À retenir
L'essentiel
Le radeau de sauvetage est le dernier recours collectif quand le navire est abandonné : il doit être opérationnel sans délai, par n'importe quel membre d'équipage, dans n'importe quelles conditions de mer. La mise en œuvre correcte — déclenchement, embarquement ordonné, conduite à bord — conditionne directement les chances de survie du groupe jusqu'à l'arrivée des secours.
- 3 types SOLAS : Pack A (hauturier, équipement complet), Pack B (eaux à proximité, équipement allégé), côtier (zones très limitées). Zone d'exploitation du navire = seul critère de choix.
- HRU : déclenchement hydrostatique automatique à environ 1,5–4 m de profondeur, maillon sacrifié, gonflage par tension de la ligne de mouillage. Consommable remplacé tous les 2 ans typiquement.
- Embarquement : priorité absolue aux blessés et personnes affaiblies, couper la ligne de mouillage avant de quitter la zone de l'épave.
- Ancre flottante à déployer dès l'embarquement — réduit la dérive et stabilise la position pour les secours SAR.
- Vérification mensuelle visuelle obligatoire : HRU, marquage MED, date de révision, ligne d'amarrage, état du conteneur — tout inscrit au registre de sécurité.
Sécurité maritime
Types de radeaux de sauvetage SOLAS
Le type est imposé par la zone d'exploitation du navire — pas par un choix d'équipage.
| Type | Zone d'emploi | Pack équipement | Capacités typiques | Marquage MED |
|---|---|---|---|---|
| SOLAS A | Navigation hauturière — eaux illimitées | Pack A complet — rations 10 j, eau, pyrotechniques, pêche, sextant solaire, médicaments | 6 · 10 · 25 pers. | Barre à roue + pavillon UE obligatoire |
| SOLAS B | Navigation à proximité — côtier ≤ 60 milles (indicatif) | Pack B réduit — rations et eau réduites (~50 % Pack A), pyrotechniques réduites | 6 · 10 · 25 pers. | Barre à roue + pavillon UE obligatoire |
|
Côtier (open reversible) | Eaux très abritées — < 12 milles (indicatif) | Équipement minimal — gilet supplémentaire, écope, lampe étanche, sifflet | 4 · 6 pers. typique | Réglementation nationale |
"Le type est déterminé par la zone d'exploitation du navire — pas par une décision d'équipage. Source : SOLAS Chapitre III + LSA Code (MSC.48(66))."
Déclenchement hydrostatique (HRU) — séquence en coupe
Source : SOLAS Chap. III, LSA Code (MSC.48(66)), IACS Guidelines on Hydrostatic Release Units.
Règle d'or
Déploie l'ancre flottante. Coupe la ligne. Ne bois pas l'eau de mer.
Les 3 types de radeaux et leurs zones d’emploi
La Convention SOLAS Chapitre III et le LSA Code (Résolution MSC.48(66)) définissent les exigences techniques et les niveaux d’équipement selon la zone d’exploitation du navire. Ce n’est pas une décision que tu prends à bord : le radeau est homologué pour une zone donnée, et cette zone correspond à la zone d’exploitation du navire portée sur ses titres de navigation.
Définition
LSA Code
Code international des engins de sauvetage, adopté par la Résolution MSC.48(66) de l’OMI. Il définit les performances minimales de tous les engins de sauvetage embarqués à bord des navires soumis à SOLAS : radeaux, bossoirs, combinaisons d’immersion, bouées, gilets. Les amendements les plus récents sont entrés en vigueur le 1er janvier 2026 via la Résolution MSC.554(108).
SOLAS Pack A — navigation hauturière. C’est le niveau d’équipement le plus complet, destiné aux navires qui s’éloignent des côtes et des ports. La capacité embarquée est définie par le navire — tu trouveras des radeaux de 6, 10, 12, 16, 20 ou 25 personnes selon les unités. L’homologation MED (marquage “barre à roue”) est obligatoire sur les navires battant pavillon d’un État membre de l’UE. Pack A, c’est l’hypothèse que les secours ne peuvent pas intervenir rapidement : le matériel embarqué permet une survie de plusieurs jours de façon autonome.
SOLAS Pack B — eaux à proximité. Pour les navires dont la zone d’exploitation reste dans des eaux côtières accessibles rapidement aux secours. L’équipement est allégé — environ la moitié des quantités du Pack A — sur la base que les délais d’intervention SAR sont plus courts. Même obligation d’homologation MED. Attention à l’oral : Pack B ne signifie pas “moins bien” — il correspond à un contexte d’exploitation précis.
Radeau côtier. Pour les zones d’exploitation très limitées, en eaux abritées ou à faible distance d’un abri. Équipement minimal. Ce type est moins fréquent sur les navires professionnels soumis à SOLAS, davantage présent sur certains engins de plaisance professionnelle en zones portées.
À l’oral, si on te demande “quel radeau tu choisis”, la bonne réponse est : “aucun choix à bord — le radeau est sélectionné lors de la certification du navire selon sa zone d’exploitation, conformément à SOLAS Chapitre III et au LSA Code.”
Déclenchement hydrostatique et largage manuel
Deux modes de mise à l’eau, et les deux doivent être maîtrisés. Le premier est automatique et ne nécessite aucune action d’équipage. Le second est la procédure opérationnelle normale en cas d’abandon organisé.
Le HRU — Hydrostatic Release Unit. Le principe est mécanique et élégant : un dispositif relie le berceau d’amarrage du radeau à la structure du navire via un maillon sacrifié. Quand le navire coule, la pression hydrostatique de l’eau augmente avec la profondeur. À environ 1,5 à 4 mètres, cette pression actionne un mécanisme — un couteau hydraulique ou un piston — qui sectionne le maillon. Le radeau, libéré de son amarrage, remonte en surface par flottabilité. La ligne de mouillage, toujours reliée à l’épave qui continue de descendre, se tend et tire sur la goupille du système de gonflage. La bouteille de CO₂ se déclenche, le radeau se gonfle en surface.
Le modèle le plus répandu sur les navires SOLAS est le Hammar H20 — ce n’est pas une prescription, c’est l’exemple générique du dispositif que tu verras dans la majorité des installations neuves. Le HRU est un consommable : il est remplacé tous les 2 ans environ (parfois 3 à 4 ans selon le modèle et la certification — vérifier l’étiquette). C’est inscrit dans le registre de sécurité et c’est contrôlé lors des visites de classe. La date de renouvellement est lisible sur l’étiquette du dispositif.
Le largage manuel — la séquence opérationnelle. En situation d’abandon organisé, tu ne laisses pas le HRU agir seul. Tu déclenches manuellement. Voici la séquence :
Vérifier l'accès et s'assurer du libre coulissage
Le conteneur doit être libre de tout cordage emmêlé, filin ou objet posé dessus. Si le navire gîte, sécurise ta propre position avant d’agir sur le radeau — une chute avec le conteneur à la main est un accident grave.
Rompre la saisine et projeter le conteneur à l'eau
La saisine hydrostatique (ou saisine de retenue) est le dernier lien physique entre le conteneur et le berceau. Tu la romps, tu soulèves ou tu fais rouler le conteneur par-dessus le bastingage côté sous-le-vent si possible. Le conteneur flotte.
Tirer la ligne de mouillage pour déclencher le gonflage
La ligne de mouillage (painter) relie le conteneur à la main courante ou à un point fixe du navire. En tirant dessus depuis le bord, tu génères la tension nécessaire pour actionner la goupille du système de gonflage. La bouteille CO₂ se déclenche. Le radeau se gonfle en quelques secondes. Ne lâche pas la ligne — elle te permettra aussi de maintenir le radeau à couple le temps de l’embarquement.
Maintenir le radeau à couple le temps de l'embarquement
Le radeau gonflé dérive immédiatement si tu ne le retiens pas. Maintiens la tension sur la ligne de mouillage. Si le navire est encore maniœuvrant, la personne qui tient la ligne doit être en mesure de la larguer rapidement pour éviter d’être entraînée.
Embarquement : ordre, priorité et redressement
L’embarquement dans le radeau est la phase la plus critique. Le stress, la mer formée, l’obscurité éventuelle, les blessés — tout se cumule. La doctrine STCW (Code A-VI/2-1, survival craft) est claire : ordre et priorité ne sont pas optionnels, ils conditionnent le nombre de survivants.
Priorité absolue aux blessés et personnes affaiblies. Les personnes valides embarquent après. Les blessés ne peuvent pas attendre dans l’eau glacée ou sur un pont qui s’incline. Tu les hisses en premier à l’aide du palan de hissage (sangle de récupération) situé à l’intérieur du radeau. La technique : personne en eau, tu passes la sangle sous les bras, les personnes dans le radeau tirent à l’unisson sur le commandement du chef.
Trois voies d’embarquement selon la situation. Si le navire est encore en surface avec un franc-bord faible, tu sautes dans le radeau (≤4 m de hauteur). Si le franc-bord est plus important, tu descends à l’eau par l’échelle de coupée ou un filin, puis tu nages jusqu’au radeau et tu te hisses. Si tu es déjà à l’eau, tu te hisses par la sangle de récupération ou l’échelle de embarquement prévue sur la jupe du radeau.
Couper la ligne de mouillage au bon moment.
Couper la ligne au bon moment — risque de traction vers l'épave
La ligne de mouillage relie encore le radeau au navire qui coule. Si tu tardas à la couper après que le navire s’enfonce, la tension sur la ligne peut retourner le radeau, l’emmener vers le fond ou t’empêcher de partir. Le couteau de sécurité du radeau est rangé dans une pochette désignée, accessible depuis l’intérieur. Tu coupes la ligne dès que tout le monde est embarqué et que le navire commence à s’enfoncer significativement.
Redresser un radeau retourné. En mer formée, le radeau peut se gonfler à l’envers — situation courante, procédure parfaitement documentée dans le LSA Code. La bouteille de gonflage est sous la quille quand le radeau est retourné. Tu la repères aux ergots noirs ou aux marquages sur la coque. Tu te places du côté opposé à la bouteille, pieds calés sur les ergots de la bouteille. Tu saisis les sangles de retournement — sangles externes cousues à cet effet sur la coque. Tu tires à toi en pesant de tout ton poids vers l’arrière. Le radeau bascule et tombe à l’endroit. Dégage-toi rapidement avant qu’il ne te recouvre. C’est une manœuvre épuisante avec gilet de sauvetage et combinaison d’immersion — à pratiquer en piscine en formation STCW basic (Code A-VI/1-1).
Pack A et Pack B : ce que tu trouves dedans
Dès l’embarquement, dès que le radeau est stable, l’une des premières tâches du chef désigné est d’inventorier le contenu. Ça prend quelques minutes et ça change tout à la gestion des ressources.
Pack A — navigation hauturière. Le LSA Code (MSC.48(66)) définit la liste complète. En synthèse : eau potable et rations alimentaires pour plusieurs jours au prorata de la capacité du radeau, matériel de pêche, sextant ou tableau de navigation solaire, trousse de premiers secours avec médicaments, pompe à main, sécheur, lampe étanche à usage interne, matériels de signalisation (fusées parachutes, feux à main, fumigènes), miroir héliographique, sifflet, ligne de survie extérieure, couvertures isothermes. La liste détaillée figure à la section 4.3 du LSA Code.
Pack B — eaux à proximité. Environ la moitié des quantités du Pack A pour les denrées et la pyrotechnique. L’hypothèse est que les secours arrivent dans les heures qui suivent, pas dans les jours. La trousse médicale et les outils de signalisation restent présents, mais en quantités réduites.
Amendement MSC.554(108) — entrée en vigueur le 1er janvier 2026. Cet amendement au LSA Code introduit des mises à jour sur les performances requises pour certains équipements embarqués, notamment les dispositifs de signalisation lumineux et les spécifications de résistance des conteneurs. C’est une évolution récente à mentionner à l’oral pour montrer que tu suis l’actualité réglementaire.
Inventorier dès l'embarquement
Ne pas attendre une heure ou deux pour savoir ce que tu as. L’inventaire immédiat permet de gérer le rationnement dès le départ, de connaître ton autonomie réelle, et d’identifier d’éventuels défauts d’équipement. Un item manquant découvert trop tard est un problème évitable.
Conduire le radeau : leadership et rationnement
Le radeau n’est pas une bouée. C’est un espace de vie collectif sous stress extrême. Sans organisation, les chances de survie s’effondrent. STCW Code A-VI/2-1 (“survival craft and rescue boats”) insiste explicitement sur la dimension collective de la survie.
Désigner un chef immédiatement. En général le capitaine ou le second présent ; à défaut, la personne la plus expérimentée. Sans chef identifié, les décisions de rationnement, les priorités de signalisation et la gestion des conflits deviennent ingérables. Le chef parle, les autres exécutent. Cette discipline sauve des vies — pas la démocratie.
Rotation des veilles. Jour comme nuit, une personne surveille en permanence : horizon, aéronefs, navires. Deux heures maximum par quart pour éviter la fatigue qui génère les fausses alertes et les insomnies. Le chef gère le tableau de veille.
Rationnement eau — priorité absolue. L’eau est la ressource critique. Pas d’eau de mer — jamais, quelles que soient les circonstances. L’eau de mer accélère la déshydratation en forçant les reins à éliminer l’excès de sel. Les rations du Pack A sont calculées pour une survie prolongée : le chef les distribue de façon stricte et identique pour tous. Si la pluie se présente, récupère l’eau sur la tente et les surfaces propres.
Rationnement nourriture. Les besoins caloriques sont très réduits sans effort physique. Les rations d’urgence du radeau sont conçues pour ça. Ne pas gaspiller en début de dérive dans l’espoir d’être secouru rapidement.
“La survie en mer ne se joue pas sur l’équipement seul — elle se joue sur la discipline collective, la gestion de l’eau, et la capacité à maintenir le moral quand l’horizon est vide.” — IMO Model Course 1.23, Survival at Sea
Gérer le moral et la déshydratation. La déshydratation altère le jugement bien avant la sensation de soif. Surveiller les signes chez chacun : confusion, irritabilité, absence d’urine. Maintenir une activité légère, des quarts courts, des moments de parole collective. Le radeau est un espace microscopique — les tensions y sont amplifiées. Le chef gère ça aussi.
L’ancre flottante et la dérive
L’ancre flottante — sea anchor — est probablement l’équipement le plus sous-estimé dans les exercices de simulation. En pratique, elle change radicalement les conditions de survie.
Déploiement immédiat dès l’embarquement. L’ancre flottante est un parachute en tissu qui se déploie sous l’eau, relié au radeau par un bout. Tu la déploies à l’opposé de la direction de dérive du vent dominant — côté sous-le-vent, à l’opposé de la tente d’entrée si possible pour ne pas gêner les opérations de bord. Vérifier que la ligne de mouillage de l’ancre n’est pas saisie autour du corps d’un membre d’équipage — accident classique dans l’agitation de l’embarquement.
Ce qu’elle change concrètement. Une dérive non freinée peut atteindre plusieurs nœuds selon le vent et la houle. L’ancre flottante la réduit d’un ordre de grandeur de 70 à 80 % selon les conditions. Concrètement : les secours SAR calculent leur zone de recherche à partir de la dernière position connue du navire plus un vecteur de dérive estimé. Plus tu dérives vite, plus la zone de recherche est grande et plus les secours mettent du temps à te trouver. L’ancre flottante réduit ta dérive, concentre la zone SAR, et réduit le risque de retournement par vagues croisées.
Voir aussi
Alerte et décision d'abandon, mise à l'eau, survie en eau froide (hypothermie, HELP, huddle) et signaux de détresse individuels.
Les techniques individuelles avant d'atteindre le radeau — HELP, huddle, signaux de détresse personnels — restent valables tant que tu n'es pas embarqué.
Pièges classiques à l’oral CMP
Quelques pièges qui reviennent systématiquement dans les oraux sur les radeaux de sauvetage. Je les liste sans filtre.
Confondre le Pack A et le Pack B sur le critère de choix. Le piège le plus fréquent : “l’équipage choisit le Pack A pour une longue traversée”. Faux. Le Pack est déterminé à la certification du navire selon sa zone d’exploitation. À bord, tu n’as pas le choix — le radeau est là, c’est celui qui correspond à la zone.
Oublier de déployer l’ancre flottante. Décrire l’embarquement en détail et terminer sur “on se met à l’abri dans le radeau” sans mentionner l’ancre flottante. C’est une omission qui coûte des points — l’ancre est explicitement citée dans les procédures STCW A-VI/2-1.
Se tromper de côté pour le retournement. “Je tire du côté de la bouteille”. Non — tu te places du côté opposé à la bouteille, pieds calés sur ses ergots. Tirer du côté de la bouteille sans appui inverse le levier et rend la manœuvre inefficace.
Oublier de couper la ligne de mouillage. “On s’éloigne à la rame dès que tout le monde est à bord”. Et la ligne ? Si tu ne la coupes pas, le navire en train de couler peut emporter le radeau. Le couteau est dans le radeau — c’est sa fonction première.
Boire l’eau de mer. À l’oral, aucun candidat ne l’affirme naïvement — mais certains hésitent sur le rationnement d’eau en répondant “on peut toujours en boire un peu si vraiment on a soif”. La réponse nette : jamais d’eau de mer, quel que soit le niveau de déshydratation. L’eau de mer accélère la déshydratation par surcharge osmotique rénale. Ce n’est pas une recommandation de prudence — c’est une règle physiologique.
Oublier la vérification du HRU au contrôle mensuel. “Je vérife le conteneur, la saisine, l’étiquette de révision.” Sans mentionner le HRU et sa date de remplacement. Le HRU est un consommable à date limitée — c’est l’élément le plus souvent en dépassement lors des inspections État du port. Cite-le systématiquement dans ta description du contrôle mensuel.
Cette fiche couvre la mise en œuvre et la conduite du radeau. Les techniques individuelles de survie en mer — position HELP, huddle, signaux personnels — font l’objet de la fiche abandon-survie-tis de ce module.