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tuto Brevet : CMP Niveau 1/3 12 min de lecture

EPI du marin : gilet, combinaison d'immersion, ARI

Gilet de sauvetage (auto/manuel), combinaison d'immersion, appareil respiratoire isolant et check-list avant embarquement.

Publié le 28 mai 2026 · sécurité · EPI · STCW · CMP · gilet

Pourquoi l’EPI est ta première ligne de défense

Le milieu marin n’est pas hostile par accident — il l’est structurellement. L’eau froide retire la chaleur corporelle 25 fois plus vite que l’air à la même température. La fumée d’un incendie de compartiment rend irrespirable une coursive en quelques dizaines de secondes. Un pont en mer formée est une surface glissante, en mouvement, avec des obstacles à hauteur de tête. Tu ne contrôles pas ces facteurs. Ce que tu contrôles, c’est l’équipement que tu portes quand ils surviennent.

La Convention STCW Code A-VI/1 exige que tout marin de la formation de base soit capable d’utiliser correctement les équipements individuels de survie. Ce n’est pas une case à cocher — c’est la logique d’un secteur où l’hypothermie, la noyade et l’asphyxie sont des causes réelles de décès professionnels. À l’oral CMP, le jury évalue que tu sais choisir, enfiler, vérifier et maintenir chaque EPI — pas seulement les citer de mémoire.

Le gilet de sauvetage : auto vs manuel, ISO 12402

La norme ISO 12402 classe les équipements de flottabilité en cinq niveaux selon leur force de flottabilité, exprimée en newtons : niveau 50 N (eaux intérieures calmes, utilisateur capable de nager), 100 N (eaux abritées), 150 N (standard hauturier — le niveau attendu à bord d’un navire de commerce ou de pêche), 275 N (milieux pétroliers, vêtement de travail lourd, risque d’incapacité à l’eau), et la brassière flottante à flottabilité intrinsèque pour courtes distances. Le 150 N est conçu pour retourner une personne inconsciente face vers le haut — c’est le minimum acceptable en milieu hauturier.

Deux modes de déclenchement coexistent à bord. Le gilet automatique se gonfle dès le contact avec l’eau : une pastille de sel hydrosoluble (ou une pastille hydrostatique selon le modèle) se dissout sous l’immersion et libère la goupille de la cartouche CO₂, qui se dévisse et injecte le gaz dans la chambre de flottabilité. Avantage décisif : aucune action requise de ta part si tu chutes inconscient, en choc thermique ou désorienté. Le gilet manuel se gonfle uniquement quand tu tires sur le percuteur rouge — avantage : aucun risque de déclenchement intempestif sous une forte pluie ou des embruns. Sur navires professionnels (commerce, pêche), l’automatique est la norme parce que tu peux perdre connaissance avant d’avoir le temps d’agir.

Chaque gilet est équipé d’un sifflet, d’une lumière stroboscopique automatique à l’eau, d’un baudrier de relevage (pour hisser une personne à bord), et d’un harnais d’attache compatible avec une ligne de sécurité. Le marquage MED (barre à roue, Directive 2014/90/UE) est obligatoire sur tout gilet installé sur un navire SOLAS battant pavillon UE.

La combinaison d’immersion : enfiler en moins de 2 minutes

La combinaison d’immersion est un vêtement étanche néoprène ou néoprène renforcé, homologué selon SOLAS Chapitre III, conçu pour maintenir la température corporelle en eau froide pendant une durée suffisante pour permettre le sauvetage. L’homologation SOLAS exige qu’elle maintienne la température corporelle au-dessus du seuil critique pendant au moins 6 heures dans une eau entre 0°C et 2°C — c’est l’ordre de grandeur des essais normalisés, la réalité individuelle variant selon la corpulence, la fatigue et l’étanchéité obtenue. Sans combinaison à 5°C, l’épuisement intervient en 30 à 90 minutes selon le Model Course 1.19 de l’IMO.

L’exigence STCW basic est l’enfilage complet en moins de 2 minutes, seul, capuche relevée. C’est la cible d’entraînement en formation — et c’est atteignable en conditions normales. En conditions réelles (nuit, pont qui gîte, panique), ce chiffre se dégrade vite si tu n’as jamais pratiqué la combinaison nominative du navire.

La séquence d’enfilage correcte :

Identifier et sortir ta combinaison nominative

Chaque combinaison à bord est nominative ou attribuée par taille. Lors du briefing de sécurité à l’arrivée, tu identifies la tienne et son emplacement exact. En urgence, tu n’as pas à chercher — tu sais.

Enfiler les jambes et les bras, tirer la fermeture centrale

Dépose la combinaison à plat, enfile les jambes d’abord, puis les bras. La fermeture centrale étanche se tire depuis la nuque jusqu’au bas du torse. Vérifie que rien n’est coincé dans les joints d’étanchéité.

Sceller les manchettes aux poignets et aux chevilles

Les joints de poignet et de cheville sont les premières zones de fuite thermique si mal serrés. Appuie les manchettes contre ta peau, sans retourner la matière. Une mauvaise étanchéité ici annule une grande partie de la protection thermique.

Relever la capuche et vérifier sifflet et lumière intégrés

La capuche couvre la nuque et le menton, zones de fuite thermique importantes. Vérifie que le sifflet est attaché et que la lumière stroboscopique est présente. Si des flotteurs gonflables sont intégrés à la combinaison, vérifie leur armement.

L’appareil respiratoire isolant (ARI) : principe et limites

L’ARI à circuit ouvert est le standard à bord pour les interventions en atmosphère viciée — principalement la lutte incendie structurelle. Il se compose d’une bouteille d’air comprimé (typiquement 200 ou 300 bar selon le modèle), d’un harnais de portage, d’une soupape à la demande et d’un masque facial étanche. L’air provient de la bouteille, pas de l’ambiance — d’où le terme “isolant” : tu es isolé de l’atmosphère extérieure.

L’autonomie nominale est de l’ordre de 30 à 60 minutes selon le volume de la bouteille et le débit respiratoire. Mais sous effort intense ou stress élevé, la consommation peut doubler facilement. La règle des tiers reste la référence opérationnelle : un tiers de la pression pour progresser vers le foyer, un tiers pour revenir, un tiers de réserve de sécurité. En pratique, tu surveilles le manomètre en continu et tu commences le retrait bien avant le dernier tiers.

Avant tout engagement avec un ARI, trois vérifications ne se négocient pas : lecture de la pression au manomètre (bouteille chargée), test d’étanchéité du masque (tu poses le masque sur ton visage, tu fermes le tuyau d’alimentation et tu inspires — le masque doit se plaquer légèrement sans déformation, aucune fuite audible), et test de fonctionnement de la soupape à la demande (ouverture et fermeture franches, pas de fuite au repos). Sans ces vérifications, tu t’engages aveugle dans un espace enfumé.

Le Code STCW A-VI/3 (Advanced Fire Fighting) impose que tout marin effectuant une intervention en atmosphère viciée soit formé à l’utilisation de l’ARI, à sa mise en œuvre et à ses limitations. Il précise que “l’utilisation d’appareils respiratoires doit inclure les procédures d’entretien et d’inspection” — ce qui fait des vérifications pré-engagement une compétence réglementaire, pas seulement une bonne pratique.

Dans le scénario d’une attaque incendie structurelle, l’ARI est porté par le porte-lance en tête d’équipe. La communication avec l’extérieur est essentielle — un engagement en silence sans chrono ni contact radio expose l’intervenant à un piège en cas d’évolution rapide du sinistre. Pour les détails de l’organisation de l’attaque avec lance, la fiche lances-incendie-organisation couvre ces aspects.

Les EPI complémentaires : casque, gants, chaussures, harnais

Le gilet, la combinaison et l’ARI couvrent les scénarios extrêmes — immersion, incendie. Mais la majorité des accidents à bord surviennent dans les travaux courants : chutes d’objets, glissades, coupures, coincements. Les EPI complémentaires protègent dans cet espace intermédiaire.

Le casque de protection type EN 397 protège contre les chocs et les projections — obligatoire dès que tu travailles sous charge, à quai lors de manutentions, ou dans des zones à risque de chute d’outillage. Les gants varient selon l’activité : gants anti-coupure pour les travaux de pont à la pêche (filets, palangres), gants isolants thermiques pour les interventions en machine chaude, gants en mousse caoutchouc pour les manipulations de produits chimiques ou de solvants. Tes gants de pont ne sont pas tes gants de machine — ce n’est pas un détail.

Les chaussures de sécurité font partie de l’EPI à bord : coque acier ou composite (protection contre l’écrasement), semelle antidérapante hydrocarbure (huile, gazole sur les ponts machine), conformes S1P pour les zones sèches ou S3 pour les zones humides et chantiers exposés. Elles ne sont pas un accessoire de confort — elles figurent dans la liste des EPI obligatoires selon le poste.

Le harnais d’attache (norme EN 358) est obligatoire pour les travaux extérieurs en mer formée : travaux de mature, de proue ou d’arrière sur un pont mouillé. Il se connecte à une ligne de vie fixe ou à un enrouleur anti-chute. La règle est simple : si tu peux tomber à l’eau en travaillant, tu portes le harnais.

La check-list EPI au contrôle mensuel

Sous l’autorité du capitaine, l’équipage procède au contrôle mensuel des équipements de sécurité. Les EPI font partie intégrante de cette vérification, et son résultat est inscrit au registre de sécurité du navire. Ce n’est pas une option — SOLAS Chapitre III l’impose explicitement.

Pour les gilets de sauvetage : peser ou dater la cartouche CO₂ (une cartouche sous-chargée ne gonfle pas correctement), vérifier l’attache du sifflet, tester visuellement la lumière stroboscopique (pile ou activation automatique selon modèle), inspecter le harnais et les sangles (usure, effilochage, boucles), contrôler le marquage MED (présence et lisibilité), et vérifier la date limite d’utilisation portée sur la combinaison de la pastille hydrosoluble — l’humidité saumâtre ou l’embruns répétés peuvent amorcer prématurément un gilet stocké sans protection.

Pour les combinaisons d’immersion : inspection visuelle de l’étanchéité générale (déchirures, perforations, joints de manchettes), état des fermetures étanches (sans corrosion ni blocage), vérification des flotteurs gonflables intégrés si le modèle en possède.

Pour les ARI : lecture de la pression du manomètre (la bouteille doit être à sa pression nominale), état du masque facial (joint de masque souple et intact, sangle non détendue), fonctionnement de la soupape à la demande, étanchéité au test d’inspiration tube fermé, date de la prochaine visite technique annuelle par technicien agréé. Un ARI dont la bouteille n’est pas à pression nominale est hors service — ce n’est pas négociable.

Voir aussi

Techniques individuelles de survie (TIS) en mersecurite

Alerte et décision d'abandon, mise à l'eau, survie en eau froide (hypothermie, HELP, huddle) et signaux de détresse individuels.

Le gilet et la combinaison sont les EPI clés du scénario abandon — connais leur usage pratique en complément de leur entretien.

Pièges classiques à l’oral CMP

Ces pièges reviennent régulièrement dans les passages oraux EPI. Une lecture attentive suffit à ne plus les commettre.

Confondre gilet de sauvetage et brassière flottante. Le gilet de sauvetage (150 N ou 275 N) est conçu pour retourner une personne inconsciente face vers le haut et maintenir la tête hors de l’eau. La brassière flottante offre une flottabilité limitée (50 N ou 100 N) pour des eaux abritées et un utilisateur conscient capable de nager. À bord d’un navire hauturier, la brassière n’est pas un équivalent du gilet — c’est une autre catégorie, pour un autre usage. Si le jury te demande “quel EPI de flottabilité pour la haute mer”, la réponse est le gilet 150 N minimum, pas la brassière.

Oublier la vérification de la pastille hydrosoluble. Beaucoup de candidats décrivent le gilet automatique sans mentionner la pastille. Or c’est l’élément actif — si elle est saturée d’humidité, elle peut amorcer le gilet au mauvais moment ou au contraire ne plus fonctionner après un stockage humide. La vérification mensuelle inclut cet élément, et le jury le sait.

Traiter la combinaison comme un équipement de confort. La combinaison d’immersion est un EPI critique homologué — pas une combinaison de travail, pas un vêtement chaud. Sa durée de protection homologuée à 0-2°C est réglementairement définie par SOLAS Chapitre III. À l’oral, tu cites cette homologation explicitement plutôt que de dire “ça tient chaud longtemps”.

Penser que l’ARI fonctionne sans test d’étanchéité préalable. La faute classique : décrire l’engagement ARI sans mentionner le test masque. Un masque qui fuit en atmosphère enfumée, c’est une inhalation toxique ou asphyxiante. Le test d’inspiration tube fermé est une vérification de deux secondes — le jury le demande systématiquement.

Oublier le marquage MED dans la check-list. Citer les vérifications techniques sans mentionner le marquage MED, c’est passer à côté d’une exigence réglementaire centrale de la Directive 2014/90/UE. Un équipement sans marquage MED sur un navire SOLAS battant pavillon UE est non conforme — ça se signale, ça ne s’utilise pas comme EPI principal.

Considérer les chaussures de sécurité comme hors EPI. Elles figurent dans les EPI obligatoires selon le poste (Code des transports, arrêtés d’application). À la question “liste les EPI du marin de pont”, les chaussures font partie de la réponse — tout comme le casque et les gants.

Sources

Questions fréquentes

Quelle différence entre gilet automatique et gilet manuel ?

Le gilet automatique se gonfle dès le contact avec l'eau via une pastille de sel hydrosoluble ou une pastille hydrostatique (selon modèle) qui libère la goupille de la cartouche CO₂. Avantage : tu n'as rien à faire si tu es inconscient ou en choc thermique. Le gilet manuel se gonfle uniquement quand tu tires sur le percuteur. Avantage : pas de déclenchement intempestif sous une simple douche ou un embruns important. À bord d'un navire de pêche ou de commerce, l'automatique est la règle parce que tu peux tomber inconscient. Le manuel reste utilisé sur certains plaisanciers entrainés.

En combien de temps faut-il pouvoir enfiler une combinaison d'immersion ?

Moins de 2 minutes selon les exigences STCW basic. C'est la cible d'entrainement en formation. À l'embarquement réel, c'est faisable en 90 secondes si tu connais la combinaison de ton navire — ce qui n'est pas garanti si tu l'enfiles pour la première fois dans le noir, sur un pont qui gîte, en pleine panique. Le briefing sécurité d'arrivée à bord doit inclure l'identification de ta combinaison nominative.

Quelle est la durée de protection d'une combinaison d'immersion ?

Une combinaison conforme SOLAS Chapitre III maintient la température corporelle au-dessus du seuil critique pendant au moins 6 heures à une température d'eau entre 0°C et 2°C, selon les essais d'homologation. C'est l'ordre de grandeur — la réalité dépend de ton état physique, de l'étanchéité (poignets et chevilles), et de la consommation d'énergie. Sans combinaison à 5°C, l'épuisement intervient en 30-90 min.

Quelle est l'autonomie d'un ARI à bord ?

Un ARI à circuit ouvert (le standard à bord) utilise une bouteille d'air comprimé typiquement à 200 ou 300 bar. L'autonomie nominale est de l'ordre de 30 à 60 minutes selon le volume de la bouteille et l'effort de l'utilisateur. Mais sous effort intense ou stress, la consommation double facilement. La règle des tiers est l'ancienne convention : un tiers pour aller, un tiers pour revenir, un tiers de réserve. Vérifier le manomètre avant tout engagement et régulièrement pendant l'intervention.

Le marquage MED est obligatoire pour quels EPI ?

Le marquage MED — la barre à roue Directive 2014/90/UE — est obligatoire sur tous les EPI installés ou portés sur navires SOLAS battant pavillon UE : gilets de sauvetage, combinaisons d'immersion, brassières flottantes, ARI fixe et portable, vêtements anti-exposition. Au contrôle mensuel, vérifier la présence du marquage fait partie de la check-list. Un équipement sans MED ne peut pas être considéré comme moyen de sécurité principal sur un navire SOLAS.

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