À retenir
La règle 17 du RIPAM définit ce que doit faire le navire privilégié : d'abord maintenir cap et vitesse, puis peut manœuvrer si le non-privilégié n'agit pas, puis doit manœuvrer si l'abordage est imminent. Trois phases, trois verbes — et une progression séquentielle irréversible.
- Phase 1 — obligation de maintenir (a)(i) : cap et vitesse fixes, même contre courant. Aucune manœuvre préventive. Durée : tant que le non-privilégié agit conformément à R16.
- Phase 2 — faculté de manœuvrer (a)(ii) : dès que la non-conformité du non-privilégié est 'évidente'. Sa manœuvre seule doit suffire. Interdit d'abattre sur bâbord si le non-privilégié est bâbord à lui (c).
- Phase 3 — obligation de manœuvrer (b) : distance critique, abordage inévitable par le seul non-privilégié. N'importe quelle manœuvre 'la meilleure pour aider'. La restriction bâbord du (c) ne s'applique plus.
La règle 17 en 1 phrase
Le navire privilégié maintient cap et vitesse, peut manœuvrer si le non-privilégié est défaillant, et doit manœuvrer si l’abordage devient inévitable sans son intervention — dans cet ordre, séquentiellement, sans retour en arrière possible.
(a)(i) Lorsqu’un navire est tenu de s’écarter de la route d’un autre navire, cet autre navire doit maintenir son cap et sa vitesse.
(a)(ii) Néanmoins, ce dernier peut manœuvrer, afin d’éviter l’abordage par sa seule manœuvre, aussitôt qu’il lui paraît évident que le navire qui est dans l’obligation de s’écarter de sa route n’effectue pas la manœuvre appropriée prescrite par les présentes règles.
(b) Quand, pour une cause quelconque, le navire qui est tenu de maintenir son cap et sa vitesse se trouve tellement près de l’autre que l’abordage ne peut être évité par la seule manœuvre du navire qui doit laisser la route libre, il doit de son côté faire la manœuvre qui est la meilleure pour aider à éviter l’abordage.
(c) Un navire à propulsion mécanique qui manœuvre pour éviter un abordage avec un autre navire à propulsion mécanique dont la route croise la sienne dans les conditions prévues à l’alinéa a)(ii) de la présente règle ne doit pas, si les circonstances le permettent, abattre sur bâbord lorsque l’autre navire est bâbord à lui.
Note de transparence : verbatim issu du texte COLREG français référencé en sources. La version anglaise officielle de l’OMI porte la même logique, avec un alinéa supplémentaire explicitant que le navire non-privilégié n’est pas déchargé de son obligation.
Le piège du mot “privilégié” — une obligation, pas un avantage
Le mot m’a induit en erreur tout le début. “Privilégié” évoque une liberté, un droit. C’est l’inverse : c’est une obligation de prévisibilité.
Le navire privilégié — stand-on vessel en anglais — doit être là où le non-privilégié s’attend à le trouver. Sa route prévisible est précisément la condition qui permet au non-privilégié (R16) de manœuvrer “de bonne heure et franchement”. Si le privilégié change de cap de son propre chef en phase 1, il détruit le seul repère que l’autre navire utilise pour calculer sa manœuvre d’évitement.
R17 s’applique chaque fois qu’une règle du RIPAM désigne un navire comme devant maintenir cap et vitesse : R15 (croisement — le navire qui voit l’autre sur son bâbord), R13 (rattrapage — le navire rattrapé), R12 (voiliers — tribord amure sur bâbord amure), R18 (hiérarchie générale).
Phase 1 — maintenir cap et vitesse, obligation active
Texte : “cet autre navire doit maintenir son cap et sa vitesse.”
C’est une obligation active, pas passive. Si un courant dérive le navire privilégié hors de sa route, il doit compenser pour rester sur sa trajectoire attendue. Pas de virement préventif, pas d’accélération “pour dégager plus vite”, pas de ralentissement pour observer. Maintenir.
La durée de cette phase : tant que le non-privilégié manœuvre conformément aux règles. Dès que sa non-conformité devient “évidente”, la phase 2 s’ouvre.
Piège examen récurrent : “Le navire privilégié peut accélérer pour dégager la zone plus rapidement.” FAUX — accélérer est une manœuvre, R17(a)(i) l’interdit à ce stade.
Phase 2 — peut manœuvrer, et la restriction bâbord
Texte : “peut manœuvrer, afin d’éviter l’abordage par sa seule manœuvre, aussitôt qu’il lui paraît évident que le navire qui est dans l’obligation de s’écarter de sa route n’effectue pas la manœuvre appropriée.”
Deux conditions, toutes les deux indispensables.
“Évident” : c’est le seuil textuel. Pas “possible”, pas “suspecte”, pas “probable”. En pratique : CBDR persistant après 3 à 5 minutes, absence de tout changement de cap ou de vitesse observable, distance qui continue de diminuer. C’est un jugement qualitatif du capitaine — il n’existe pas de chiffre fixé dans la règle. Attendre trop longtemps réduit les options disponibles ; agir trop tôt perturbe une manœuvre en cours côté non-privilégié.
“Par sa seule manœuvre” : la manœuvre du privilégié doit suffire à elle seule à éviter l’abordage. Il ne peut pas parier que le non-privilégié va simultanément réagir. Sa décision doit être autonomiquement suffisante.
La restriction du paragraphe (c) — la règle la moins enseignée de R17 :
Si les deux navires sont à propulsion mécanique et que le non-privilégié est bâbord à toi, tu ne peux pas abattre sur bâbord. La raison est géométrique : si le non-privilégié vire à tribord (manœuvre prescrite par R16), et que tu abats à bâbord simultanément, vos routes convergent. La contrainte du (c) évite ce scénario de collision en miroir. En phase 2, le privilégié abat à tribord ou réduit sa vitesse.
Note : le (c) ne s’applique qu’aux manœuvres effectuées dans les conditions de l’alinéa (a)(ii), c’est-à-dire en phase 2. En phase 3, la contrainte disparaît.
Phase 3 — doit manœuvrer, la dernière chance
Texte : “il doit de son côté faire la manœuvre qui est la meilleure pour aider à éviter l’abordage.”
Le déclencheur : “tellement près de l’autre que l’abordage ne peut être évité par la seule manœuvre du navire qui doit laisser la route libre.” Il n’y a pas de chiffre — ça dépend des vitesses, des rayons de giration, du vent, du courant. Plus les navires sont rapides ou peu manœuvrants, plus ce seuil arrive tôt. Pour des unités lentes et très manœuvrantes, il peut être beaucoup plus rapproché. L’important n’est pas une distance mémorisée : c’est de voir quand la seule action du non-privilégié ne suffit plus.
Le passage de phase 2 à phase 3 n’est pas anodin :
- Phase 2 : peut — s’abstenir n’est pas une infraction à R17.
- Phase 3 : doit — ne pas manœuvrer est une violation de R17(b).
La règle ne prescrit pas de manœuvre spécifique — elle dit “la meilleure pour aider”. Cap, vitesse, ou les deux, selon ce qui réduit le mieux le risque. R8 s’applique : la manœuvre doit être franche, suffisante pour être perçue, et vérifiée jusqu’à ce que l’autre navire soit “définitivement paré et clair”. En phase 3, la restriction bâbord du (c) ne s’applique plus.
Au-delà de la phase 3, retiens que la manœuvre du privilégié ne décharge jamais le non-privilégié de son obligation de R16 — les deux navires restent responsables jusqu’à ce que le danger soit écarté.
R17 — Les 3 phases du navire privilégié
R17 définit un ordre séquentiel irréversible : maintenir → peut manœuvrer → doit manœuvrer. Chaque basculement est déclenché par un événement précis, pas par une décision arbitraire.
MAINTIENS
Risque d'abordage identifié (R7) + tu es désigné privilégié (R15/R13/R18)
Cap et vitesse inchangés — obligation active même contre courant. Pas de virement préventif.
PEUX
Évident que le non-privilégié n'effectue pas la manœuvre appropriée
Manœuvre seule doit suffire. R8 s'applique (franche, suffisante, vérifiée).
R17(c) : si non-priv. est bâbord → ne pas abattre sur bâbord
DOIS
Non-privilégié seul ne peut plus éviter l'abordage — zone de non-retour
Toute manœuvre "la meilleure pour aider". R17(c) ne s'applique plus. R8 s'applique toujours.
| Phase | Déclencheur | Obligation | Ref. |
|---|---|---|---|
| MAINTIENS | Risque d'abordage identifié (R7) + désignation privilégié | Cap et vitesse inchangés — obligation active | R17 (a)(i) |
| PEUX | Non-conformité "évidente" du non-privilégié (CBDR 3–5 min) | Faculté — manœuvre seule suffit. Pas bâbord si NP bâbord (c) | R17 (a)(ii) |
| DOIS | Distance critique : NP seul ne peut plus éviter l'abordage | Obligation — meilleure manœuvre pour aider. R17(c) levée | R17 (b) |
R17 ne fonctionne pas seule : elle présuppose R7 (risque identifié), une règle de désignation (R15/R13/R12/R18) et s'articule avec R16 (obligation symétrique du non-privilégié). Toute manœuvre (phase 2 ou 3) doit satisfaire R8 : franche, suffisante, vérifiée.
La cascade : R15 → R17 ↔ R16 → R8
R17 ne fonctionne pas seule. Elle s’insère dans une séquence logique que tout examinateur CMP valorise si tu l’articules clairement.
R7 — diagnostique le risque d'abordage
↓
R15 / R13 / R12 / R18 — désigne qui est privilégié, qui est non-privilégié
↓ ↓
R17 — encadre le privilégié R16 — prescrit au non-privilégié de manœuvrer
Phase 1 (maintenir) "de bonne heure et franchement"
Phase 2 (peut manœuvrer)
Phase 3 (doit manœuvrer)
↓
R8 — qualité de la manœuvre (franche, précoce, suffisante, vérifiée)
s'applique à toutes les manœuvres, privilégié comme non-privilégié
R16 et R17 sont les deux faces d’une même pièce — elles encadrent simultanément les deux navires impliqués. R8 s’applique à chaque manœuvre issue de R16 ou de R17, phases 2 et 3. Un candidat qui cite R17 sans R8 pour la phase 2 ou 3 a une réponse incomplète.
R17 ne s’applique pas en visibilité réduite
En brume, brouillard, ou toute condition de visibilité insuffisante, c’est la règle 19 qui prend le dessus. R17 appartient à la Section II du RIPAM — les règles de conduite par bonne visibilité.
La logique de la phase 1 (maintenir pour permettre au non-privilégié de manœuvrer) présuppose que les navires se voient. En visibilité réduite, un capitaine ne peut pas savoir si l’écho radar qui converge vers lui voit sa propre trajectoire. La base du raisonnement disparaît.
En R19 : pas de navire privilégié, pas de navire non-privilégié. Tout navire détecté au radar doit naviguer à vitesse réduite, prendre des précautions, et éviter de traverser dans la route d’un autre — indépendamment de sa catégorie habituelle. L’erreur classique à l’oral : citer R17 dans un scénario de brume parce que “tu es le navire de pêche, tu es normalement privilégié”. En brume, ce statut n’existe plus.
Pièges examen CMP — les 7 confusions qui font perdre des points
Ces erreurs reviennent systématiquement à l’oral. Je les ai faites ou entendues.
-
“Le navire privilégié ne doit rien faire.” Faux. Il doit maintenir cap et vitesse — obligation active. Si un courant le dévie, il compense. Et en phases 2 et 3, il agit.
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“Le privilégié peut manœuvrer quand il le souhaite.” Faux. En phase 1, toute manœuvre sans déclencheur valide perturbe la manœuvre du non-privilégié. Le seuil de R17(a)(ii) est “évident” — pas “possible”.
-
“Je vire à bâbord pour m’écarter en phase 2.” Faux si le non-privilégié est bâbord. Le (c) l’interdit — virer vers lui est contra-productif et dangereux. Réponse attendue : tribord ou réduction de vitesse.
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Confondre phase 2 et phase 3. À l’oral, si l’examinateur aggrave le scénario (“et maintenant ils sont à 0,5 mille ?”), il attend que tu passes de “peut” à “doit”. Répéter la même réponse est une erreur de lecture de la progression R17.
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“R17 s’applique en brume.” Faux. R19 efface la notion de privilégié dès que la visibilité est réduite. Cite R19, pas R17.
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“La manœuvre R17 ne requiert pas R8.” Faux. R8 s’applique à toutes les manœuvres, y compris celles des phases 2 et 3 de R17. L’examinateur qui demande “et cette manœuvre, elle ressemble à quoi ?” attend que tu cites R8 : franche, suffisante pour être perçue, vérifiée jusqu’à clôture.
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“La manœuvre du privilégié en phase 3 décharge le non-privilégié.” Faux. Même si le privilégié agit en dernier recours, le non-privilégié reste soumis à son obligation R16. Les deux navires restent responsables. Le texte anglais de R17(d) formule explicitement cette idée : le non-privilégié reste tenu d’aider à éviter l’abordage.
À mémoriser
Mémo express — Règle 17 : navire privilégié
Les 3 phases
- Phase 1 — R17(a)(i) : MAINTENIR cap et vitesse. Obligation active. Aucune manœuvre préventive. Tant que le non-privilégié agit.
- Phase 2 — R17(a)(ii) : PEUT manœuvrer. Déclencheur : non-conformité 'évidente'. Sa manœuvre seule doit suffire. Interdit d'abattre bâbord si NP est bâbord (c).
- Phase 3 — R17(b) : DOIT manœuvrer. Déclencheur : distance critique, abordage inévitable par le seul NP. Meilleure manœuvre pour aider. Restriction (c) levée.
Si on te demande X, tu réponds Y
- "Que fait le privilégié ?" → maintenir (phase 1) → peut manœuvrer si NP défaillant (phase 2) → doit manœuvrer en dernier recours (phase 3)
- "Tu peux virer à bâbord ?" → non si NP est bâbord à toi en phase 2 — R17(c). Oui en phase 3 si c'est la meilleure manœuvre.
- "R17 en brume ?" → non — R19 s'applique, notion de privilégié disparaît
Pièges à éviter
- "Peut manœuvrer" ≠ "manœuvre quand il veut" — seuil textuel : 'évident', pas 'possible'
- Phase 2 → phase 3 : basculement de 'peut' à 'doit'. L'examinateur aggrave le scénario exprès.
- R8 s'applique aux manœuvres des phases 2 et 3 — franche, perceptible, vérifiée jusqu'à clôture