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Voilier de plaisance dans une rade encombrée par temps clair de fin d'après-midi, plusieurs cargos à l'ancre et un ferry en arrière-plan — illustration de la règle 6 du RIPAM sur la vitesse de sécurité
concept Brevet : CMP Niveau 1/3 10 min de lecture

RIPAM règle 6 — vitesse de sécurité : les 12 facteurs à connaître

La règle 6 ne donne pas de seuil de vitesse — elle donne 12 facteurs à intégrer. Ce que tu dois retenir pour le CMP, illustré et lié aux règles 5, 7 et 19.

Publié le 29 avril 2026 · Mis à jour le 19 mai 2026 · RIPAM · Vitesse · CMP · Abordage · Radar

Pas de chiffre absolu — c’est voulu

C’est souvent la première frustration quand on découvre la règle 6. On cherche un plafond, un tableau de correspondance, quelque chose de fixe à mémoriser. Ça n’existe pas dans le RIPAM — et c’est délibéré.

La vitesse de sécurité d’un voilier de 8 mètres sortant d’un port par une belle journée n’a rien à voir avec celle d’un cargo de 200 mètres entrant dans un chenal par temps de brume. Même endroit, même moment, vitesse de sécurité radicalement différente. Régler un seuil unique serait absurde, et le texte le sait.

La règle est construite sur une obligation de résultat : ce n’est pas la vitesse qui est réglementée, c’est ta capacité à manœuvrer et à t’arrêter dans les conditions du moment. La vitesse est la conséquence de ton analyse — pas la règle elle-même.

Tout navire doit maintenir en permanence une vitesse de sécurité telle qu’il puisse prendre des mesures appropriées et efficaces pour éviter un abordage et pour s’arrêter sur une distance adaptée aux circonstances et conditions existantes.

— Article 6 du RIPAM — Convention COLREG 1972

À l’oral du CMP, quand un examinateur te demande “à quelle vitesse tu navigues dans la brume à l’entrée du port ?”, la bonne réponse n’est pas “3 nœuds” ou “5 nœuds”. C’est : “à la vitesse qui me permet de m’arrêter dans la distance que je vois, compte tenu du trafic, de la manœuvrabilité de mon bateau et des conditions météo.” Puis tu cites les facteurs pertinents pour le cas donné.

Les 6 facteurs pour tout le monde

Ces six facteurs du paragraphe (a) s’appliquent à tout navire, sans exception. Voilier de 6 mètres comme pétrolier de 300 — même règle, même obligation.

Bloc A — Pour tous les navires (6 facteurs)

Ces facteurs s'appliquent à tout navire, sans exception.

Visibilité

Brume, nuit sans lune, forte pluie : tu dois pouvoir t'arrêter dans ce que tu vois.

Densité du trafic

Plus il y a de monde (zone de pêche, chenal, rade), plus la probabilité d'imprévu monte.

Manœuvrabilité du navire

Voilier de 10 m vs cargo de 200 m : pas la même réponse au frein. Connaître son navire.

Arrière-plan lumineux (de nuit)

Lumières de port, littoral éclairé, éblouissement par tes propres feux dans la brume.

Vent, mer, courant, dangers

Courant fort modifie la distance d'arrêt. Mer formée réduit la stabilité. Écueil = marge réduite.

Tirant d'eau / profondeur

Eau peu profonde = effet de sol, distance d'arrêt augmente, manœuvres contraintes.

Bloc B — Si tu utilises un radar (6 facteurs supplémentaires)

S'ajoutent aux 6 facteurs précédents — le radar n'est jamais une dispense.

Limites de ton radar

Tout radar a une portée, une résolution, un temps de rotation. Radar plaisance ≠ radar commerce.

Échelle de portée utilisée

12 milles ne voit pas les détails à 0,5 mille. 0,5 mille masque les approches rapides lointaines.

Parasites mer / pluie

Houle = échos parasites. Pluie = atténuation. Le radar ne voit pas bien dans le mauvais temps.

Petits objets non détectés

Semi-rigide, container à la dérive, homme à l'eau : invisibles ou presque sur radar.

Nombre, position, mouvements

Plus d'échos = plus de temps d'analyse. Laisse le temps de comprendre la situation.

Évaluation précise de la visibilité

Le radar permet d'estimer la distance d'apparition d'un écho. Affine, ne dispense pas.

La vitesse de sécurité n'est pas une vitesse fixe — c'est celle qui te permet de prendre une action efficace pour éviter l'abordage compte tenu de ces 6 (ou 12) facteurs.

Voilà comment lire ces six facteurs dans la réalité.

La visibilité est le facteur le plus direct : si tu ne vois qu’à 100 mètres, ta distance d’arrêt doit être inférieure à 100 mètres. Si ton bateau met 200 mètres à s’arrêter à ta vitesse actuelle, tu es déjà trop rapide — qu’il y ait ou non quelqu’un devant toi.

La densité du trafic joue sur la probabilité d’un événement inattendu. Dans un chenal de port avec des ferries, des voiliers et des pêcheurs entremêlés, la chance de croiser quelqu’un qui fait un écart augmente considérablement. Ta marge de réaction doit être plus grande.

La capacité de manœuvre de ton navire — et notamment ta distance d’arrêt — est spécifique à ton bateau. Un voilier à faible vitesse avec de la dérive ne réagit pas comme une vedette moteur légère. Connaître comment ton bateau se comporte à l’arrêt, c’est une obligation implicite de la règle 6.

L’arrière-plan lumineux de nuit est un facteur que beaucoup oublient. Les lumières d’un port en arrière-plan peuvent masquer ou retarder la perception des feux de navigation d’un autre navire. Tes propres feux diffusés dans la brume peuvent aussi t’éblouir. De nuit dans ces conditions, tu vois moins bien que tu le crois.

Le vent, la mer, le courant et les risques pour la navigation : un courant fort modifie ta distance d’arrêt effective, une mer formée réduit ta réactivité à la manœuvre, un écueil proche réduit ton espace de dégagement.

Voir aussi

Vent, courant, marée — le triplet qui décide en merRIPAM

Trois forces agissent en permanence sur ta coque. Une seule mal évaluée invalide ton approche, ta route ou ta vitesse. Le triplet le plus structurant de la doctrine maritime.

R6 cite explicitement vent, mer, courant comme facteurs (a) — le triplet est le point d'entrée du raisonnement, à inscrire au carnet de quart avant toute décision.

Le tirant d’eau par rapport à la profondeur disponible intervient principalement sur les gros navires, mais pas seulement. En eau peu profonde, les navires à fort tirant d’eau subissent l’effet de sol : la résistance à l’avancement augmente, les distances d’arrêt s’allongent, les manœuvres sont plus molles.

Le concept central : s’arrêter dans la distance que tu vois

Imagine que tu conduis une voiture dans le brouillard. Tu éclaires à 50 mètres. Si tu allais à 130 km/h, tu ne pourrais jamais freiner à temps si quelque chose apparaissait dans tes phares. Donc tu ralentis jusqu’à ce que ta distance de freinage soit inférieure à ta distance de visibilité.

En mer, c’est exactement le même principe. La distance que tu vois — ou que tu détectes au radar — définit la distance maximale à laquelle tu peux espérer identifier un danger. Ta distance d’arrêt doit être inférieure à cette distance. Sinon, tu navigues en aveugle sur l’obstacle suivant.

Ce que la règle ne dit pas explicitement, mais que la logique commande : si ta visibilité chute à zéro — brume dense —, la seule distance d’arrêt cohérente est quasi nulle. En pratique, ça peut signifier naviguer au minimum syndical ou stopper en attendant une amélioration. La règle 6 ne te force pas à rester au port, mais elle te force à être honnête avec toi-même sur ce que tu peux faire.

Les 6 facteurs radar — pas un permis d’aller plus vite

Le paragraphe (b) ne concerne que les navires qui utilisent un radar opérationnel. Si ton radar est éteint ou en panne, tu n’es tenu qu’aux six facteurs (a) — mais tu perds aussi les informations qu’il te donnerait.

Les six facteurs (b) te demandent d’intégrer : les caractéristiques et limites de ton équipement radar (un radar de plaisance à 300 euros n’a pas les mêmes performances qu’un radar de commerce) ; l’échelle de portée utilisée — zoomer à 0,5 mille pour voir les détails près de toi te prive des approches rapides lointaines ; les effets météo sur la détection (houle forte produit du sea clutter, pluie intense génère des échos parasites) ; les petits objets non détectés, comme un semi-rigide sans réflecteur, un container à la dérive ou un homme à l’eau ; le nombre de cibles simultanées à gérer, qui augmente le temps d’analyse ; et enfin l’évaluation précise de la visibilité par le radar lui-même, outil d’affinage — pas de dispense de jugement.

Ce dernier point est pédagogiquement important : le radar peut t’aider à mesurer ta visibilité réelle en notant à quelle distance un écho devient visible à l’écran. C’est plus précis qu’une appréciation à l’œil. Mais c’est toujours toi qui décides.

R6 vs limites côtières — le 5 nœuds à 300 m

C’est la confusion la plus fréquente à l’oral, avec des conséquences pratiques réelles. La règle 6 et les limitations côtières de vitesse ne sont pas la même chose, ne viennent pas des mêmes textes, et ne s’appliquent pas de la même façon.

CadreSourceApplication
RIPAM règle 6Convention COLREG 1972, décret d’application FRPartout, tout le temps, tous navires — vitesse déterminée par raisonnement en 12 facteurs, pas de seuil fixe
Limite côtière autour de 5 nœuds à 300 m du rivageRègles locales / arrêtés applicables à la zone, à vérifier avant de naviguerZone côtière définie, seuil chiffré fixe ou consigne locale, s’applique en plus de la règle 6 — non substituable

Les deux cadres coexistent. Être à 4 nœuds à 200 mètres du rivage ne t’exonère pas de respecter la règle 6 RIPAM — si les conditions exigent 2 nœuds pour pouvoir t’arrêter à temps, c’est 2 nœuds qu’il faut faire. La limite côtière est un plafond local et fixe. La règle 6 est un raisonnement permanent et contextuel. L’un ne remplace pas l’autre.

La cascade R5 → R6 → R7 → R19

Les règles du RIPAM ne fonctionnent pas en silo. R6 est le pivot entre ce que tu observes et ce que tu vas faire — elle ne peut pas s’appliquer sans les données fournies par R5, et elle conditionne l’efficacité de R7.

Cascade RIPAM — la règle 5 déclenche tout le reste

Sans veille, aucune des règles suivantes ne peut s'appliquer.

R5

Veille

Vue + ouïe + moyens. Tu détectes.

R7

Risque d'abordage

Tu évalues si la situation observée crée un risque.

R6

Vitesse de sécurité

Tu adaptes ta vitesse à ce que tu vois et ce que tu pèses.

R19 cas particulier

Brume

R5 intensifiée : veille doublée, tous moyens activés.

Toutes ces règles présupposent R5. Sans veille, le RIPAM ne s'enclenche pas.

R5 fournit les données : tu regardes, tu écoutes, tu utilises ton radar et ton AIS. Sans veille, tu ne peux pas calibrer ta vitesse en fonction de la réalité du trafic et des conditions. R6 utilise ces données pour décider à quelle allure naviguer — c’est le premier acte de gestion du risque, en amont de toute situation concrète. R7 évalue ensuite si une situation se développe, mais son efficacité dépend directement de R6 : si tu vas trop vite, tu n’as plus le temps de faire le raisonnement de R7 avant d’être trop proche. R19, enfin, renforce R6 dans les conditions dégradées — visibilité, radar et distance d’arrêt deviennent les facteurs dominants.

Voir aussi

Cascade RIPAM — l'enchaînement R5 → R7 → R6 → R19RIPAM

Le RIPAM ne s'applique pas règle par règle isolée : c'est une cascade logique qui démarre à la veille. Sans R5, aucune autre règle ne s'enclenche.

La cascade détaillée en 4 crans avec le piège classique : sauter directement à la règle de barre sans la dérouler.

Pièges à l’oral CMP

Quatre erreurs reviennent systématiquement. Les identifier avant l’examen, c’est déjà les éviter.

Le chiffre sorti sans raisonnement. “La vitesse de sécurité, c’est 5 nœuds.” Non. Aucun chiffre dans la règle 6. Si tu lâches un seuil sans expliquer le raisonnement, l’examinateur creuse immédiatement. Ce qu’il veut entendre : tu décris les facteurs appliqués au cas concret posé.

L’oubli de la distance d’arrêt de son propre navire. La règle 6 la cite explicitement. La connaître pour ton bateau est une obligation implicite. Beaucoup de candidats citent les facteurs mais n’ont jamais réfléchi à comment leur propre unité se comporte à l’arrêt.

La mise en situation typique de l’examinateur : “tu entres dans une rade encombrée, brume légère — qu’est-ce que tu fais ?” Il attend que tu cites 4-5 facteurs (a) appliqués au cas, que tu mentionnes la cascade R5 → R6, et que tu n’annonces aucun chiffre avant d’avoir raisonné. C’est l’application concrète qui prime sur la mémorisation littérale.

Sources

Questions fréquentes

Quelle est la vitesse de sécurité réglementaire ?

Il n'y en a pas — c'est tout l'esprit de la règle 6. La vitesse de sécurité est un raisonnement à partir de 12 facteurs (visibilité, trafic, manœuvrabilité du navire, conditions météo, profondeur, et 6 facteurs supplémentaires si tu as un radar). Pas de seuil chiffré dans le RIPAM.

Le 5 nœuds à 300 m du rivage, c'est la règle 6 RIPAM ?

Non. C'est une limite côtière pratique et réglementaire, généralement fixée à moins de 300 m du rivage et à vérifier dans la zone où tu navigues. Elle est distincte de la règle 6 RIPAM : même sous ce plafond local, tu dois encore adapter ta vitesse aux conditions réelles.

Si je n'ai pas de radar, les 6 facteurs (b) ne me concernent pas ?

Exact — le paragraphe (b) ne s'applique qu'aux navires équipés et utilisant un radar opérationnel. En revanche, les 6 facteurs (a) s'appliquent à tout le monde, sans exception, voilier comme cargo.

Comment l'examinateur teste la règle 6 à l'oral du CMP ?

Souvent par mise en situation : 'tu entres dans une rade encombrée, brume légère, qu'est-ce que tu fais ?' Il attend que tu cites au moins 4-5 facteurs (a) appliqués au cas, pas que tu récites les 12 dans l'ordre du texte. L'application concrète prime sur la mémorisation littérale.

S'exercer sur ce sujet

Quiz progressif CMP → C500 20 cas

Test du RIPAM

Décider qui est privilégié et quelle manœuvre face à une rencontre : face-à-face R14, croisement R15, rattrapage R13, hiérarchie R18, navire privilégié R17.

  • Identifier la situation
  • Décider
  • Manœuvrer
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