À retenir
L'essentiel
Le privilège ne se constate pas, il se démontre. Avant d'appliquer R15, quatre contrôles doivent tomber : le risque d'abordage existe, la rencontre est bien un croisement, les deux navires sont à propulsion mécanique, et aucune règle ne suspend la hiérarchie. Le bord de vision arrive en dernier.
- Sans risque d'abordage, personne n'est privilégié — R15 ne joue que si les routes se croisent « de telle sorte qu'il existe un risque d'abordage » (R7 pour l'établir).
- Le gisement décide du type de rencontre : au-delà de 22,5° sur l'arrière de ton travers, c'est R13 — et R13 d) fige ce statut même si le relèvement évolue ensuite.
- R15 ne joue qu'entre deux navires à propulsion mécanique. Voile, pêche, capacité restreinte, navire non maître de sa manœuvre : c'est R18 qui tranche.
- Chenal étroit, dispositif de séparation, rattrapage : le préambule de R18 les fait primer. Brume et navires qui ne se voient pas : R19, ni privilégié ni non-privilégié.
- Le contrôle se refait en continu : tant que tu n'es pas tout à fait paré et clair, la situation peut changer de nature.
Vérifier le privilège — les cinq contrôles, dans l'ordre
Le privilège n'est pas un statut qu'on a : c'est une conclusion qu'on démontre.
- 1
Y a-t-il vraiment un risque d'abordage ?
→Relèvement au compas qui ne change pas de manière appréciable → risque (R7 d) i). En cas de doute, on considère que le risque existe (R7 a).
!Pas de risque d'abordage → pas de situation, donc personne n'est privilégié. Tu continues la veille.
- 2
Quelle situation de rencontre ?
!Il vient de plus de 22,5° sur l'arrière de ton travers → c'est un rattrapage (R13). Le rattrapant s'écarte, et ça ne change plus jusqu'à ce qu'il soit tout à fait paré et clair (R13 d).
!Routes directement opposées → R14. Les deux viennent sur tribord : personne n'est privilégié.
→Ni l'un ni l'autre → c'est bien un croisement, R15 reste candidate.
- 3
Les deux navires sont-ils à propulsion mécanique ?
!Un voilier sous voile, un navire en train de pêcher, un navire à capacité de manœuvre restreinte ou non maître de sa manœuvre est en jeu → c'est R18 qui tranche, pas R15.
→Deux navires à propulsion mécanique → on continue. Attention : un voilier qui marche au moteur est un navire à propulsion mécanique.
- 4
Es-tu dans une zone qui suspend la hiérarchie ?
!Chenal étroit (R9), dispositif de séparation du trafic (R10), rattrapage (R13) → le préambule de R18 les fait primer : Sauf dispositions contraires des règles 9, 10 et 13.
!Vous ne vous voyez pas et vous naviguez dans ou près d'une zone de visibilité réduite — brume, brouillard, neige, forts grains de pluie → R19. Les règles des navires en vue les uns des autres ne s'appliquent pas : ni privilégié, ni non-privilégié.
→Aucune de ces situations → tu peux appliquer R15 telle quelle.
- 5
Alors seulement : de quel bord le vois-tu ?
Sur ton tribord → tu es le non-privilégié : tu manœuvres de bonne heure et franchement (R16), en évitant si possible de croiser sa route sur l'avant.
Sur ton bâbord → tu es le privilégié : tu maintiens cap et vitesse (R17) — jusqu'à ce que ce soit manifestement insuffisant.
Le contrôle n'est pas ponctuel : tu le refais tant que tu n'es pas tout à fait paré et clair.
Règle d'or
Le privilège n'est pas un statut qu'on a : c'est une conclusion qu'on démontre, dans cet ordre — risque, rencontre, catégorie, zone, bord.
Le privilège n’est pas un statut, c’est une conclusion
À l’oral du C200, la question tombe rarement sous la forme « qui est privilégié ? ». Elle tombe sous la forme d’un énoncé : un navire, un gisement, une heure, parfois de la brume ou un chenal. Et l’examinateur regarde si tu t’engouffres dans R15 avant d’avoir vérifié qu’elle s’applique.
Parce que R15 ne s’auto-déclenche pas. Elle produit un résultat à partir de conditions, et chacune de ces conditions se vérifie. Un candidat qui répond « il est sur mon tribord, donc je m’écarte » a peut-être raison — mais il n’a rien démontré, et la moitié des énoncés d’examen sont construits pour que cette réponse-là soit fausse.
Voir aussi
Comment fonctionne la règle 15 du RIPAM : navire à tribord = je m'écarte. R13 vs R14 vs R15, voilier vs moteur, feux de nuit, pièges CMP.
La fiche de référence sur R15 : la logique tribord, la lecture des feux de nuit et la place de la règle dans la cascade.
Contrôle 1 — y a-t-il vraiment un risque d’abordage ?
R15 s’ouvre par une condition : « de telle sorte qu’il existe un risque d’abordage ». Pas de risque, pas de situation, pas de rôles. Ce risque, R7 dit comment l’établir.
a) […] S’il y a doute quant au risque d’abordage, on doit considérer que ce risque existe.
d) i) il y a risque d’abordage si le relèvement au compas d’un navire qui s’approche ne change pas de manière appréciable.
Définition
Relèvement et gisement — deux mesures, deux usages
Le relèvement est l’angle sous lequel tu vois l’autre navire par rapport au nord : c’est une direction absolue, indépendante de ton cap. C’est lui qui répond à la question du risque — s’il ne bouge pas, vous convergez. Le gisement est l’angle par rapport à ton propre avant : bâbord ou tribord, avant ou arrière du travers. C’est lui qui répond à la question du type de rencontre et du bord. Confondre les deux, c’est mesurer la bonne chose pour la mauvaise question.
Méthode du compas de relèvement
3 mesures successives au compas de relèvement permettent de trancher : risque ou pas. Le principe CBDR (Constant Bearing, Decreasing Range) — relèvement stable + distance qui diminue — confirme le risque d'abordage.
| Situation | Relèvement | Distance | Conclusion |
|---|---|---|---|
| Cas A | Constant (045° / 045° / 045°) | ↘ Diminue | CBDR — risque d'abordage |
| Cas B | Ouverture tribord (045° → 075°) | Variable | Pas de CBDR — surveillance maintenue |
| Cas C | Ouverture bâbord (045° → 030°) | Variable | Pas de CBDR — surveillance maintenue |
| Cas spécial | Constant + distance stable | Stable | Routes parallèles — surveillance maintenue |
Devant ou derrière ? Le sens du relèvement ne suffit pas. R7(d)(i) tranche une seule question : risque, ou pas de risque. Le côté sur lequel l'autre navire passera se lit sur le gisement — l'angle par rapport à votre étrave — et sur son évolution : gisement qui se referme vers l'étrave, il passera sur votre avant ; gisement qui s'ouvre vers l'arrière, il passera sur votre arrière. À cap constant, un relèvement croissant ouvre le gisement d'un navire vu à tribord avant (il passera derrière vous) mais le referme s'il est vu à bâbord avant (il passera devant vous). Le sens de variation seul ne conclut rien.
R7(d)(ii) — Cas particuliers : même si le relèvement varie, le risque peut exister face à un très grand navire (cargo, pétrolier), un train de remorque (le câble peut être invisible) ou un navire à très courte distance. En cas de doute, le risque est présumé exister — R7(a).
En pratique : trois relèvements espacés valent mieux qu’une impression. Et si les trois mesures sont ambiguës, R7 a) a déjà tranché à ta place — le risque existe.
Contrôle 2 — quelle situation de rencontre ?
Une fois le risque établi, il faut nommer la rencontre. Le critère est le gisement, pas la sympathie de la trajectoire.
Au-delà de 22,5° sur l’arrière de ton travers, celui qui s’approche est un rattrapant : R13, et il s’écarte quel que soit le bord. Routes directement ou à peu près opposées : R14, les deux viennent sur tribord et personne n’est privilégié. Tout le reste : R15.
Les deux règles du doute vont dans le même sens — celui de la contrainte.
- R13 c) : « Lorsqu’un navire ne peut déterminer avec certitude s’il en rattrape un autre, il doit se considérer comme un navire qui en rattrape un autre et manœuvrer en conséquence. »
- R14 c) : « Lorsqu’un navire ne peut déterminer avec certitude si une telle situation existe, il doit considérer qu’elle existe effectivement et manœuvrer en conséquence. »
Autrement dit, le doute ne te rend jamais privilégié. Il te charge.
Aucun changement ultérieur dans le relèvement entre les deux navires ne peut faire considérer le navire qui rattrape l’autre comme croisant la route de ce dernier au sens des présentes règles ni l’affranchir de l’obligation de s’écarter de la route du navire rattrapé jusqu’à ce qu’il soit tout à fait paré et clair.
C’est la clause la plus utile de tout le contrôle. Un navire qui a commencé son dépassement par ton arrière reste le rattrapant, même si sa trajectoire l’amène ensuite par ton travers tribord — et donc même si, à cet instant précis, un raisonnement R15 naïf ferait de toi le non-privilégié. Le statut est verrouillé par la situation initiale, pas par la géométrie de l’instant.
Voir aussi
La règle 13 du RIPAM : tout rattrapant s'écarte, secteur 22,5° à l'arrière du travers, R13c en cas de doute. Pièges examen CMP.
Le secteur des 22,5°, la lecture nocturne du feu de poupe seul et le détail de la règle du doute R13 c).
Contrôle 3 — deux navires à propulsion mécanique ?
R15 est écrite pour une paire précise : « lorsque deux navires à propulsion mécanique font des routes qui se croisent ». Dès que l’un des deux relève d’une autre catégorie de R18 — voile, pêche, capacité de manœuvre restreinte, navire non maître de sa manœuvre — c’est R18 qui distribue les rôles, et le bord de vision devient sans objet. Attention à la mécanique exacte : un chalutier au travail reste un navire mû par une machine, il ne cesse pas d’être à propulsion mécanique. C’est R18 a) iii) qui le place au-dessus de toi dans la hiérarchie, pas une sortie de catégorie.
Les définitions de R3 tranchent les cas limites :
- Navire à propulsion mécanique (R3 b) : tout navire mû par une machine.
- Navire à voile (R3 c) : tout navire marchant à la voile, « à condition toutefois que celle-ci ne soit pas utilisée ». Moteur en marche, le voilier bascule dans la catégorie précédente.
- Navire en train de pêcher (R3 d) : celui qui pêche avec des engins « réduisant sa capacité de manœuvre » — et la règle exclut explicitement les lignes traînantes.
Le piège du pêcheur qui ne pêche pas
Un chalutier qui rentre au port, chalut à bord, n’est pas un navire en train de pêcher : c’est un navire à propulsion mécanique ordinaire, et R15 s’applique normalement entre vous. Inversement, un petit bateau qui relève des casiers est bien un navire en train de pêcher, quelle que soit sa taille. La catégorie dépend de l’activité au moment de la rencontre, pas du type de coque ni du pavillon de pêche.
Contrôle 4 — une zone qui suspend la hiérarchie ?
Trois règles priment explicitement sur toute la hiérarchie des catégories. Le préambule de R18 les nomme sans détour :
Sauf dispositions contraires des règles 9, 10 et 13 :
Chenal étroit, dispositif de séparation du trafic, rattrapage : dans ces trois cas, la question « qui est privilégié » n’a plus le sens qu’on lui donne en eau libre. En R9 et R10, l’obligation prend la forme d’un « ne pas gêner » qui s’active bien avant qu’un risque d’abordage soit constitué.
Pour le rattrapage, la primauté ne vient d’ailleurs pas du seul préambule de R18 : R13 a) porte sa propre clause d’écrasement, « nonobstant toute disposition des règles des sections I et II de la partie B, tout navire qui en rattrape un autre doit s’écarter de la route de ce dernier ». C’est cette formule qui met R13 au-dessus de R15, et c’est elle qu’il faut citer si l’examinateur pousse.
Voir aussi
La règle 18 commence par 'Sauf dispositions contraires des règles 9, 10 et 13' — trois règles qui priment sur la hiérarchie. L'erreur n°1 à l'oral C200.
Les trois préambules et la manière de les réciter à l'oral — la formulation exacte que l'examinateur attend.
Et il existe un quatrième cas d’extinction, celui qu’on oublie le plus : la visibilité réduite. R11 délimite le champ de toute la section qui contient R15, R16 et R17 — « les règles de la présente section s’appliquent aux navires qui sont en vue les uns des autres ». Si vous ne vous voyez pas, R19 prend la main. Il n’y a plus de privilégié à qui reprocher d’avoir manœuvré, ni de non-privilégié à attendre. Chacun agit largement à temps, en évitant « dans la mesure du possible » — c’est la formule de R19 d) — les deux manœuvres qu’elle décourage : abattre sur bâbord pour un navire situé sur l’avant du travers, sauf s’il est en train d’être rattrapé, et venir vers un navire qui est par le travers ou sur l’arrière du travers.
Contrôle 5 — et seulement là, de quel bord le vois-tu ?
Les quatre contrôles passés, R15 s’applique enfin, et elle est courte : le navire qui voit l’autre sur tribord s’écarte, et évite si les circonstances le permettent de croiser sa route sur l’avant. R16 dit comment — de bonne heure, franchement, largement. R17 dit ce que fait l’autre : il maintient cap et vitesse, puis peut manœuvrer seul quand il devient évident que le non-privilégié ne fait rien, puis doit manœuvrer quand l’abordage ne peut plus être évité par la seule action de l’autre.
Voir aussi
Être privilégié n'est pas un droit, c'est une obligation symétrique. L'un manœuvre tôt et franchement, l'autre maintient cap et vitesse — et manœuvre en dernier recours.
La dyade complète et les trois phases de R17, y compris la restriction sur l'abattée à bâbord.
Reste une chose que le contrôle initial ne suffit pas à garantir : la durée. Un statut établi à quatre milles peut changer de nature — l’autre allume ses feux de pêche, la brume tombe, tu entres dans un chenal balisé. Tant que vous n’êtes pas tout à fait parés et clairs, les cinq contrôles restent ouverts.
Ce que le radar, l’AIS et le traceur ne vérifient pas
Les instruments sont excellents pour le contrôle 1 et muets sur les autres. Un CPA calculé répond à « allons-nous nous rapprocher dangereusement ». Il ne dit pas si l’autre est en train de pêcher, s’il a une capacité de manœuvre restreinte, ni si vous êtes en vue l’un de l’autre.
S’il y a à bord un équipement radar en état de marche, on doit l’utiliser de façon appropriée en recourant, en particulier, au balayage à longue portée afin de déceler à l’avance un risque d’abordage […]
On doit éviter de tirer des conclusions de renseignements insuffisants, notamment de renseignements radar insuffisants.
Concrètement : le statut de navigation affiché à l’AIS est saisi par un humain et se trompe régulièrement, une partie de la flotte de pêche et de plaisance n’émet pas, et un écho radar seul ne t’apprend rien de la catégorie du navire. Les feux, les marques et les signaux sonores restent les seules sources qui portent le statut réglementaire.
Trois situations à trancher
Exemple
Situation 1 — le chalutier par bâbord
De jour, tu es à propulsion mécanique, cap au 090. Un chalutier apparaît par ton bâbord avant, chalut à l’eau, relèvement stable. Tu le vois sur ton bâbord : es-tu privilégié ?
Réponse : non. Le contrôle 3 échoue avant même qu’on parle de bord. R15 suppose deux navires à propulsion mécanique de même rang ; ici l’un des deux est en train de pêcher, donc c’est R18 a) iii) qui distribue les rôles, et c’est toi qui t’écartes, bâbord ou pas. Le chalutier reste mû par une machine — ce n’est pas sa propulsion qui change, c’est son rang dans la hiérarchie.
Exemple
Situation 2 — le rattrapant qui dérive sur ton travers
Un navire te rattrape par ton arrière tribord. Vingt minutes plus tard, son relèvement a évolué et tu le vois maintenant par le travers tribord. Faut-il basculer en R15 et t’écarter ?
Réponse : non. Le contrôle 2 a déjà qualifié la rencontre, et R13 d) verrouille : le changement de relèvement ne fait pas du rattrapant un navire croisant ta route, et ne le libère pas tant qu’il n’est pas tout à fait paré et clair. Tu maintiens, il s’écarte.
Exemple
Situation 3 — l'écho dans la brume
Visibilité 400 mètres. Le radar montre un écho par ton bâbord avant, relèvement quasi constant, distance qui diminue. Tu ne le vois pas. Tu es privilégié, non ?
Réponse : non — il n’y a pas de privilégié. Contrôle 4 : vous n’êtes pas en vue l’un de l’autre, donc R11 exclut R15, R16 et R17, et c’est R19 qui s’applique. Vitesse de sécurité, machines prêtes à manœuvrer, action prise largement à temps — et, puisqu’il est sur l’avant de ton travers et que rien ne dit que tu es en train de le rattraper, tu évites autant que possible d’abattre sur bâbord.
Pièges à l’examen C200
Piège 1 — annoncer le bord avant d’avoir établi le risque. « Il est à mon tribord, je m’écarte » sans un mot sur le relèvement : la réponse peut être juste et la démonstration nulle. Commence par R7.
Piège 2 — croire que le doute protège. R13 c) et R14 c) poussent toutes deux vers la règle la plus contraignante. Dans le doute, tu es le rattrapant, ou tu es en face-à-face — jamais le tranquille.
Piège 3 — laisser le relèvement requalifier un rattrapage. C’est l’énoncé favori des examinateurs. R13 d) est la seule réponse : le statut ne change pas jusqu’à ce que le rattrapant soit tout à fait paré et clair.
Piège 4 — appliquer R15 entre catégories différentes. Voilier sous voile, pêcheur au travail, capacité de manœuvre restreinte, navire non maître de sa manœuvre : R18. Et l’inverse est aussi un piège — le voilier au moteur repasse en R15.
Piège 5 — se déclarer privilégié dans la brume. R11 réserve R15, R16 et R17 aux navires en vue les uns des autres. Sans visuel, c’est R19, et le mot « privilégié » n’a plus de titulaire.
Piège 6 — vérifier une fois pour toutes. Le statut se contrôle jusqu’à être paré et clair. Une situation qui change de nature en cours de route et un candidat qui ne le voit pas, c’est un point perdu à l’oral et une avarie en mer.
Le privilège ne se réclame pas, il se démontre : risque, rencontre, catégorie, zone — et le bord en dernier.