À retenir
L'essentiel
La règle 22 du RIPAM fixe les portées lumineuses minimales de chaque feu de navigation selon la longueur du navire. Elle répond à une seule question : à quelle distance ce feu doit-il être visible ? Elle ne définit ni les couleurs (règle 21) ni qui doit porter quoi (règles 23 à 31).
- Navires ≥ 50 m : feu de mât 6 milles, feux de côté et poupe 3 milles, feu tout-horizon 3 milles.
- Navires 12 à < 50 m : feu de mât 5 milles — MAIS 3 milles seulement si la longueur est inférieure à 20 m. C'est le piège récurrent à l'examen.
- Navires < 12 m : feu de mât 2 milles, feux de côté 1 mille (la plus petite portée de tout le règlement), poupe et tout-horizon 2 milles.
- Objet remorqué peu apparent ou partiellement submergé : feu blanc tout-horizon d'une portée de 3 milles — même portée qu'un grand navire.
Règle d'or
Le feu de mât porte toujours le plus loin — c'est par lui qu'on détecte un navire à l'horizon avant de voir quoi que ce soit d'autre.
Les portées minimales selon la longueur du navire
La règle 22 répartit les navires en trois tranches de longueur et fixe pour chaque tranche la portée minimale de chaque type de feu. Ces portées sont mesurées de nuit, par atmosphère claire. Elles s’appliquent à tout navire soumis au RIPAM, quelle que soit sa nationalité ou son pavillon.
| Longueur | Feu de mât | Feux de côté | Feu de poupe | Tout-horizon |
|---|---|---|---|---|
| ≥ 50 m | 6 milles | 3 milles | 3 milles | 3 milles |
| 20 m ≤ L < 50 m | 5 milles | 2 milles | 2 milles | 2 milles |
| 12 m ≤ L < 20 m | 3 milles | 2 milles | 2 milles | 2 milles |
| < 12 m | 2 milles | 1 mille | 2 milles | 2 milles |
La règle 22(b) regroupe les navires de 12 à moins de 50 m en une seule tranche, mais prévoit une exception explicite : « 5 milles pour le feu de mât, 3 milles si la longueur est inférieure à 20 mètres ». Concrètement, ça donne deux sous-cas dans la même tranche. Le tableau ci-dessus les sépare pour la clarté, mais retiens bien que c’est un seul alinéa dans le texte.
Cas particulier : l’objet remorqué peu apparent ou partiellement submergé
La règle 22 prévoit un alinéa séparé pour ce cas. Un objet de ce type — tronc d’arbre, cargaison flottante, épave partielle — doit porter un feu blanc visible sur tout l’horizon (360°) d’une portée de 3 milles. C’est la portée la plus élevée du règlement pour un feu tout-horizon.
Piège numéro un : la coupure à 20 m dans la tranche 12-50 m
L’examinateur adore poser un navire de 14 m ou de 17 m. Ces navires sont dans la tranche 12-50 m — mais leur feu de mât n’est qu’à 3 milles, pas 5. La portée de 5 milles commence à 20 m, pas à 12 m. Si tu mémorises juste “12-50 m = 5 milles”, tu répondras faux à la moitié des questions sur cette tranche.
Voir aussi
Comprends la R23 du RIPAM : feu de mât, feux de côté, feu de poupe et portées selon la longueur. Identifier un R23 de nuit pour le CMP.
Quels navires portent un feu de mât, à quelle hauteur, et dans quelles configurations.
Portée lumineuse ou portée géographique ?
La règle 22 fixe des portées lumineuses minimales. La portée lumineuse d’un feu, c’est la distance à laquelle son intensité suffit à le distinguer du fond lumineux ambiant — atmosphère claire, nuit noire, observateur avec deux yeux. C’est une propriété de la lampe et de l’optique du feu, définie par l’Annexe I §8 du COLREG.
La portée géographique, c’est autre chose : c’est la limite imposée par la courbure terrestre. Même si le feu est assez puissant pour être vu à 20 milles, il disparaît derrière l’horizon dès que la distance dépasse ce que la géométrie autorise. Cette limite dépend de deux hauteurs : celle du feu au-dessus de l’eau et celle de l’œil de l’observateur.
Portée lumineuse vs portée géographique (R22 RIPAM)
Un feu possède deux portées distinctes. La R22 fixe la portée lumineuse minimale selon la longueur du navire. La portée géographique dépend de la géométrie de l'horizon et de votre hauteur d'œil.
La R22 fixe une portée lumineuse minimale garantie : 6 milles pour le feu de mât d'un navire de 50 m ou plus. Mesurée de nuit, atmosphère claire, indépendamment de la courbure de la Terre.
La coque disparaît la première derrière l'horizon. Le feu de mât, plus haut, reste visible plus longtemps. Plus votre hauteur d'œil est grande, plus vous "voyez loin" géographiquement.
Synthèse — quelle portée prime ?
- La R22 garantit une portée lumineuse minimale selon la longueur du navire — par exemple, 6 milles pour le feu de mât d'un navire de 50 m ou plus.
- La portée géographique réelle peut être inférieure si votre hauteur d'œil est faible. La courbure de la Terre masque alors le feu avant que la distance lumineuse soit atteinte.
- Le feu de mât est souvent le premier détecté à l'horizon — sa hauteur lui confère la plus grande portée géographique parmi les feux de navigation.
Portées mesurées de nuit, atmosphère claire. La visibilité réelle peut être réduite par le brouillard, la pluie ou la pollution lumineuse.
Définition
Portée lumineuse
Distance maximale à laquelle un feu peut être détecté par atmosphère claire, déterminée par l’intensité lumineuse de la source. La règle 22 fixe des valeurs minimales de portée lumineuse pour chaque type de feu.
Définition
Portée géographique
Distance maximale imposée par la courbure terrestre, fonction de la racine carrée de la hauteur du feu et de la hauteur d’œil de l’observateur. Indépendante de l’intensité du feu.
En pratique, pour les petits navires de plaisance, la portée géographique est souvent le facteur limitant. Un feu de mât à 2 m de hauteur sur un voilier de 8 m a une portée géographique d’environ 5 à 6 milles depuis un cockpit — ce qui dépasse rarement les 2 milles réglementaires. Mais si ton feu est faible, dégradé ou mal orienté, c’est la portée lumineuse qui flanche en premier.
Comment les distinguer à l'examen
La question porte sur la règle 22 → c’est la portée lumineuse. La question porte sur l’horizon ou la hauteur d’œil → c’est la portée géographique. Les deux ne se confondent jamais dans le texte réglementaire.
Pourquoi le feu de mât porte le plus loin
Dans chaque tranche de longueur, le feu de mât a toujours la portée la plus élevée — ou à égalité avec elle. Sur un grand navire (≥ 50 m), c’est 6 milles contre 3 milles pour tous les autres feux. Sur un petit navire (< 12 m), c’est 2 milles pour le mât contre 1 mille pour les feux de côté.
La logique est opérationnelle : le feu de mât est celui qui annonce la présence d’un navire à longue distance, avant que son cap ou son abord soient identifiables. Les feux de côté (rouge et vert) permettent de lire le cap relatif, mais seulement quand on est déjà à portée raisonnable. Le mât, lui, sert à détecter.
Dans un scénario nocturne réel, c’est souvent la séquence suivante : tu vois un point blanc apparaître à l’horizon — c’est le feu de mât. Deux ou trois milles plus tard, les feux de côté deviennent visibles. C’est à ce moment-là seulement que tu peux identifier l’angle d’approche et appliquer une règle de barre. La portée du feu de mât te donne ce temps d’anticipation.
Exemple
Détection à 6 milles — le feu de mât comme signal d'alerte
Tu fais le quart de nuit à la barre. Conditions : atmosphère claire, pas de lune. À l’horizon, un point blanc apparaît sur ton avant tribord — c’est un feu de mât de grand navire (≥ 50 m), potentiellement à 6 milles. Ses feux de côté ne sont pas encore visibles. Tu ne connais pas encore son cap. Ce que tu sais déjà : il y a un navire là-bas, et dans 10 à 15 minutes, ses feux de côté deviendront lisibles. Tu commences à surveiller le gisement — s’il reste fixe, le risque d’abordage est réel (règle 7). Le feu de mât t’a donné l’avance.
Le feu de mât annonce la présence. Les feux de côté lisent le cap. L’un sans l’autre ne suffit pas pour naviguer la nuit.
Pièges examen sur les portées
Quelques formulations qui reviennent souvent dans les QCM et à l’oral du CMP.
Piège 2 : confondre feu de poupe et feu de côté pour les navires < 12 m
Pour les navires de moins de 12 m, le feu de poupe est à 2 milles — comme les navires plus grands. Mais le feu de côté tombe à 1 mille. Cette asymétrie surprend parce qu’on s’attend à ce que tout descende ensemble. Ce n’est pas le cas : le feu de poupe reste à 2 milles même pour les petits navires.
Piège 3 : croire que la portée géographique est fixée par la R22
La règle 22 ne fixe que des portées lumineuses. Elle ne dit rien sur l’horizon, la hauteur d’œil ou la météo. Si un QCM te demande “à quelle distance peut-on voir un feu selon la R22”, la réponse est la portée lumineuse minimale réglementaire — pas une valeur calculée depuis la hauteur du mât.
Piège 4 : oublier le feu de l'objet remorqué
Le feu blanc tout-horizon à 3 milles pour l’objet remorqué peu apparent est souvent ignoré lors de la révision. La règle 22 lui consacre pourtant un alinéa distinct. À l’oral, si l’examinateur te parle d’une remorque avec un objet semi-submergé, pense à ce feu — et à sa portée de 3 milles, identique aux grands navires.
Mémo portées par taille de navire
Retiens la série du feu de mât : 6 — 5 — 3 — 2. C’est la portée pour ≥ 50 m, 20-50 m, 12-20 m, et < 12 m. Pour les feux de côté : 3 — 2 — 2 — 1 (même découpage). Pour la poupe et le tout-horizon : 3 — 2 — 2 — 2. Le seul cas où la poupe et le tout-horizon restent à 2 pour les < 12 m alors que le côté tombe à 1 mille, c’est le seul chiffre 1 de tout le tableau — ça aide à le mémoriser.
Voir aussi
Feu de mât 225° blanc, feux de côté 112,5° vert/rouge, feu de poupe 135° blanc, feu de remorquage jaune, tout-horizon 360°, feu à éclats : le vocabulaire de base.
Secteurs angulaires et couleurs de chaque type de feu — ce que la R22 ne définit pas.
Les portées de la règle 22 sont une donnée fixe que tu dois connaître par cœur pour l’examen. Mais leur intérêt opérationnel dépasse le QCM : comprendre pourquoi le feu de mât porte plus loin, et ce que ça implique pour la détection nocturne, c’est ce qui distingue un candidat qui récite d’un marin qui raisonne.