À retenir
L'essentiel
La règle 17 encadre le navire PRIVILÉGIÉ. Trois phases, trois verbes : MAINTENIR cap et vitesse (a)(i), PEUT manœuvrer si le non-privilégié est défaillant (a)(ii), DOIT manœuvrer en dernier recours (b). Progression séquentielle, sans retour en arrière.
- Phase 1 — MAINTENIR : obligation active. Si un courant te dévie, tu compenses. Aucune manœuvre préventive.
- Phase 2 — PEUT manœuvrer dès que la non-conformité du non-privilégié est ÉVIDENTE. Restriction (c) : pas d'abattée bâbord si le non-privilégié est bâbord à toi.
- Phase 3 — DOIT manœuvrer quand l'abordage ne peut plus être évité par le seul non-privilégié. Restriction (c) levée. R8 s'applique.
- R17 ne s'applique PAS en visibilité réduite — R19 efface la notion de privilégié.
R17 — Les 3 phases du navire privilégié
R17 définit un ordre séquentiel irréversible : maintenir → peut manœuvrer → doit manœuvrer. Chaque basculement est déclenché par un événement précis, pas par une décision arbitraire.
MAINTIENS
Risque d'abordage identifié (R7) + tu es désigné privilégié (R15/R13/R18)
Cap et vitesse inchangés — obligation active même contre courant. Pas de virement préventif.
PEUX
Évident que le non-privilégié n'effectue pas la manœuvre appropriée
Manœuvre seule doit suffire. R8 s'applique (franche, suffisante, vérifiée).
R17(c) : si non-priv. est bâbord → ne pas abattre sur bâbord
DOIS
Non-privilégié seul ne peut plus éviter l'abordage — zone de non-retour
Toute manœuvre "la meilleure pour aider". R17(c) ne s'applique plus. R8 s'applique toujours.
| Phase | Déclencheur | Obligation | Ref. |
|---|---|---|---|
| MAINTIENS | Risque d'abordage identifié (R7) + désignation privilégié | Cap et vitesse inchangés — obligation active | R17 (a)(i) |
| PEUX | Non-conformité "évidente" du non-privilégié (CBDR 3–5 min) | Faculté — manœuvre seule suffit. Pas bâbord si NP bâbord (c) | R17 (a)(ii) |
| DOIS | Distance critique : NP seul ne peut plus éviter l'abordage | Obligation — meilleure manœuvre pour aider. R17(c) levée | R17 (b) |
R17 ne fonctionne pas seule : elle présuppose R7 (risque identifié), une règle de désignation (R15/R13/R12/R18) et s'articule avec R16 (obligation symétrique du non-privilégié). Toute manœuvre (phase 2 ou 3) doit satisfaire R8 : franche, suffisante, vérifiée.
Règle d'or
Maintenir, puis pouvoir, puis devoir. « Privilégié » est une obligation de prévisibilité, pas un droit.
Le piège du mot “privilégié” — une obligation, pas un avantage
Le mot m’a induit en erreur tout le début. “Privilégié” évoque une liberté, un droit de passage. C’est l’inverse : c’est une obligation de prévisibilité.
Définition
Stand-on vessel — navire privilégié
Le navire privilégié — stand-on vessel en anglais — doit être là où le non-privilégié s’attend à le trouver. Sa route prévisible est précisément la condition qui permet au non-privilégié (R16) de manœuvrer “de bonne heure et franchement”. Si le privilégié change de cap de son propre chef en phase 1, il détruit le seul repère que l’autre navire utilise pour calculer sa manœuvre d’évitement.
La dyade privilégié / non-privilégié fonctionne comme un système : l’un maintient pour permettre à l’autre de calculer. Les deux obligations sont actives, simplement asymétriques.
Voir aussi
Être privilégié n'est pas un droit, c'est une obligation symétrique. L'un manœuvre tôt et franchement, l'autre maintient cap et vitesse — et manœuvre en dernier recours.
La dyade complète privilégié / non-privilégié, et ce que chaque côté doit faire en miroir.
R17 s’applique chaque fois qu’une règle désigne un navire comme devant maintenir cap et vitesse : R15 (croisement), R13 (rattrapage), R12 (voiliers), R18 (hiérarchie générale).
Phase 1 — maintenir cap et vitesse, une obligation active
Lorsqu’un navire est tenu de s’écarter de la route d’un autre navire, cet autre navire doit maintenir son cap et sa vitesse.
“Maintenir” est une obligation active, pas passive. Si un courant dérive le navire privilégié hors de sa route, il doit compenser pour rester sur sa trajectoire attendue. Pas de virement préventif, pas de ralentissement pour observer. Maintenir — littéralement.
La durée de cette phase : tant que le non-privilégié agit conformément à R16. Dès que sa non-conformité devient “évidente”, la phase 2 s’ouvre. L’alinéa (a)(ii) précise cette condition, et l’alinéa (b) définit le seuil ultime de la phase 3 — deux paliers en prose, sans ambiguïté sur la progression.
Piège : accélérer pour dégager la zone
À l’oral, la question classique : “Le privilégié peut accélérer pour passer plus vite devant le non-privilégié, non ?” Non. Accélérer est une manœuvre. R17(a)(i) l’interdit en phase 1. La réponse attendue : “Je maintiens — cap, vitesse, sans modification.”
Phase 2 — peut manœuvrer, et la restriction bâbord
Deux conditions doivent être réunies pour enclencher la phase 2.
Le seuil : « évident »
Pas “possible”, pas “probable”. Le texte dit “évident”. En pratique : CBDR persistant après 3 à 5 minutes d’observation, absence de tout changement de cap ou de vitesse observable, distance qui continue de diminuer. C’est un jugement qualitatif du capitaine. Attendre trop longtemps réduit les options ; agir trop tôt perturbe une manœuvre en cours côté non-privilégié.
L'autonomie de la manœuvre
L’alinéa (a)(ii) dit “par sa seule manœuvre”. La manœuvre du privilégié doit suffire à elle seule à éviter l’abordage. Il ne peut pas parier que le non-privilégié va réagir simultanément. Sa décision doit être autonomiquement suffisante.
La restriction du paragraphe (c) — la règle la moins connue de R17
Si les deux navires sont à propulsion mécanique et que le non-privilégié est bâbord à toi, tu ne peux pas abattre sur bâbord. La raison est géométrique : si le non-privilégié vire à tribord (manœuvre prescrite par R16) et que tu abats à bâbord simultanément, vos routes convergent. La contrainte du (c) évite ce scénario de collision en miroir. En phase 2, le privilégié abat à tribord ou réduit sa vitesse. Note : le (c) ne s’applique qu’en phase 2 — en phase 3, la contrainte disparaît.
Phase 3 — doit manœuvrer, la dernière chance
Le déclencheur de la phase 3 : la distance est tellement réduite que l’abordage ne peut plus être évité par la seule manœuvre du non-privilégié. Pas de chiffre dans le texte — ça dépend des vitesses, des rayons de giration, du vent, du courant. L’important n’est pas une distance mémorisée : c’est de voir quand la seule action du non-privilégié ne suffit plus.
Le passage de phase 2 à phase 3 n’est pas anodin :
- Phase 2 : peut — s’abstenir n’est pas une infraction à R17.
- Phase 3 : doit — ne pas manœuvrer est une violation de R17(b).
Le basculement peut → doit
À l’oral, quand l’examinateur aggrave le scénario (“et maintenant ils sont à 0,5 mille ?”), il attend que tu bascules de “peut” à “doit”. Répéter la même réponse qu’en phase 2 est une erreur de lecture de la progression R17.
La règle ne prescrit pas de manœuvre spécifique — elle dit “la meilleure pour aider”. Cap, vitesse, ou les deux, selon ce qui réduit le mieux le risque. R8 s’applique : la manœuvre doit être franche, suffisante pour être perçue, et vérifiée jusqu’à ce que l’autre navire soit “définitivement paré et clair”. En phase 3, la restriction bâbord du (c) ne s’applique plus.
Mnémo pour retenir les trois phases
Trois verbes, dans l’ordre : MAINTENIR — POUVOIR — DEVOIR. Chaque verbe a son déclencheur. Et quand tu es en phase 3, la manœuvre du privilégié ne décharge jamais le non-privilégié de son obligation R16 — les deux navires restent responsables jusqu’à ce que le danger soit écarté.
Exemple
Scénario phase 2 → phase 3
Tu es à la barre d’un chalutier (privilégié sous R15). Tu observes un voilier moteur sur ton bâbord avant, CBDR confirmé depuis 5 minutes — aucun changement de sa route : phase 2 s’ouvre. Tu vires à tribord (restriction (c) : le voilier est bâbord à toi). À 0,4 mille, le voilier n’a toujours pas réagi. Sa seule manœuvre ne suffit plus à éviter l’abordage. Tu es en phase 3 : tu dois manœuvrer — tribord, réduction vitesse, les deux. R8 s’applique : manœuvre franche, vérifiée.
R17 dans la cascade — R15 → R17 ↔ R16 → R8
R17 ne fonctionne pas seule. Elle s’insère dans une séquence logique que tout examinateur CMP valorise si tu l’articules.
Cascade RIPAM — la règle 5 déclenche tout le reste
Sans veille, aucune des règles suivantes ne peut s'appliquer.
Veille
Vue + ouïe + moyens. Tu détectes.
Risque d'abordage
Tu évalues si la situation observée crée un risque.
Vitesse de sécurité
Tu adaptes ta vitesse à ce que tu vois et ce que tu pèses.
Brume
R5 intensifiée : veille doublée, tous moyens activés.
Toutes ces règles présupposent R5. Sans veille, le RIPAM ne s'enclenche pas.
R16 et R17 sont les deux faces d’une même pièce — elles encadrent simultanément les deux navires impliqués. R8 s’applique à chaque manœuvre issue de R16 ou de R17 en phases 2 et 3. Un candidat qui cite R17 sans R8 pour la phase 2 ou 3 a une réponse incomplète.
Voir aussi
Le RIPAM ne s'applique pas règle par règle isolée : c'est une cascade logique qui démarre à la veille. Sans R5, aucune autre règle ne s'enclenche.
La cascade RIPAM complète : du diagnostic R7 à la qualité de manœuvre R8 — R17 et R16 sont les deux faces d'une même pièce.
R17 ne s’applique pas en visibilité réduite
En brume, brouillard, ou toute condition de visibilité insuffisante, c’est la règle 19 qui prend le dessus. R17 appartient à la Section II du RIPAM — les règles de conduite par bonne visibilité.
La logique de la phase 1 présuppose que les navires se voient. En visibilité réduite, un capitaine ne peut pas savoir si l’écho radar qui converge vers lui voit sa propre trajectoire. La base du raisonnement disparaît.
R17 en brume — l'erreur classique à l'oral
En R19 : pas de navire privilégié, pas de navire non-privilégié. Tout navire détecté au radar doit naviguer à vitesse réduite, prendre des précautions, et éviter de traverser dans la route d’un autre — indépendamment de sa catégorie habituelle. Citer R17 dans un scénario de brume parce que “tu es le navire de pêche, tu es normalement privilégié” est une erreur directe. En brume, ce statut n’existe plus.
Le privilège n’est pas un droit de faire ce qu’on veut — c’est une obligation d’être là où l’autre s’attend à te trouver.