À retenir
L'essentiel
Les premiers secours maritimes, ce n'est pas seulement connaître la PLS ou la RCP. À bord, tu dois protéger la zone, faire un bilan simple et fiable, alerter la bonne chaîne (CROSS, CCMM), appliquer les gestes vitaux, puis surveiller la victime dans un environnement froid, mobile et parfois loin de tout secours.
- Ordre mental : protéger, bilan ABCDE, alerter, gestes vitaux, surveillance et transmission.
- Détresse immédiate : VHF canal 16 vers le CROSS. Avis médical : CCMM via la chaîne maritime française.
- Inconscient qui respire normalement : PLS, voies aériennes libres, surveillance continue.
- Respiration absente ou anormale : RCP 30 compressions / 2 insufflations si formé, DSA dès que disponible.
- En mer, traite tôt le froid : isoler du pont, couvrir, limiter l'exposition, noter durée d'immersion et évolution.
Sécurité maritime
Bilan ABCDE et chaîne médicale maritime
À bord, le bon geste secouriste vaut surtout parce qu'il déclenche la bonne alerte.
ABCDE en 90 secondes
- A - Airway
Libérer les voies aériennes, retirer ce qui obstrue, bascule prudente de la tête si pas de traumatisme suspect.
- B - Breathing
Regarder, écouter, sentir la respiration. Absente ou anormale : RCP et DSA.
- C - Circulation
Stopper l'hémorragie massive avant tout le reste : compression directe, pansement compressif, garrot si nécessaire.
- D - Disability
État neurologique simple : répond-il ? parle-t-il ? bouge-t-il ? confusion, convulsions, traumatisme crânien.
- E - Exposure
Chercher les lésions sans refroidir la victime. En mer, couvrir tôt et isoler du pont.
Chaîne à bord
Détresse
Danger grave et imminent : Mayday, VHF 16, position, nature, nombre de victimes.
Avis médical
Victime stabilisée mais doute : bilan propre, CCMM via la chaîne maritime.
Règle d'or
Un bon secours à bord, c'est un geste simple + une alerte claire + une surveillance écrite.
Ce que le PSE1 maritime change vraiment
Le PSE1 te donne une méthode de secouriste. Le maritime ajoute trois contraintes : l’isolement, le froid et la chaîne d’alerte spécifique. À terre, tu appelles le 15 ou le 112 et tu attends une équipe qui connaît l’environnement. À bord, tu dois souvent tenir plus longtemps, transmettre un bilan propre, préparer une évacuation possible, et empêcher l’état de la victime de se dégrader pendant que le navire roule, vibre, mouille, fume ou travaille.
Définition
Premiers secours maritimes
Application des gestes de secours en contexte de bord : bilan vital, alerte maritime, gestes immédiats, surveillance, prévention de l’hypothermie, préparation de l’évacuation ou de la téléconsultation médicale. La spécificité n’est pas de réinventer la RCP, mais de l’intégrer à une chaîne opérationnelle en mer.
L’arrêté du 29 juin 2011 sur la formation médicale des personnels embarqués distingue plusieurs unités de valeur : PSC, premiers secours en équipe-mer, hygiène et prévention, soins élémentaires, aide médicale en mer et téléconsultation. Pour un aspirant CMP, l’idée importante est simple : tout marin doit savoir faire les gestes de base et alerter correctement ; certains postes exigent ensuite un niveau médical maritime plus poussé.
Protéger : tu ne rajoutes pas une victime
Avant de toucher la victime, tu regardes le danger. C’est la partie la moins spectaculaire et la plus professionnelle.
Sur un pont : moteur ou treuil encore en mouvement, ligne sous tension, crochet, câble, pont glissant, vague qui embarque, chute possible. En machine : chaleur, électricité, vapeur, gazole, bruit, pièce tournante. Après incendie : fumées, CO, reprise de feu, atmosphère viciée. En espace confiné : danger atmosphérique invisible.
Le premier geste n'est pas toujours sur la victime
Si le câble reste sous tension, si le local est enfumé, si la citerne n’est pas testée, tu ne fais pas du secours : tu entres dans l’accident. Protéger veut dire couper, isoler, baliser, ventiler ou attendre l’équipement adapté avant d’approcher.
Une fois la zone raisonnablement sûre, tu te présentes, tu parles à la victime même si elle semble confuse, tu mets des gants si disponibles et tu demandes de l’aide à bord. Un secouriste seul fait vite des erreurs : un équipier peut apporter la trousse, préparer la VHF, noter les heures, aller chercher le DSA.
Bilan ABCDE : parler court, observer juste
Le bilan ABCDE est une méthode de tri. Il évite de discuter d’une fracture pendant qu’une hémorragie vide la victime, ou de couvrir quelqu’un qui ne respire pas.
A - Airway, voies aériennes. La victime parle ? Les voies aériennes sont ouvertes. Elle ne parle pas, ronfle, gargouille, vomit ? Tu libères prudemment les voies aériennes. Si tu suspectes un traumatisme cervical, tu limites les mouvements, mais tu ne sacrifies jamais la respiration.
B - Breathing, respiration. Regarder le thorax, écouter, sentir. Respiration normale : tu surveilles. Respiration absente ou anormale : RCP. Une respiration agonique, rare et bruyante, n’est pas une respiration efficace.
C - Circulation. Hémorragie massive ? Compression directe immédiate, pansement compressif, garrot si nécessaire et si la situation le justifie. Tu notes l’heure de pose d’un garrot. À bord, une hémorragie de pont peut être aggravée par le froid et le roulis : protège la victime et organise l’aide.
D - Disability, neurologique. La victime répond-elle ? Est-elle confuse ? Convulse-t-elle ? Bouge-t-elle les quatre membres ? Un changement de conscience est une information majeure pour le médecin.
E - Exposure, exposition. Tu cherches les lésions sans refroidir. En mer, une victime mouillée, immobile, sur un pont métallique ou dans le vent perd vite sa chaleur. Tu isoles du sol, tu couvres, tu protèges de l’eau et tu évites de la déshabiller inutilement dehors.
Le bilan qui passe bien à la VHF
Tu dois pouvoir résumer en 20 secondes : “Victime homme, environ 35 ans, chute sur le pont, consciente mais confuse, respire normalement, plaie hémorragique jambe droite comprimée, froid et mouillée, position 48°xx N 004°xx W, besoin avis médical et évacuation possible.” C’est plus utile qu’un roman.
Alerter : CROSS, CCMM, message propre
En mer, l’alerte n’est pas un détail administratif. C’est ce qui transforme ton geste isolé en secours coordonné.
Si la situation est une détresse ou une urgence immédiate, tu passes par la VHF canal 16 et le CROSS : Mayday si danger grave et imminent pour la vie ou le navire, Pan Pan si urgence sérieuse sans détresse immédiate. Depuis le littoral, le 196 permet de joindre les secours en mer, mais à bord la VHF reste le moyen central parce qu’elle alerte aussi les navires autour.
Pour l’avis médical, la France s’appuie sur le Centre de consultation médicale maritime (CCMM) de Toulouse, service de téléconsultation médicale maritime. Selon la situation, le CROSS coordonne avec le CCMM, le SCMM, les moyens d’évacuation ou les navires proches.
Ton message doit contenir :
- nom du navire et position ;
- moyen de contact ;
- nombre de victimes ;
- mécanisme : chute, brûlure, immersion, malaise, intoxication, blessure machine ;
- état ABCDE ;
- gestes déjà faits ;
- matériel disponible à bord ;
- météo locale et contraintes d’évacuation ;
- besoin demandé : avis médical, évacuation, assistance immédiate.
Le CCMM assure pour la France la fonction de téléconsultation médicale maritime. Dans la pratique, plus ton bilan est clair, plus le médecin peut décider vite : soins à bord, déroutement, évacuation ou suivi.
Gestes vitaux : PLS, RCP, DSA, hémorragie
Les gestes PSE1 ne changent pas parce que le pont bouge. Ce qui change, c’est la difficulté à les faire proprement.
PLS. Victime inconsciente qui respire normalement : position latérale de sécurité, voies aériennes libres, bouche orientée vers le sol si vomissement, surveillance de la respiration. À bord, cale la victime pour éviter qu’elle roule avec le mouvement du navire. Couvre-la tôt.
RCP. Victime qui ne respire pas normalement : compressions thoraciques au centre du thorax, rythme 100 à 120 par minute, profondeur 5 à 6 cm chez l’adulte, relâchement complet. Le ratio enseigné en PSE reste 30 compressions / 2 insufflations si tu es formé et équipé ; si insufflations impossibles, compressions continues jusqu’au DSA ou relais.
DSA. Le défibrillateur automatisé externe guide vocalement. Tu sèches rapidement le thorax si la victime est mouillée, tu éloignes l’eau stagnante si possible, tu colles les électrodes, tu laisses l’appareil analyser et tu t’écartes au choc. En mer, l’important est d’ordonner clairement : “Personne ne touche la victime.”
Hémorragie. Compression directe avec protection si possible. Si la compression ne suffit pas ou n’est pas tenable, pansement compressif. Garrot si hémorragie massive d’un membre non contrôlable, avec heure de pose notée et transmise. Un garrot posé ne se desserre pas sans avis médical.
Exemple
Blessure de pont
Un matelot se coupe profondément à la jambe sur un élément métallique. Il parle, respire, mais le sang coule en nappe. Tu ne commences pas par chercher une couverture : compression directe immédiate, appel d’aide, pansement compressif, bilan rapide, alerte avec position et mécanisme. Ensuite seulement tu gères froid, douleur, surveillance et préparation d’évacuation.
Les trois cas maritimes à ne pas rater : noyade, hypothermie, intoxication
Noyade ou quasi-noyade. Après sortie de l’eau, le danger ne disparaît pas. La victime peut respirer mal, tousser, vomir, s’épuiser ou se dégrader secondairement. Tu surveilles la respiration, tu gardes au chaud, tu transmets la durée d’immersion, la température de l’eau si connue, l’état de conscience, la couleur, la toux, et tout changement. Si elle ne respire pas normalement : RCP.
Hypothermie. En mer, tu penses froid très tôt. Isoler du pont, retirer l’eau si possible sans exposition prolongée, couvrir, protéger du vent, manipuler doucement. Une victime hypotherme est fragile : mouvements brutaux, verticalisation rapide ou réchauffement agressif peuvent aggraver l’état. L’objectif du marin secouriste : éviter la perte supplémentaire de chaleur et transmettre correctement.
Intoxication fumée ou gaz. Après incendie, local machine ou espace confiné, pense CO et atmosphère viciée. Tu ne t’exposes pas. Tu évacues vers l’air libre si c’est sûr, tu surveilles conscience et respiration, tu alertes tôt. Une victime confuse après fumée n’est pas “juste paniquée” : elle peut être intoxiquée.
Voir aussi
Alerte et décision d'abandon, mise à l'eau, survie en eau froide (hypothermie, HELP, huddle) et signaux de détresse individuels.
La fiche TIS complète le volet eau froide : choc thermique, HELP, Huddle et signaux individuels.
Surveillance : écrire pour ne pas perdre l’information
Une intervention à bord peut durer. La victime évolue, la fatigue monte, les personnes changent. Si personne ne note, l’information disparaît.
Le minimum à écrire :
- heure de l’accident ;
- heure du premier bilan ;
- état de conscience ;
- respiration ;
- hémorragie ou douleur ;
- température ressentie, immersion, vêtements mouillés ;
- gestes faits et heure ;
- heure d’alerte ;
- consignes reçues du médecin ou du CROSS ;
- évolution toutes les quelques minutes.
Ce carnet improvisé peut être une feuille, un carnet de quart, une note téléphone si c’est fiable. Le support importe moins que la discipline. Quand le médecin demande “depuis quand il est confus ?”, tu dois répondre autre chose que “je ne sais pas, un moment”.
Pièges classiques à l’oral CMP
Mettre tout inconscient en PLS. Non. Inconscient qui respire normalement : PLS. Inconscient qui ne respire pas normalement : RCP et DSA. La respiration décide.
Oublier l’alerte maritime. Le jury attend CROSS, VHF 16, position, CCMM selon le cas. Si tu décris seulement les gestes, tu oublies la spécificité mer.
Faire un bilan trop vague. “Il ne va pas bien” ne sert à rien. ABCDE, état de conscience, respiration, hémorragie, mécanisme, durée d’immersion : voilà ce qui aide.
Négliger le froid. Une victime sortie de l’eau ou allongée sur pont froid perd vite de la chaleur. Le froid n’est pas un confort, c’est un facteur aggravant.
Déplacer une victime sans raison. Sauf danger immédiat, tu évites les mouvements inutiles, surtout après chute, choc, suspicion de traumatisme rachidien ou hypothermie.
Désorganiser le poste. Un secouriste fait les gestes, un autre alerte, un autre apporte trousse/DSA/couverture, un autre note. À bord, la coordination fait partie du secours.