À retenir
L'essentiel
Les règles 34 et 35 parlent toutes les deux de sons, mais pas du même moment. R34 sert à annoncer une manœuvre ou un avertissement quand les navires sont en vue. R35 sert en visibilité réduite, pour signaler ta présence et ton type de navire à intervalles réguliers.
- R34 : 1 bref = je viens sur tribord ; 2 brefs = je viens sur bâbord ; 3 brefs = je bats en arrière ; 5 brefs rapides ou plus = doute ou danger.
- R35 : 1 prolongé = moteur avec erre ; 2 prolongés = moteur stoppé sans erre ; 1 prolongé + 2 brefs = voilier, pêche, NMS, CMR, ATD ou remorqueur.
- Le piège n'est pas de mémoriser les sons : c'est de choisir d'abord le bon contexte, en vue ou en brume.
- En chenal étroit, R34 ajoute les signaux de dépassement et le son prolongé avant un coude masqué.
Règle d'or
Contexte d'abord, son ensuite : en vue = R34 ; visibilité réduite = R35.
Le piège : R34 et R35 ne parlent pas du même moment
Les signaux sonores RIPAM ont l’air simples quand tu les récites en liste. En situation, ils deviennent vite piégeux parce que le même type de son peut changer de sens selon le contexte.
Un son bref isolé, quand deux navires à propulsion mécanique se voient, signifie : je viens sur tribord. Mais dans la brume, tu ne raisonnes plus comme ça. Tu n’annonces pas un petit changement de route à quelqu’un que tu ne vois pas. Tu émets les signaux de présence de la règle 35, à intervalle régulier, parce que l’autre navire doit d’abord comprendre qu’il y a quelqu’un quelque part dans la zone.
La méthode sûre est donc très courte :
Est-ce qu'on est en vue ?
Si les navires se voient, tu peux penser R34 : manœuvre, doute, dépassement en chenal, coude masqué.
Est-ce que la visibilité est réduite ?
Si vous n’êtes pas en vue à cause de la brume, de la pluie forte, de la neige ou d’un grain, tu passes en R35 : signaux de brume.
Quel type de navire parle ?
En R35, le signal dépend de la situation du navire : moteur avec erre, moteur stoppé, voilier, pêche, remorque, mouillage, échouement.
Le mauvais réflexe à l'oral
Ne réponds pas directement “un son = tribord” dès que l’examinateur parle d’une corne. Demande-toi d’abord si les navires sont en vue. Sans cette étape, tu mélanges R34 et R35.
R34 : quand les navires se voient
R34 est la règle des signaux de manœuvre et d’avertissement. Elle sert principalement quand des navires à propulsion mécanique sont en vue l’un de l’autre et que l’un annonce ce qu’il fait.
Les trois signaux de base sont ceux que tu dois sortir sans hésiter :
- 1 son bref : je viens sur tribord.
- 2 sons brefs : je viens sur bâbord.
- 3 sons brefs : je bats en arrière, c’est-à-dire que mon appareil propulsif fonctionne en arrière.
Le troisième est souvent mal formulé. Ce n’est pas “je recule” comme une voiture. En mer, surtout avec de l’erre, le navire peut encore avancer pendant que la machine bat en arrière. La bonne formulation pour l’oral est : je fais fonctionner ma propulsion en arrière.
R34 contient aussi le signal de doute ou de danger : au moins cinq sons brefs et rapides. Tu l’utilises si tu ne comprends pas l’intention de l’autre navire ou si tu doutes que sa manœuvre suffise. Ce n’est pas un klaxon d’humeur ; c’est un signal réglementaire. Il dit : “là, je ne suis pas certain que la situation soit maîtrisée”.
Mémo R34
1 bref = tribord. 2 brefs = bâbord. 3 brefs = arrière. 5 brefs rapides = je ne comprends pas / danger.
Tableau complet R34/R35
Le tableau ci-dessous regroupe les signaux à connaître pour une fiche CMP. Utilise-le comme un outil de diagnostic : commence toujours par lire la colonne “contexte”.
R34 / R35
Signaux sonores à ne pas confondre
R34 - manœuvre et avertissement
| Contexte | Signification | Signal | Rythme |
|---|---|---|---|
| Navires à propulsion mécanique en vue | Je viens sur tribord | | au besoin |
| Navires à propulsion mécanique en vue | Je viens sur bâbord | | au besoin |
| Navires à propulsion mécanique en vue | Je bats en arrière Le texte vise l'appareil propulsif qui fonctionne en arrière. | | au besoin |
| Doute ou danger | Je ne comprends pas ta manœuvre, ou elle me semble insuffisante Au moins cinq sons brefs et rapides. | | au besoin |
| Coude ou obstacle dans un chenal | J'approche d'une zone masquée Le navire qui entend répond par un son prolongé. | | au besoin |
R34 - dépassement en chenal étroit
| Contexte | Signification | Signal | Rythme |
|---|---|---|---|
| Dépassement en chenal | Je veux te dépasser sur ton tribord | | au besoin |
| Dépassement en chenal | Je veux te dépasser sur ton bâbord | | au besoin |
| Réponse du navire rattrapé | Accord pour le dépassement | | au besoin |
R35 - visibilité réduite
| Contexte | Signification | Signal | Rythme |
|---|---|---|---|
| Propulsion mécanique avec erre | Je fais route dans la brume | | 2 min max |
| Propulsion mécanique stoppée sans erre | Je suis en route, mais arrêté sur l'eau Les deux sons prolongés sont séparés d'environ deux secondes. | | 2 min max |
| Voilier, pêche, NMS, CMR, ATD, remorqueur | Navire à capacité de manœuvre particulière ou limitée | | 2 min max |
| Dernier navire remorqué, si habité | Je suis remorqué À émettre si possible après le signal du remorqueur. | | 2 min max |
| Navire au mouillage | Je suis ancré Cloche rapide environ cinq secondes ; gong à l'arrière si le navire mesure 100 m ou plus. | | 1 min max |
| Navire échoué | Je suis échoué Trois coups de cloche distincts avant et après la volée rapide. | | 1 min max |
R35 : quand la visibilité tombe
R35 s’applique quand tu navigues en visibilité réduite. Le but n’est plus d’annoncer une petite manœuvre à un navire que tu vois. Le but est de rendre ton navire détectable à l’oreille et de donner une information minimale sur ta catégorie.
Le rythme fait partie de la règle. Pour les navires en route, les signaux se répètent à intervalles de deux minutes au maximum. Pour un navire au mouillage ou échoué, le rythme passe à une minute au maximum.
Les trois signaux les plus testés sont :
- 1 son prolongé toutes les deux minutes au maximum : navire à propulsion mécanique faisant route avec erre.
- 2 sons prolongés séparés d’environ deux secondes, toutes les deux minutes au maximum : navire à propulsion mécanique en route, mais stoppé et sans erre.
- 1 son prolongé + 2 sons brefs toutes les deux minutes au maximum : voilier, navire en pêche, navire non maître de sa manœuvre, navire à capacité de manœuvre restreinte, navire handicapé par son tirant d’eau, ou navire qui remorque ou pousse.
Le troisième signal est volontairement large. À l’oreille, tu ne peux pas distinguer un voilier d’un pêcheur actif ou d’un remorqueur sur ce seul signal. Tu sais seulement qu’il ne s’agit pas du simple moteur avec erre.
Voir aussi
Comprends la règle 19 du RIPAM : précautions à prendre dans la brume, manoeuvres à éviter au radar, signaux sonores. Préparé pour le CMP, le BACPN et le C200.
R35 donne les signaux ; R19 donne la conduite à tenir dans la brume : vitesse de sécurité, veille renforcée, radar, réduction ou arrêt si le signal est entendu sur l'avant.
Voilier en brume : pas de privilège automatique
Un voilier qui émet 1 prolongé + 2 brefs en visibilité réduite ne devient pas intouchable. En R19, la logique privilégié / non-privilégié ne s’applique plus comme en visibilité normale : tout le monde manœuvre avec prudence.
Chenal étroit : dépassement et coude masqué
R34 a deux usages très pratiques dans les chenaux étroits.
Premier cas : le dépassement. Si tu veux rattraper un autre navire dans un chenal et que le dépassement exige sa coopération, tu annonces de quel côté tu veux passer :
- 2 sons prolongés + 1 bref : je veux te dépasser sur ton tribord.
- 2 sons prolongés + 2 brefs : je veux te dépasser sur ton bâbord.
- 1 prolongé + 1 bref + 1 prolongé + 1 bref : le navire rattrapé répond qu’il est d’accord.
Attention à la formulation : “sur ton tribord” signifie le tribord du navire rattrapé, pas ton propre tribord à toi. C’est un piège classique quand on répond vite.
Deuxième cas : le coude ou l’obstacle. Quand tu approches d’un coude, d’une zone masquée ou d’un passage où un autre navire peut être caché, tu émets un son prolongé. Si un navire de l’autre côté l’entend, il répond lui aussi par un son prolongé.
Voir aussi
La règle 9 du RIPAM : navigue sur tribord, voilier et <20m ne gênent pas, signaux sonores R34(d), R9 prime sur R18. Niveau CMP et C200.
Les signaux de dépassement et de coude masqué sont à relier à R9 : dans un chenal étroit, le statut du navire ne suffit pas, la contrainte de chenal prime.
Méthode orale CMP : identifier le contexte avant le son
À l’oral, l’examinateur ne cherche pas seulement à savoir si tu as appris la liste. Il veut voir si tu sais l’utiliser dans une situation.
Réponse type pour ne pas te faire enfermer :
Je qualifie la visibilité
Si les navires sont en vue, je peux appliquer les signaux de manœuvre R34. Si la visibilité est réduite et que nous ne sommes pas en vue, je bascule sur R35.
Je qualifie le navire
En R35, je regarde si le navire est moteur avec erre, moteur stoppé, voilier, pêche, remorque, mouillé ou échoué.
Je donne le signal et son rythme
Je ne donne pas seulement “1 long” ou “2 longs”. Je précise l’intervalle : deux minutes maximum en route, une minute maximum au mouillage ou échoué.
Je relie à la conduite
Si je suis dans la brume, je rattache à R19 : vitesse de sécurité, veille, machine parée, prudence extrême si j’entends un signal sur l’avant.
Cette structure évite la réponse mécanique. Elle montre que tu sais naviguer dans le règlement, pas seulement réciter une antisèche.
Mini-cas d’entraînement
Cas 1. Tu vois un navire à moteur qui vient franchement sur tribord et il émet un son bref.
Réponse : contexte en vue, donc R34. Un son bref signifie : “je viens sur tribord”. Tu surveilles que la manœuvre est franche et suffisante.
Cas 2. Dans la brume, tu entends deux sons prolongés espacés, puis plus rien pendant moins de deux minutes.
Réponse : R35. Navire à propulsion mécanique en route, stoppé et sans erre. Tu appliques R19 : vitesse de sécurité, veille renforcée, prudence maximale si le signal est sur l’avant.
Cas 3. Dans un chenal, tu veux dépasser un navire par son bâbord et tu as besoin qu’il coopère.
Réponse : R34 chenal. Tu émets deux sons prolongés suivis de deux sons brefs. Tu attends l’accord : un prolongé, un bref, un prolongé, un bref.
Cas 4. Tu entends dans la brume un son prolongé suivi de deux sons brefs.
Réponse : R35. Tu ne peux pas dire précisément “c’est un voilier”. C’est peut-être un voilier, un pêcheur, un remorqueur, un NMS, un CMR ou un ATD. Tu gardes l’information utile : navire à capacité de manœuvre particulière ou limitée.
Pièges classiques
Piège 1 — confondre bref et prolongé
Un son bref dure environ une seconde. Un son prolongé dure environ quatre à six secondes. En fiche de révision, beaucoup écrivent “court” et “long” ; à l’oral, préfère “bref” et “prolongé”.
Piège 2 — oublier l'intervalle
R35 n’est pas seulement une séquence sonore. C’est aussi un rythme : deux minutes maximum pour les navires en route, une minute maximum pour les navires au mouillage ou échoués.
Piège 3 — croire que 5 brefs rapides = détresse
Non. Cinq brefs rapides ou plus, c’est le doute ou le danger en R34. La détresse relève de R37 et de l’annexe IV : MAYDAY, signaux pyrotechniques, pavillon NC, fumigène orange, EPIRB, etc.
Piège 4 — donner une catégorie trop précise en brume
1 prolongé + 2 brefs ne permet pas d’identifier sûrement un voilier. C’est un groupe de catégories. Ne surinterprète pas le son.
Sources et limites
Cette fiche résume R34 et R35 pour la révision CMP. Pour une navigation réelle ou une préparation avancée C200/C500, reviens toujours au texte officiel du RIPAM et à l’édition SHOM en vigueur.
Les durées de sons indiquées ici reprennent les définitions usuelles du RIPAM : son bref autour d’une seconde, son prolongé autour de quatre à six secondes. Le détail technique des appareils de signalisation sonore dépend des annexes et de la taille du navire ; ce n’est pas l’objectif de cette fiche.
Voir aussi
MAYDAY, SOS, fusées rouges, fumigène orange, pavillon NC, EPIRB et signaux interdits hors détresse : la liste R37 expliquée pour le CMP.
Étape suivante logique : ne pas confondre le signal de doute R34 avec les vrais signaux de détresse R37 et Annexe IV.