Aller au contenu
Officier de quart aux jumelles sur la passerelle d'un navire de nuit, instruments allumés en arrière-plan, lumière rouge tamisée — illustration de la veille permanente exigée par le RIPAM
concept Brevet : CMP Niveau 1/3 5 min de lecture

RIPAM règle 5 : la veille, fondement de tout le règlement

Comprends la règle 5 du RIPAM : veille visuelle, auditive et électronique, en permanence. La règle qui déclenche toutes les autres — et qui engage ta responsabilité pénale.

Publié le 29 avril 2026 · Mis à jour le 19 mai 2026 · RIPAM · Veille · AIS · Radar · CMP

La règle en 1 phrase

Tout navire doit en permanence assurer une veille visuelle et auditive appropriée, en utilisant également tous les moyens disponibles qui sont adaptés aux circonstances et conditions existantes, de manière à permettre une pleine appréciation de la situation et du risque d’abordage.

Reformulé : tu regardes, tu écoutes, tu uses de tout ce que tu as à bord — en même temps, tout le temps — pour savoir ce qui se passe autour de toi et estimer si quelqu’un peut te rentrer dedans.

Ce que j’aurais voulu qu’on me dise dès le départ : c’est une règle-cadre. Elle fixe un principe, pas un protocole. Et c’est précisément ce qui la rend piégeuse à l’oral — l’examinateur attend que tu démontres que tu sais l’appliquer concrètement, pas que tu la récites.

Trois canaux, pas un

La règle 5 articule trois obligations distinctes. Elles sont cumulatives — pas alternatives.

Vue. Une vigie humaine capable d’observer à 360°, ou du moins de couvrir les secteurs pertinents selon la situation. Pas seulement devant toi.

Ouïe. Écouter les signaux sonores : corne de brume, signal de détresse, bruit de moteur qui se rapproche, clapotis suspect. Sur mer calme, tu entends beaucoup. Sous le vent avec de la musique à fond dans le cockpit, tu n’entends rien — c’est une violation de R5.

Moyens disponibles. Tout l’équipement à bord adapté à la situation : radar, AIS, sondeur, VHF, paire de jumelles, intensificateur de lumière. Si tu as le radar et que tu ne l’allumes pas, tu violes R5.

Le mot “simultanément” est la clé. L’examinateur qui te demande “est-ce que l’AIS suffit à assurer une veille ?” attend que tu lui répondes non — et que tu expliques pourquoi les trois canaux sont obligatoires en parallèle.

“En permanence” est tout aussi absolu. Il ne s’interrompt pas quand tu descends à la cambuse, quand tu dors sous pilote auto, quand tu es au mouillage dans une baie tranquille. La règle ne te dispense de rien, dans aucune circonstance.

Vue

Vigie visuelle 360°

  • Couverture des secteurs pertinents selon la situation
  • De jour comme de nuit, sans interruption
  • Jumelles et intensificateur si les conditions le commandent

Ouïe

Écoute active

  • Cornes de brume, signaux de détresse, moteurs
  • Fenêtres ouvertes en zone de brume
  • Pas de musique forte dans le cockpit en navigation

Moyens disponibles

Tout l'équipement adapté

  • Radar, AIS, sondeur, VHF, GPS
  • Allumés ET surveillés activement
  • Complément à la vigie humaine, jamais substitut

Les 3 canaux sont simultanés, pas alternatifs. C'est la condition de la veille appropriée selon R5.

Pourquoi le radar et l’AIS ne remplacent pas tes yeux

C’est le point sur lequel beaucoup se font piéger — à l’oral comme en mer réelle.

Le radar est excellent pour détecter les navires métalliques de taille raisonnable. Il voit mal, voire pas du tout : une masse de bois flottant, un nageur, une bouée chavirée, un semi-rigide à faible signature radar, un kayak. Sans compter les zones d’ombre créées par la houle, les fausses échos de mer (sea clutter), et les cibles trop proches du fond d’image.

L’AIS ne voit que les navires équipés d’un transpondeur AIS actif et en fonctionnement. Un pêcheur de 6 mètres sans obligation légale d’emport, un kayak de mer, un semi-rigide de plaisance non équipé : ils n’apparaissent pas sur ton écran. Et même un navire équipé peut avoir son AIS éteint, en panne, ou volontairement coupé.

La VHF est un canal de communication, pas de veille. L’écoute sur le canal 16 est utile mais ne remplace pas l’observation directe.

La conclusion à retenir : l’électronique est un complément aux trois canaux de R5. Elle enrichit la veille, elle ne la remplace pas. Un seul instrument ne constitue jamais une veille appropriée au sens du RIPAM.

Tableau — Moyens de veille (R5) : forces et angles morts

Moyen Ce qu'il voit Ce qu'il rate
Vigie humaine Tout ce qui est dans le champ visuel et audible Limitée par la fatigue, l'attention, les conditions (nuit, brume)
Radar Cibles métalliques de bonne signature, échos d'au moins quelques mètres Bois flottant, nageur, bouée chavirée, semi-rigide à faible signature, zones d'ombre, sea clutter
AIS Navires équipés d'un transpondeur actif et émetteur Navires non équipés (plaisance < seuil SOLAS), AIS éteint, AIS volontairement coupé
VHF (canal 16) Communications volontaires d'autres bateaux Tout ce qui ne s'annonce pas — n'est PAS un outil de veille
Jumelles Détails à plus longue distance Inutiles si tu ne regardes pas dans la bonne direction

Aucun moyen pris isolément ne constitue une veille appropriée. La règle 5 exige le cumul, jamais la substitution.

Jurisprudence 2024 : la règle 5 engage ta responsabilité pénale

L’arrêt de la Cour de cassation du 4 juin 2024 (chambre criminelle, n° 22-87.171) a posé une qualification importante : la règle 5 du RIPAM est une “règle objective, immédiatement perceptible et clairement applicable sans faculté d’appréciation personnelle”.

Ce que ça veut dire concrètement : la règle 5 constitue une “obligation particulière de prudence ou de sécurité” au sens des articles 222-19, 222-20 et R. 625-3 du code pénal. Autrement dit, si tu la violes et qu’une personne subit une atteinte involontaire à son intégrité physique, tu peux être poursuivi pénalement — même si tu n’avais aucune intention de blesser qui que ce soit.

Ce n’est pas là pour te faire peur. C’est là pour que tu comprennes ce que veut dire “tu es responsable à bord”. La règle 5 n’est pas un conseil de bonne conduite maritime. C’est une obligation légale dont la violation a des conséquences réelles, au pénal, en France.

La cascade : R5 déclenche tout

R5 est le point d’entrée de la section II. Sans elle, rien ne s’enclenche : tu ne détectes pas les autres navires (R5), donc tu ne peux pas évaluer le risque d’abordage (R7), donc tu ne peux pas calibrer ta vitesse de sécurité (R6), encore moins exécuter une manœuvre appropriée (R8 à R18). Et quand la visibilité chute, la règle 19 ne fait qu’intensifier cette même exigence de veille — pas en créer une nouvelle.

Voir aussi

Cascade RIPAM — l'enchaînement R5 → R7 → R6 → R19RIPAM

Le RIPAM ne s'applique pas règle par règle isolée : c'est une cascade logique qui démarre à la veille. Sans R5, aucune autre règle ne s'enclenche.

R5 est le 1er cran de la cascade : sans veille, R6 (vitesse de sécurité), R7 (risque d'abordage), R8 (manœuvre) ne peuvent même pas s'enclencher. La cascade entière s'effondre si R5 est défaillante.

Cascade RIPAM — la règle 5 déclenche tout le reste

Sans veille, aucune des règles suivantes ne peut s'appliquer.

R5

Veille

Vue + ouïe + moyens. Tu détectes.

R7

Risque d'abordage

Tu évalues si la situation observée crée un risque.

R6

Vitesse de sécurité

Tu adaptes ta vitesse à ce que tu vois et ce que tu pèses.

R19 cas particulier

Brume

R5 intensifiée : veille doublée, tous moyens activés.

Toutes ces règles présupposent R5. Sans veille, le RIPAM ne s'enclenche pas.

Les pièges à l’oral CMP/BACPN

Ce qui m’a coincé, et ce que je vois revenir en boucle.

Sources

Questions fréquentes

C'est quoi exactement une veille appropriée selon la règle 5 du RIPAM ?

Une veille adaptée aux circonstances : visibilité, trafic, conditions météo, zone de navigation. Le mot "appropriée" engage ta responsabilité — c'est à toi d'apprécier ce qu'il faut faire concrètement, et tu seras jugé là-dessus en cas d'incident.

Le radar ou l'AIS remplacent-ils la vigie visuelle ?

Non. La règle 5 exige les trois canaux simultanément : vue, ouïe, moyens disponibles. Le radar rate les masses non métalliques (bois flottant, nageur, semi-rigide), l'AIS ne voit que les navires équipés et émetteurs. La vigie humaine reste obligatoire en parallèle.

Si je suis seul à bord la nuit, je viole la règle 5 dès que je m'endors ?

Stricto sensu, oui — la règle 5 ne prévoit pas de dérogation pour la navigation en solitaire. En pratique, tu réduis le risque (AIS en alarme, radar avec garde, vitesse réduite), mais la veille continue physique reste une obligation que la jurisprudence ne dispense pas.

Quelle est la différence entre la règle 5 et la règle 7 du RIPAM ?

Règle 5 = obligation de moyens (tu regardes, tu écoutes, tu utilises tous les outils disponibles). Règle 7 = obligation de raisonnement (tu évalues ce que tu as observé pour décider si un risque d'abordage existe). La règle 5 fournit l'information, la règle 7 demande de la traiter.

S'exercer sur ce sujet

Quiz progressif CMP → C500 20 cas

Test du RIPAM

Décider qui est privilégié et quelle manœuvre face à une rencontre : face-à-face R14, croisement R15, rattrapage R13, hiérarchie R18, navire privilégié R17.

  • Identifier la situation
  • Décider
  • Manœuvrer
Lancer l'exercice