À retenir
L'essentiel
La règle 7 du RIPAM est le pivot entre ce que tu observes (R5) et ce que tu vas faire (R8). Elle te demande de déterminer activement si un risque d'abordage existe — pas juste de regarder passer les navires.
- Méthode officielle : 3 relèvements successifs au compas magnétique, espacés de 5 à 10 minutes.
- Relèvement stable + distance qui diminue = CBDR = risque d'abordage certain.
- Règle du doute intégrée : s'il y a doute, le risque est présumé exister. À toi de prouver le contraire.
- 3 cas du paragraphe (d)(ii) où le relèvement varie sans que le risque disparaisse : très grand navire, train de remorque, courte distance.
Méthode du compas de relèvement
3 mesures successives au compas de relèvement permettent de trancher : risque ou pas. Le principe CBDR (Constant Bearing, Decreasing Range) — relèvement stable + distance qui diminue — confirme le risque d'abordage.
| Situation | Relèvement | Distance | Conclusion |
|---|---|---|---|
| Cas A | Constant (045° / 045° / 045°) | ↘ Diminue | CBDR — risque d'abordage |
| Cas B | Ouverture tribord (045° → 075°) | Variable | Passe devant — pas de risque |
| Cas C | Ouverture bâbord (045° → 030°) | Variable | Passe derrière — pas de risque |
| Cas spécial | Constant + distance stable | Stable | Routes parallèles — surveillance maintenue |
R7(d)(ii) — Cas particuliers : même si le relèvement varie, le risque peut exister face à un très grand navire (cargo, pétrolier), un train de remorque (le câble peut être invisible) ou un navire à très courte distance. En cas de doute, le risque est présumé exister — R7(a).
Règle d'or
Dans le doute, le risque existe. Trois mesures au compas. Jamais une seule.
Évaluer activement — la règle du doute
R7 ne te demande pas d’observer les navires : R5 fait déjà ça. Elle te demande de décider s’il existe un risque d’abordage, avec tous les moyens disponibles. C’est un acte de jugement qui engage ta responsabilité, pas une lecture passive d’instrument.
Tout navire doit utiliser tous les moyens disponibles qui sont adaptés aux circonstances et conditions existantes pour déterminer s’il existe un risque d’abordage. S’il y a doute quant au risque d’abordage, on doit considérer que ce risque existe.
Pas de seuil chiffré dans le texte — et c’est voulu. “Appréciable” est qualitatif, pas numérique. À toi d’interpréter selon la vitesse, la distance, la visibilité. Ce qui est absolu, c’est la règle du doute : si tu hésites, la règle ne te laisse pas le bénéfice du doute.
Le doute n'est pas neutre
Ce n’est pas à l’autre navire de prouver qu’il ne va pas te rentrer dedans. C’est à toi de démontrer que le risque est absent. Dans le doute, tu agis comme si le risque était réel — et tu prends d’autres mesures.
Définition
CBDR — Constant Bearing, Decreasing Range
Acronyme anglo-saxon repris dans toute la marine marchande : relèvement constant, distance qui diminue. C’est la signature d’un risque d’abordage certain. Si tes trois mesures au compas donnent un relèvement quasi-identique et que le navire grossit dans ton paysage, tu es en CBDR. Pas de doute, pas de débat : passe à R8.
La méthode du compas en 3 mesures
C’est la méthode officielle. Celle que l’examinateur attend que tu nommes à l’oral. Trois relèvements, pas un. Toujours au compas magnétique, jamais au gisement.
Première mesure
Pointe le compas de relèvement sur le navire observé. Note l’azimut en degrés magnétiques (de 0 à 360°) et l’heure exacte. Tu peux noter aussi la distance estimée pour t’aider à interpréter la tendance.
Attente 5 à 10 minutes
Plus les navires sont rapides ou proches, plus l’intervalle doit être court pour détecter à temps. À 20 nœuds combinés, 5 minutes suffisent. À 8 nœuds en croisière côtière, 10 minutes te donnent une lecture plus stable.
Deuxième mesure, puis troisième
Même navire, même compas. Trois mesures minimum. Une seule mesure ne te dit rien sur la tendance — R7(c) interdit explicitement de conclure à partir de renseignements insuffisants.
L’interprétation est simple. Relèvement stable + distance qui diminue : CBDR, risque certain, tu passes à R8. Relèvement qui augmente régulièrement : le navire passe devant toi. Relèvement qui diminue régulièrement : le navire passe derrière toi.
Définition
Relèvement vs gisement — la confusion qui plombe l'oral
Relèvement au compas : angle mesuré par rapport au Nord magnétique. Absolu. Indépendant de ton cap. Gisement : angle mesuré par rapport à l’axe de ton navire (0° = proue, 180° = poupe). Relatif. Si tu vires de 20°, le gisement change de 20° même si le navire observé n’a pas bougé. La règle 7(d) parle explicitement de relèvement au compas. Si tu évalues le risque avec le gisement et que tu changes de cap entre deux mesures, ta lecture est faussée.
Réflexe à l'oral CMP
Au compas. Trois mesures. Jamais une seule. Dès qu’un examinateur demande comment tu évalues un risque d’abordage, tu dis “compas de relèvement, relèvement magnétique” — pas gisement, pas œil sur le hauban. Si tu réponds “je regarde si l’angle bouge”, tu perds des points immédiatement.
Exemple
Scénario typique CBDR
Tu observes un cargo sur tribord avant. Tu notes trois relèvements au compas : 042° à 14h00, 043° à 14h05, 042° à 14h10. À l’œil, il grossit nettement dans le paysage. Conclusion : le relèvement ne change pas de manière appréciable et la distance diminue — c’est le cas typique CBDR. À l’oral, tu annonces R7, tu refuses de conclure sur une seule mesure, puis tu enchaînes vers R8 : manœuvre de bonne heure, franche, vérifiée jusqu’à ce que la situation soit claire.
Les pièges du paragraphe (d)(ii)
C’est la clause qui piège le plus à l’oral. R7(d)(ii) dit qu’un risque peut parfois exister même si le relèvement varie de manière appréciable. Trois situations font exception.
1. Très grand navire (cargo, vraquier, pétrolier)
Tu prends ton relèvement sur la proue d’un navire de 200 à 400 m. Elle s’éloigne en azimut — mais tu es en route de collision avec la partie médiane ou la poupe. La longueur du navire crée un “couloir de risque” de plusieurs centaines de mètres. Un relèvement qui s’ouvre sur la proue ne veut pas dire que le milieu du navire passera devant toi.
2. Train de remorque
La tête de remorque — le navire tracteur — peut passer devant toi. Mais le remorqué, séparé de 50 à 200 mètres de câble souvent invisible au radar la nuit, est en route de collision avec toi. Tu prends ton relèvement sur le tracteur, tu vois qu’il passe, et tu te prends le câble ou le remorqué. Piège classique à l’examen, et situation réelle dans les zones de fort trafic.
3. Navire à courte distance
Même si le relèvement change vite, la distance est si faible que tu n’as plus le temps de manœuvrer efficacement. R7(d)(ii) te rappelle qu’à courte portée, tout navire qui s’approche est un risque potentiel, indépendamment de la variation du relèvement.
R7(d)(ii) — Pièges de l'ouverture du relèvement
Dans ces 3 situations, le relèvement varie de manière appréciable — mais le risque d'abordage existe quand même. Ne pas conclure trop vite à la sécurité.
Très grand navire
Train de remorque
Navire à courte distance
Règle du doute — R7(a) : dans ces trois cas, l'ouverture du relèvement n'écarte pas le risque. Si tu as le moindre doute sur la situation, le risque est présumé exister — tu ne bénéficies pas du doute. Agir comme si le risque était réel, passer à R8.
Radar, AIS et autres moyens — ce que dit R7(a) et (b)
Le paragraphe (a) impose “tous les moyens disponibles” — c’est large. Le paragraphe (b) précise pour les navires équipés d’un radar opérationnel : balayage à longue portée, plotting systématique des échos pour déduire CPA et TCPA. L’ARPA automatise ce travail. L’AIS rentre dans “tous les moyens disponibles” de R7(a) et l‘“observation systématique équivalente” de R7(b).
Aucun moyen électronique ne remplace la veille visuelle
Un voilier en fibre, un kayak, un semi-rigide sans transpondeur AIS n’apparaît pas sur ton cartographe. Le radar a ses angles morts (ombre de superstructure, faible réflectivité, clutter de mer). Tu intègres ces moyens à ton évaluation R7 — tu ne t’en remets jamais exclusivement à eux.
R7 dans la cascade RIPAM
R7 est le point de bascule. R5 fournit les données (tu regardes, tu écoutes, tu utilises tout). R6 calibre ta vitesse pour que tu aies le temps d’agir. R7 analyse et décide. Si le risque est confirmé, R8 prend le relais avec la manœuvre.
Cascade RIPAM — la règle 5 déclenche tout le reste
Sans veille, aucune des règles suivantes ne peut s'appliquer.
Veille
Vue + ouïe + moyens. Tu détectes.
Risque d'abordage
Tu évalues si la situation observée crée un risque.
Vitesse de sécurité
Tu adaptes ta vitesse à ce que tu vois et ce que tu pèses.
Brume
R5 intensifiée : veille doublée, tous moyens activés.
Toutes ces règles présupposent R5. Sans veille, le RIPAM ne s'enclenche pas.
Le lien R7 ↔ R6 est direct : si tu vas trop vite, le temps disponible entre la détection du risque et le moment où les navires sont trop proches pour manœuvrer s’effondre. Tu peux être en violation simultanée de R6 et R7 sans t’en apercevoir. Sous R19 (visibilité réduite), R7 reste pleinement applicable — mais le radar devient souvent le seul moyen de détecter les navires.
R7 ne s’arrête pas à l’évaluation. Si tu confirmes le risque, tu passes à R8 sans attendre — c’est la logique de cascade que l’examinateur veut t’entendre articuler.
Voir aussi
La règle 8 du RIPAM : manœuvre franche, précoce, suffisante, perceptible, vérifiée. Cap > vitesse, lien R7 et R18, pièges examen CMP.
L'étape suivante quand R7 a tranché : manœuvre franche, précoce, suffisante.