette EN 3-7 de l’appareil. Durée de décharge : plusieurs dizaines de secondes indicatif.
Interdit sur installation électrique et sur huile en feu
L’eau est conductrice : ne jamais l’utiliser sur un tableau électrique sous tension. Sur de l’huile chaude, elle vaporise instantanément et projette des gouttelettes enflammées — boule de feu garantie. Ces deux usages sont des erreurs graves.
CO₂ — classe B et risque électrique
Le CO₂ (dioxyde de carbone) agit par étouffement et refroidissement local intense. Il ne laisse aucun résidu, ce qui en fait le choix de prédilection pour les tableaux électriques, armoires électroniques et appareils de navigation. Il couvre aussi les feux de classe B (liquides inflammables à petite échelle).
Capacités usuelles : 2 kg et 5 kg. Portée réduite : 1 à quelques mètres — à vérifier sur l’étiquette. La portée courte impose de s’approcher davantage du foyer.
CO₂ = asphyxiant — ne jamais utiliser prolongé en espace confiné habité
Le CO₂ chasse l’oxygène. En espace confiné, quelques kilogrammes peuvent faire chuter la concentration en O₂ à un niveau létal en quelques secondes. Sans appareil respiratoire isolant (ARI), ne pas utiliser de manière prolongée dans un local habité. Ventiler obligatoirement avant de réintroduire du personnel.
Poudre ABC — polyvalent A-B-C
La poudre chimique fluidisée couvre les classes A (solides), B (liquides) et C (gaz combustibles). Elle est non conductrice, utilisable en présence d’électricité. C’est le plus polyvalent — et le plus salissant.
Capacités usuelles : 6 kg et 9 kg. Portée indicative : ordre de grandeur 3-5 m. Durée : ordre d’une dizaine de secondes pour 6 kg — à vérifier sur l’étiquette.
Usage typique : feux mixtes en zone technique, feux de gaz (fuites enflammées). À réserver aux situations où le feu menace la sécurité globale si des agents plus ciblés sont disponibles.
Poudre sur moteur chaud : révision mécanique obligatoire avant remise en marche
La poudre pénètre dans les roulements, les admissions d’air, les surfaces lubrifiées. Sur un moteur diesel marin, l’usage de la poudre impose une révision complète avant toute remise en route. Nettoyage long et coûteux. À peser avant d’engager.
Mousse AFFF — classe B liquides inflammables
La mousse AFFF (Aqueous Film Forming Foam) forme un film aqueux stable à la surface du combustible, coupant le contact entre vapeur de combustible et oxygène. C’est l’agent de référence pour les hydrocarbures en nappe : carburants, huiles minérales, solvants.
Capacités usuelles : 6 L et 9 L. Tu la trouves en salle des machines, aux postes d’avitaillement, dans les locaux de peinture.
Elle ne s’utilise pas sur installation électrique sous tension, ni sur feux de gaz (classe C), ni sur des braises profondes de classe A.
La procédure d’utilisation en 4 étapes
Avant d’engager quoi que ce soit, tu évalues rapidement : le feu est-il de taille à être attaqué avec un portable ? La classe de feu correspond-elle à l’agent disponible ? L’alarme a-t-elle été déclenchée ? Une voie de repli est-elle libre ? Si une seule de ces réponses est défavorable, tu n’attaques pas — voir la section suivante.
Si les conditions sont réunies, la séquence est la suivante.
Dégoupiller
Tiens le corps de l’extincteur d’une main ferme. Tire la goupille de sécurité de l’autre main — léger mouvement de rotation pour la libérer. Le plomb de sécurité se rompt. Ne dégoupille pas prématurément pendant le déplacement vers le foyer, surtout sur un navire qui roule.
Pointer vers la BASE des flammes
Oriente la lance, le diffuseur ou la trompe vers la base des flammes, pas vers leur sommet. Le sommet, c’est de la chaleur visible — la zone de réaction combustible/O₂ est en bas, à la racine. Viser le haut, c’est disperser l’agent dans l’air sans effet. Positionne-toi à 1,5-3 m du foyer (ordre indicatif selon type — lire l’étiquette), dos au vent. Adapte l’angle selon le combustible : jet tangentiel et rasant pour les liquides, couverture des braises pour les solides.
Presser la poignée à fond
Pression franche et continue. Ne lâche pas entre les bouffées. Pour les extincteurs à cartouche, un léger délai précède l’arrivée de l’agent — tenir la pression. L’autonomie est courte : tu te positionnes correctement AVANT de déclencher, pas pendant. Pour le CO₂, la trompe et la poignée sont très froides — porte des gants si disponibles.
Balayer la base du feu d'un côté à l'autre
Mouvement régulier de balayage horizontal sur toute la surface du foyer pour couvrir uniformément sans laisser de zone active. Sur feux de liquides : balayage tangentiel et doux pour ne pas projeter le combustible enflammé. Sur feux de solides : noyer les braises, refroidir en profondeur. Si le feu recule, avance prudemment. S’il stagne ou augmente, replie-toi immédiatement.
Après extinction : reste en observation. Pour la classe A, des braises en profondeur peuvent relancer le feu plusieurs minutes plus tard. Vérifie les zones adjacentes — derrière cloisons, au-dessus des faux plafonds. Ne déclare pas le feu maîtrisé trop vite.
PASS — l’acronyme STCW international
En formation STCW internationale (module A-VI/1-2 “Fire prevention and fire fighting”), la séquence d’utilisation est universellement résumée par :
Acronyme PASS — la référence internationale
P — Pull (tirer la goupille) · A — Aim (viser la base des flammes) · S — Squeeze (presser la poignée à fond) · S — Sweep (balayer la base du feu)
La séquence française — Dégoupiller / Pointer / Presser / Balayer — en est la traduction directe. À l’oral CMP, décris la séquence en français et cite PASS comme référentiel international. Connaître les deux signale que tu maîtrises la doctrine, pas seulement le geste.
Règles opérationnelles de bord
Distance et position par rapport au vent
La distance de sécurité est un compromis : assez proche pour que l’agent atteigne le foyer efficacement, assez loin pour limiter l’exposition chaleur/fumées. Pour la plupart des portables EN 3-7 : 1,5 à 3 m selon type et capacité — valeur indicative, lire l’étiquette. Sur navire, les configurations exiguës (couloirs, escaliers) contraignent souvent cette distance : c’est une appréciation situationnelle, pas une valeur fixe.
Toujours dos au vent. En extérieur sur pont : du côté d’où vient le vent, fumée soufflée à l’opposé. En intérieur : évite les flux de fumée descendants, place-toi du côté où l’air frais entre dans le local. Raisons : la fumée contient des gaz toxiques et chauds ; se placer dos au vent conserve la visibilité du foyer et de la voie de repli.
Angle d’attaque et progression
Sur feux de liquides : jet tangentiel et rasant pour déposer mousse ou poudre sans projeter le liquide enflammé. Sur feux de solides : couvrir la base des braises et refroidir. Dans une cabine : attaque possible en biais depuis l’encadrement de la porte pour se protéger d’un embrasement soudain. Si le feu diminue, avance prudemment. S’il stagne ou empire, replie-toi et avertis la hiérarchie : agent inadapté ou feu trop développé.
Surveillance post-extinction
Rester en observation après extinction, le temps nécessaire selon la nature du combustible. Classe A : présence possible de braises en profondeur — reprise possible plusieurs minutes après extinction apparente. Refroidissement complémentaire si possible. Vérifier les zones adjacentes. Consigner l’utilisation dans le registre de sécurité. Remplacer ou recharger l’extincteur immédiatement.
Quand on n’attaque pas et on évacue
Ne jamais attaquer avec un portable si :
- Le feu est déjà trop développé — flammes envahissantes, chaleur insupportable, structure menacée.
- Le local est saturé de fumée — visibilité nulle ou fumées noires denses : risque d’asphyxie et de désorientation sans ARI.
- Tu es dans un espace confiné sans ARI — CO₂ ou fumées peuvent rendre l’atmosphère irrespirable en secondes.
- Aucun agent adapté n’est disponible (seul extincteur eau face à un feu d’huile, par exemple).
- Explosions secondaires probables (fuite de gaz, produits chimiques réactifs).
- Tu es seul, sans possibilité d’alerte — la vie humaine prime sur le matériel.
Dans ces cas : referme le local (ralentit la propagation), coupe la ventilation si accessible sans risque, déclenche l’alarme générale, rejoins ton poste de rassemblement ou de lutte selon les consignes du navire, rends compte à la hiérarchie.
“Si le feu est déjà trop important, si le local est saturé de fumée, si je n’ai pas le bon agent extincteur ou si je ne peux pas assurer ma propre sécurité, je n’attaque pas au portable, je ferme le local si possible, je donne l’alarme et je rejoins mon poste de rassemblement ou de lutte selon les consignes du navire.”
Vérifications périodiques et registre de sécurité
Trois niveaux de vérification se superposent. Chacun a un responsable et une fréquence différente.
Mensuelle — équipage (contrôle visuel). Sous l’autorité du capitaine. Tu vérifies : présence à l’emplacement du plan de sécurité, accessibilité et absence d’obstruction, étiquette lisible, plomb de sécurité intact (plomb rompu = utilisation antérieure ou manipulation — signaler immédiatement), absence de corrosion ou déformation, aiguille manomètre en zone verte pour les modèles à pression permanente, marquage MED « barre à roue » présent. Tout est consigné dans le registre de sécurité.
Annuelle — technicien qualifié. Un technicien agréé procède à l’inspection approfondie : pesée des extincteurs CO₂ (masse de gaz restant vs nominale), contrôle de l’état interne et externe, vérification des joints et de la pression selon les spécifications fabricant. Un certificat ou une étiquette de contrôle est apposé sur l’appareil avec la date et la prochaine échéance. Ces documents sont présentés lors des visites de classe ou des inspections État du port.
Épreuve hydraulique décennale. Fréquence typique : environ 10 ans (variable selon type, matériau du réservoir et réglementation applicable — vérifier sur la plaque signalétique). Épreuve en atelier agréé : remplissage à l’eau, mise sous pression supérieure à la pression de service, contrôle d’absence de déformation ou de fuite. Si anomalie (corrosion interne, déformation) : mise au rebut obligatoire.
Le registre de sécurité — imposé par le Code ISM (SOLAS chapitre IX) et les réglementations nationales — regroupe toutes ces traces : dates, nature des contrôles, identité des intervenants, anomalies constatées, numéros de certificats. Il est consultable par les autorités lors des contrôles État du port (Paris MOU). Des anomalies répétées sur les extincteurs peuvent entraîner des observations, voire des immobilisations.
Le marquage MED “barre à roue”
Le marquage MED (Marine Equipment Directive) est un pictogramme de roue de navire stylisée, suivi du numéro de l’organisme notifié et de l’année d’apposition. Il est imposé par la Directive 2014/90/UE sur les équipements marins.
Ce marquage garantit trois choses : conformité aux instruments internationaux applicables (SOLAS, codes associés), conformité aux normes techniques (dont EN 3-7 pour les extincteurs portables), évaluation par un organisme notifié de l’UE.
Sur un navire soumis à SOLAS battant pavillon d’un État membre UE, tous les extincteurs portables doivent porter la « barre à roue ». Un extincteur sans ce marquage ne devrait pas être accepté comme moyen d’extinction principal. Vérifier sa présence fait partie des points du contrôle mensuel — c’est une compétence attendue au niveau CMP.
Erreurs classiques à éviter
CO₂ prolongé en espace confiné habité → asphyxie
Le CO₂ chasse l’O₂. En espace confiné, quelques kilogrammes peuvent rendre l’atmosphère irrespirable en secondes. ARI obligatoire pour tout usage prolongé en local habité. Ventiler le local avant réintroduction de personnel.
Poudre sur moteur chaud → dégâts mécaniques
La poudre pénètre dans les roulements, les admissions d’air, les surfaces lubrifiées. Sur moteur diesel marin : révision complète avant remise en marche. À peser si d’autres agents adaptés sont disponibles.
Eau sur huile ou graisse en feu → boule de feu
L’eau, plus dense que l’huile, tombe au fond du récipient. Au contact de l’huile surchauffée, elle se vaporise instantanément et projette des gouttelettes enflammées. Agents adaptés sur feu d’huile : extincteur classe F, couverture anti-feu, système fixe de protection cuisine.
Attaquer le sommet au lieu de la base → gaspillage d'agent
Réflexe instinctif : l’œil va vers la flamme visible. Résultat : l’agent se disperse dans l’air, aucun effet sur la zone de réaction. Règle absolue : la base des flammes, là où le combustible est en contact avec l’air.
Pièges classiques à l’oral CMP
Confusion types/classes de feu. “Quel extincteur sur un tableau électrique ?” → CO₂ (pas conducteur, pas de résidu). “Pourquoi pas d’eau sur une huile en feu ?” → vaporisation explosive, boule de feu. Maîtriser le tableau de correspondance, y compris ce qu’on NE fait pas.
Oublier le marquage MED. “Qu’est-ce que la barre à roue ?” → une réponse sans référence à la Directive 2014/90/UE et à SOLAS est incomplète. Les extincteurs de bord doivent être conformes à la norme EN 3-7 et porter le marquage MED comme l’impose la Directive 2014/90/UE et les règles SOLAS.
Omettre la sécurité personnelle. “Décrivez comment vous utilisez un extincteur.” → structurer en trois temps : (1) évaluation et sécurité personnelle, positionnement dos au vent, voie de repli ; (2) séquence des 4 étapes ; (3) surveillance post-extinction. Réciter PASS/4 étapes sans mentionner le positionnement, c’est manquer la moitié du sujet.
Confondre portable et installation fixe. “Comment utilisez-vous le CO₂ en salle des machines ?” → distinguer clairement : portable CO₂ = intervention locale, vigilance asphyxie. Système fixe CO₂ = procédure d’évacuation complète, fermeture des clapets, déclenchement depuis le poste de commande. Deux registres distincts.
Oublier la suite après extinction. “Que faites-vous après avoir éteint un feu ?” → surveillance pour éviter la reprise, refroidissement si classe A, avertissement de la hiérarchie, inscription au registre de sécurité, remplacement ou recharge immédiate de l’extincteur utilisé.
Citer des chiffres inventés. Les portées et durées de décharge varient selon le modèle et figurent sur l’étiquette EN 3-7 de l’appareil. À l’oral : “ordre de grandeur de quelques mètres de portée et de quelques à plusieurs dizaines de secondes d’autonomie — les valeurs exactes sont sur l’étiquette”. Annoncer “exactement 6 mètres” ou “45 secondes” sans base, c’est le piège classique.
Les extincteurs fixes — CO₂ cale machine, sprinkleurs, FM-200 — appliquent une logique différente (évacuation préalable, déclenchement depuis un poste de commande, procédures d’urgence dédiées). Ce sujet fait l’objet d’une fiche distincte dans ce module.